‹ Manuel general de musique militaireChapitre 112 sur 229 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

être Lun des premiers à en tirer parti, et avait , en consé(|uence , résolu de les introduire à l’Opéia, poui' l’exécution de son nouvel ouvrage. Mais ce projet devait rencontrer l’opposition la plus vive, non |)oint auprès du directeui* ni du chef d’orchestre, mais dans l’orchestre même, auprès de (pielques musiciens qui se trouvaient en faire partie. Malgré le l espect dû à la volonté d'un compositeur, et d’un compositeur suitout qui porte un nom aussi célèbre que celui de Donizetti, une véi itable coalition se forma, dans le but d’empêcher l’introduction des nouveaux insti uments. Toutes les mauvaises raisons dont on ne se fait pas faute en pareil cas, et (pii sont plus faciles à trouver qu’à justifier, servirent à couvrir d’un voile honnête les honteux motifs de cette conspiration. Sous prétexte d’impossibilité matérielle, on refusa d’exécuter les passages écrits pour les instruments de M. Adolphe Sax , et, à force de tracasseries, on parvint à faire prendre au maestro la résolution de les supprimer. Toutefois cet événement dépassa le cercle étroit où l’on avait espéré le tenir caché. Il éclata au grand jour, et la presse lui donna un retentissement qui ne contribua })as peu à intéresser le public aux destinées de l’habile facteui-, rendues plus poétiques dès ce jour à ses yeux par les violences et l’acharnement d’une persécution injuste (i).

Il n’est pas douteux que la plupart des artistes de l’Académie royale de

(i) Voici, j)üur résumer le jugement de la presse sur cel objet, comment s’exprimait le journal Le Commerce^ relativement à l’échec qu’on avait voulu faire éprouver aux instruments de M. Ad. Sax : '< Donizetti , est-il dit dans ce journal , avait voulu introduire ces nou- .< veaux instruments dans la partition de Dow Sébastien; mais une ligue industrielle, formée « par un grand nombre d’artistes de l’Opéra, qui joignent à la qualité d’exécutants la pro- « fession de facteurs, a forcé le maître à renoncer à cette introduction. Donizetti, Habe- « neck et M. Pillet ont dû passer sous les fourches caudines de cette coalition d’artistes 011- ' vriers en instruments à vent. Mais la persécution dont M. Sax, homme d’un véritable génie, < est l’objet, ne fera que hâter son triomphe, et les artistes qui se sont prêtés à cette indigne '< manœuvre seront nomirnttivement couverts de confusion et de honte j)our y avoir |)ris '< part. »

Antérieurement à la représentation de Dow Sébastien ^ Ad. Sax avait déjà é|)rou\’é, dans ses relations avec certains artistes de l’Opéra, quehpies tracasseries qui pouvaient, juscpi’a un certain point, lui faire pressentir ce (ju’on lui réservait. Cette circonstance donna meme lieu à une polémique assez vive, dans laquelle Ad. Sax joua dignement et loyalement son

rôle.

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imisique , qui , dans celte circonstance, se montrèrent hostiles au progrès, et repoussèrent M. Adolphe Sax, sciaient laissé égarer à leur insu, el que, loin de tremper au fond dans cette querelle, ils n’avaient consenti à en devenir les champions que poussés en quelque sorte par un sentiment de confraternité toujours loua]3le lorsqu’il n’entraîne pas à des injustices. Mais à leur tête, — c’est là un fait que personne n’ignore, — figuraient des musiciens qui, après avoir accueilli le jeune facteur avec des démonstrations bienveillantes et amicales, s’étaient trouvés tout à coup, on n’ose dire ni comment ni pourquoi , au nondjre de ses détracteurs les plus acharnés. Ces musiciens, usant de l’influence que donnent des relations (]ui datent de loin et l’exercice de fonctions importantes dans des établissements royaux, avaient trouvé moyen de se former un entourage complètement dévoué à leurs idées, et habitué à considérer leurs moindres avis comme des jugements sans appel. Admis à faire partie des comités d’examen, ils y jouaient le rôle d’oiacles, condamnant et anathématisant toutes les innovations, et de la sorte réussissaient souvent à entraîner leurs collègues à partager les opinions les plus erronées, les plus rétrogrades, les plus systématiquement opiniâtres. Adolphe Sax n’est point le seul dont les inventions aient été mises à l’index pai' ces fougueux partisans des doctrines stationnaires; et en demandant compte de l’injustice commise à son égard, cet habile facteur pourrait se prévaloir de l’accueil fait jadis à plusieurs inventeurs célèbres, ses devanciers, et notamment à Ivan Muller et à Théobald Boehm. M. Fétis nous apprend, en effet, que le jury institué pour faire l’examen de la clarinette perfectionnée par Ivan Müllei' , repoussa cet instrument; et il ajoute, à propos des conclusions défavorables du jugement (ju’on en porta, « qiiaprès tous cas beaux raisonnements^ (jui 11 étaient dictés que par la paresse et le préjugé, il a fallu adopter cette même clarinette quon dédaignait parce qu il fallait U étudier. » Ces prétendues difficultés qu’on lui opposait, dit encore autre part le même auteur, n’étaient autre chose (|ue l’inexpérience de ceux qui s’y essayaient. Avec le temps on s’est familiarisé avec le nouveau mécanisme, cause innocente de tant d’effroi, et Von a rougi des jugements précipités quon avait portés, (etle marche est ordinaire parmi nous ; n tellement ordinaire, que la flûte de Boehm, dont le succès s’est établi et maintenu en France, rencontra absolument les mêmes obstacles. Un des membres les plus influents du

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