‹ Manuel general de musique militaireChapitre 115 sur 229 · LIVRE DEl XIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEl XIEME

enlevait ses musiciens, on cherchait à circonvenir ses employés, et jusqu’à ses amis même. La trahison semblait l’entourer d’un inextricable réseau. Non-seulement il trouva plusieurs fois, en rentrant chez lui, ses ateliers déser ts par suite de la défection de ses ouvriers, mais encore sa nraison mise au pillage; ses instruments brisés, ses outils les plus coirteux détruits à dessein , et ses plans, ses modèles, fr'uits de taiU de veilles et de labeurs, enlevés par une main bardie, qui n’avait pas craint, pour les lui soustraire, de fracturer ses meubles! Le vol couronnait l’œuvre d’infamie. Ne pouvant anéantir la réputation de l’artiste, on voulait à tout prix ruinerla for tune et le crédit du facteur d’instruments. Ainsi que le raconte le spirituel Ârago, dans un article oit il a entrepris d’esquisser quelques traits de la vie de VI. Adolphe Sax, on refusait, d’une par t, à ce dernier les rrratériaux nécessaires à ses travaux de chaque jour, et de l’autre on le jroirrsuivait avant terme pour livraisons faites. Traqué par des créanciers intraitables , et en même temps obligé de r efuser les commandes qui lui venaient de tous côtés, il se voyait à chaque instant près de succomber; et l’on assure que, préférant la mort au fatal événement qu’un chef d’établissement considère comme la perte de l’honneur, il prit résolument le parti du suicide. A cette beur-e suprême d’angoisse et de détresse, un petit nombre d’amis lui vinrent en aide; mais peut-être leurs efforts eussent-ils été vains, si VL Adolphe Sax n’avait compté depuis longtemps, au nombre de ses plus chauds partisans, un noble et puissant protecteur. L’ijornme génér eux qui l’avait engagé à se rendre à Paris, lui promettant, en r etourde son courage et de sa persévérance, la réalisation prochaine de ses plus 'chèr’es espérances , ne pouvait l’abandonner dans ce moment de cr ise. Aussi le lierrtenant général de Rurnigny s’ernpressa-t-il d’invo((uer, en faveur de l’artiste si cruellement épr-ouvé, le secours d’une providence auguste qui n’a jamais manqué aux malheureux , et ce secours inattendu vint détourner le coup funeste dont l’habile inventeur était menacé. L’intérêt que VL Adolplrè Sax inspirait à son bienfaiteur était d’autant plus vif, qu’il pr-enait sa source dans l’admiration bien légitime que cehri-ci éprouvait chaque fois qu’il avait occasion d’entendre, aux séances de la r tre Neirve-Saint-Georges (r), le bel ensemble formé par la reur^ion des

(i) C’est dans cette rue qu’est située la fabrique d’instruments de musique d’Adolphe Sax.

nouveaux inslrunienls. Devenu l’un des plus fidèles habitués de ces intéressantes auditions, le lieutenant général de Rumigny y recueillait l’avis des musiciens célèbres, des littérateurs en renom et des amateurs distingués; et il avait toujoui s la satisfaction de les trouver parfaitement d accord avec lui sur le mérite et les avantages de cette nouvelle combinaison instrumentale. Tiop modeste pour ne prendre conseil que de lui-méme, il tenait à obtenir cette confirmation de l’excellence de son jugement avant (pie (Je se résoudre à exécuter les projets que l’apparition des instruments du nouveau système lui avait fait concevoir, dans l’intérêt de l’art, et suitoiit dans l’intérêt de la musique militaire. Les différentes familles d’instruments de cuivre déjà connus, et dont l’emploi convient plus particulièrement à cedernier genre, ont acquis, par les nouveaux pei fectionnements auxquels les a soumises M. Sa\ , une admirable sonorité, tout en perdant les défauts essentiels, les vices radicaux de l’ancienne fabrication. La famille des bugles, si défectueuse et si incomplète autrefois, n’est plus reconnaissable aujourd’hui, grâce à ces utiles arnélioiations; et même lorsipi’on entend l’un de ces instruments, on a beaucoup de peine à admettie qu’il s’agisse simplement d’un instiument perfectionné, et que ce ne soit point là une invention réelle dans toute la force du terme; car, poui’ l’ordinaire, les perfectionnements sont loin d’opérer d’aussi heureuses et d'aussi complètes transfoinialions. Tous ceux qui eurent, à cetteépoque, foccasion d’apprécier ces magnifiques instruments, ne les désignaient plus que sous le nom de bugles-Sax; et bientôt cette dénomination n’ayant point paru suffisante pour les distinguer des mauvais instruments livrés dans le commerce sous le nom de bugles, on conseilla à l’inventeur d’en cbercber une qui pût indiquer et faire reconnaîtie sur-le-cbam]) les insti uments sortant de sa fabrique et perfectionnés d’après son svstème. Alors M. Ad. Sax imagina le nom de Sdx-Iiorn, qui lui valut de la part de ses ennemis une accusation nouvelle, celle d’usurpation et de plagiat. Il suffit de quelfjues observations pour démontrer combien elle était absurde. On 1 accusait de vouloir se faire passer pour l’inventeur du bugle, parce qu’il donnait s(3n nom aux instruments de ce genre qu’il fabriquait, comme si ce dernier usage n’avait pas été appliqué déjà maintes fois à l’occasion du plus simple perfectionnement, pour des instruments inventés de temps immémorial. N’a-t-on pas dit, par exemple, en dési-

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