‹ Manuel general de musique militaireChapitre 113 sur 229 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

conûlv chargé d’examiner cel instriimeiil , déclara qu’il était persuadé que, malgré le soutien de (|uel(|ue flûtiste, ce dernier ne pouvait résister longtemps à la juste iTppréciation des hommes de honne foi. Un relevé fait par lui établissait (pi’à Paris, sur (piarante flûtistes tant ])rofesseurs qu’élèves, il n’y avait alors (pie trois professeurs et six élèves qui se servissent de la tlûte de Boehm; maintenant c’est à l’ancienne flûte que conviendrait ce lelevé. La flûte Boehm est aujourd’hui d’un usage général, et le même système de perfectionnement a été appliqué à tous les instruments à vent en bois. Une chose digne de remartpie, c’est que, de temps immémorial, les ci’iti(pies lelatives aux inventions ou aux perfectionnements ont invariablement roulé sur le même thème: elles consistent en allésalions vagues contre une prétendue complication de mécanisme, occasionnant une plus grande difficulté de doigté, ou bien contre une certaine modification du son, lecpiel aurait pour effet de dénaturer le caractère propre à l’instrument. Toutefois, ces critiques ne réussiient point à empêcher l’adoption des instruments perfectionnés par xMüller et Boehm. C'est la meilleure preuve qu’elles n’étaient point fondées. Il est heureux pour l’art (pie l’opinion générale vienne si souvent infirmer le jugement que dictent des préventions particulières, et qui le priverait si souvent des moyens d’agrandir son domaine. Par malheur, de tels exemples ne profitent pas toujours. Au lieu d'en tirer une meilleure lègle de conduite pour l’avenir, on persiste dans le même système de stfitu rjuo , et l’on s’expose à recevoir l’affront de nouveaux démentis plus éclatants peut-être encore (pie les premiers. Adolphe Sax a eu la gloire de provoquer tout récemment une nouvelle application de ce système; et c’est à lui qu’il appartient de faire rougir plus d’une fois encore ceux qui s’obstinent à le mettre en pratique avec un si ridicule aveuglement. Depuis Timothée, à (pii l’on reprochait d’avoir voulu corrompre les mœurs eu essayant de [lerfectionner la lyre, combien d’artistes novateurs n’ont pas été en butte à des accusations, sinon tout a fait aussi graves, du moins tout aussi absuidesî 11 y a, dans cei tainsaiéopages, des individus qui ne veulent entendre parlei' d’aucune iniKjvation ; ils appellent cela rester fideles aux saines traditions de l’art. Mais ({ue sont pour eux, la plupart du temps, ces dernières? Rien autre chose cjue des habitudes contractées de longue date.

En tout cas, l’amour des traditions serait funeste s il engendrait lesprit

de roiiliiie. Pour ceux même qui nient le progrès et qui nous croient deslinés à parcourir toujours le même cercle, la loi du mouvement existe encore. Essayer de s’y soustraire, vouloir rester immobile au même point, ce n’est point vivre de la vie de l’intelligence, c’est végéter, ou mieux encore c’est passer à l’état inerte de lossile. Toutefois, la force d impulsion finit par triompher de cette résistance passive, et la pensée humaine, délivrée de toute entrave, suit de nouveau la roule glorieuse qui lui est tracée. Le Conservatoire est une trop belle institution , il repose sur un principe trop élevé, pour descendre jamais à se faire le représentant des doctrines rétrogrades. Ce qu’il veut sincèrement, c’est la gloire de l’art, et, sous la direction d’un esprit aussi fin, aussi pénétrant et aussi éclairé que l’est celui de son chef actuel, M. Auber, il saura toujours poursuivre ce noble but en dépit des tentatives insensées qu’on fera pour l’entraîner dans une autre voie. Nous avons donc l’intime conviction que, dans son enceinte, comme partout ailleurs, M. Sax obtiendra justice et recevra l’accueil dû à son beau talent d’artiste exécutant et d’artiste inventeur. L’utilité de la clarinette-basse, que nos premiers compositeurs ont proclamée l’une des plus précieuses acquisitions faites par l’instrumentation moderne, va , sans nul doute, rendre indispensable la création d’une classe spéciale pour l’étude de cet instrument, et peut-être reconnaîtra-t-on que ce serait accomplir un acte de justice, et en même temps d’babileté, que de désigner M. Adolphe Sax-, qui doit à la clarinette-basse sa réputation de virtuose, comme professeur chargé de diriger l’enseignement dans cette classe.

La curiosité qu’excitaient dans le public les diverses opinions répandues, d’un côté par les adversaires de M. Sax, de l’autre par ses partisans, amenait, aux séances que donnait chez lui ce jeune facteur pour faii e entendie ses instruments, de nombreux auditeurs, bien décidés à ne se prononcer qu’après être devenus juges eux-mêmes. Ces épieuves furent on ne peut plus favorables à M. Adolphe Sax. Les indifférents ou les gens même les plus enclins à partager les préventions de ses ennemis sortaient de là ravis, enthousiasmés, tout disposés à combattre pour une cause qu’ils trouvaient juste et favorable aux intérêts de l’ai t. Les instruments en bois, de même que ceux en cuivre, inventés ou perfectionnés par cet artiste, leuiparaissaient justifier à tous égards les éloges qu’en avaient faits des juges

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