LIVRE DEUXIEME
^nanl le cor perfectionné par Meifrecl , la Unie perfectionnée par Roeliin, la clarinette perfectionnée par Klosé, le cor-^leifred flûte- Uochm ^ la clarinetle-Klüsé. Qui se serait jamais imaginé qu’on voulût entendre diie par là (pie Meifred a inventé le cor, Boelirn la flûte, KIosé la claiinette? Cela eût été tout aussi absurde que de supposeï* que Carcel est rinventeuides lampes, au lieu d’étre simplement l’in ven leur d’une lauqie fonctionnant d’après nn mécanisme dont l’idée lui appartient en propre. Or, Xiiléc d’un perfectionnement constitue indubitablement, selon nous, une véritable invention; celui qui la conçoit le premier crée une chose (pii n’existait point avant lui; donc, sous ce rapport, il est inventeur, et on ne saurait lui contester ce titre; seulement, dans ce cas, l’invention est partielle. Les observations qui précèdent et les exemples rapportés plus haut prouvent cpéen parlant des instruments du genre bugle, peifectionnés par Adolphe Sax, on est fondé à dire bugles-Sax , de même qu’en parlant du cor perfectionné par Meifred, de la flûte perfectionnée par Boehm, etc. , on peut dire cor-Meifred, flûle-Boehrn ; et quant à la déno mination de Sax-horn , qui paraît plus spéciale, elle n’est autre chose (pi’une expression équivalente à celles de hugle-honi et ûe flü^el-horn , données, la première en Angleterre et la seconde en Allemagne, aux instruments que nous appelons en France bugles à pistons. Le mot liant voulant dire cor, la traduction littérale de Sax-horn est donc cor de Sax (i) ; c’est absolument comme si l’on disait Meifred-horn pour cor de Meifred. Évidemment il n’y a rien là qui constitue la moindre usurpation, et (pii puisse justifier cette banale accusation de plagiat , que le premier venu s’en va jeter impudemment à la face d’un homme de génie, comme pour trouver une consolation à sa propre impuissance. Ne voit-on pas maintenant combien il serait injuste de leprocher à M. Ad. Sax d’avoir donné son nom à des instruments auxquels il a appliqué le mécanisme et les proportions imaginés par lui, et d’avoir usé de ce moyen pour préserver cette iiwention de l’avidité des contrefacteurs et du discrédit qu’une imi-
(i) Il n’en est pas de meme du saxophone. Le saxophone est un instrument tout nouveau, personne n’en peut contester l’invention à M. Sax. Aussi, le nom qui lui a été donné a-t-il un sens tout autre que celui du mot Sax-horn. Il est compose du nom de l’inventeur, Sax , et de phone (cfiO)VYi), en grec voix^ ce qui, littéralement, revient a ceci : la voix de Sax.
talion inintelligenle et inhabile jetterait sur ses propres instruments, en mettant les acquéreurs clans le cas de les confondre avec les produits défectueux (]u’on ne se ferait point scrupule de leur livrer?
Le succès des sax-borns fut immense dès l’oiagine; il n éclipsa cependant [)as celui des auties instruments de cuivre, soumis à des perfectionnements analogues, et les cors , cornets, trompettes et trombones a cylindres, de même cpie les saxo-troml^as, insti uments d une puissance de son ineonjparable, faisaient également l’objet de l’admiration publique, aux concerts donnés par M. Sax. Déjà l’on trouvait que les diverses cond^inaisons instrumentales, oi'ganisées à l’aide de ces éléments, d’après les vues de cet habile facteur, satisfaisaient sous tous les rapports aux exigences de l’oreille la plus difficile et la plus exercée. Plénitude, justesse et homogénéité, telles sont en effet les trois qualités piimordiales cpi’on y remarque tout d’abord. Ce cpii séduisait surtout dans cette réunion des instruments de Sax, c’était un ensemble toujours harmonieux, au plus haut degré de foi'ce comme au dernier degré de douceur. Il faut diie aussi que ces instruments tombèrent dès l’origine entre les mains d’habiles exécutants , dont ils firent la réputation et dont ils ont assuré l’avenir. Ne devons-nous pas citer à cette occasion le jeune Arban, qui, il y a peu d’années encore, n’était qu’un élève s’annonçant avec des dispositions assez heureuses, et qui maintenant est déjà un grand artiste, un virtuose de premier ordre que les Allemands nous envient? Qui eût jamais pensé que le bugle pût devenir un jour un instrument de concert, et que, par suite de sa miraculeuse transformation, ses sons, tantôt suaves et purs, tantôt vibrants et passionnés, eussent le pouvoir d’arracher des larmes? C’est pourtant à Sax et à Arban que nous devons ce double résultat. Ce que l’un a pei fectionné avec son intelligence, l’autre l’a pei fectionné avec son âme. Arban joue du sax-horn comme Rubini savait chanter. Mais ce n’est pas seulement dans le j'o/o, c’est aussi dans les ensembles que d’habiles interprètes vinient faire valoir les nouveaux instruments. Une famille d’artistes anglais, MAI. Distin, composée de quaire jeunes gens et de leur pèie, quittant son pays natal, s’était lendue en Fiance avec l’intention d’y donner des concerts et d’y recueillir en même temps une fortune et un nom. Ces artistes formaient à eux cinq une petite société de musique d’harmonie, dont l’habileté en ce genre élait vraiment remarquable. Néanmoins ils
ohtinreiit peu de succès aux concerts de la lue Vivieiine, dans lescpiels ils se firent entendre en jouant des (|nintelti avec des instruments de l’ancien système, tels f|ne cornets à pistons, trompettes à clefs et trombones. En raison de cet échec, qu’on ne pouvait altiibuer qu’à la pauvreté des moyens d’exécution, et nullement à un défaut de talent de la part des al tistes, MM. Distin avaient à craindre sans doute de passer inaperçus dans le pays où ils étaient venus chercher l’éclat delà lenommée ; mais, grâce aux instruments de M. Sax, ils tiouvèrent bientôt une veine favorable. Ayant adopté ces instruments et renoncé à ceux dont ils faisaient j)récédemment usage, ils se montrèrent de nouveau en i844 dans plusieurs concei ts, et cette fois obtinrent un immense succès. Dès lors leur
réputation fut assurée; on les admit de toutes parts à figuier sur le pro-
gramme des réunions musicales, et ils furent même sur le point d’être
mandés à l’une des soirées rovales du château des Tuileries. Malbeuieuse-
ment le départ du prince de Joinville empêcha cette soirée d’avoir lieu; mais le roi , voulant donnera MM. Distin une marque de sa bienveillance et leur témoigner en même temps tout le plaisir qu’il avait eu à les entendre dans une autre occasion, leui- fit remettre une gratification de 5oo francs sur sa cassette particulière. Or, cette circonstance à laquelle le roi faisait allusion , et qui déjà en effet avait procuré à MM. Distin l’honneur de jouer devant lui, c’était précisément le concert (pi’Âdolphe Sax avait improvisé le jour où Tueurs Majestés, ainsi que toute la famille royale, s’étaient rendues à l’exposition de l’industrie nationale. Le célèbre facteur avait organisé ce concert, dans l’intention de soumettre au jugement des illustres visiteuis les instruments qu’il avait exposés. Ce jour fut pour lui un beau jour, un jour de triomphe et de succès décisif : en effet, le talent de AIM. Distin étant venu lui prêter un utile concours, il fut assez heureux pour faire apprécier à son auguste auditoire le rnéi ile de ses instruments, et pour en obtenir à différentes reprises des témoignages de satisfaction formulés dans les termes les plus bienveillants et les plus flatteurs. Cet accueil, dans lecjuel M. Ad. Sax trouvait déjà un ample dédommagement a toutes les injustices dont il avait été jusque-là l’objet, devait encore avoir pour son avenir des consécpiences bien autrement importantes. Le roi et les princes, portés à s’intéresser vivement à tout ce qui concerne 1 aimée, avaient sur
ce sujet de frérjuents entretiens avec M. le lieutenant général comte fie
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Rumigriy, el, dans ces conversations renouvelées dans l’intimité, il avait été plus d’une Ibis question de la musique militaire et de la nécessité d’en créer une tout à fait digne de la nation française. Le bruit qu’avaient fait j)armi les sommités du monde artistique les tentatives d’Ad. Sax , avait eu du retentissement jusqu’au château. Le lieutenant général de Rumigny fut invité à rendre compte de ses impressions personnelles , et le récit qu’il en fit éveilla au plus haut point, en faveur du jeune artiste et de ses utiles Iravaux, l’intérét des illustres personnages dont ce récit avait captivé l’attention. Son Altesse le duc de Montpensier, qui doit à l’élévation de son esprit, au tact exquis de son jugement et h la variété de ses connaissances, de comprendre la noble influence que les arls exercent sur la civilisation d’un pays, et qui, par cette raison, daigne leur accorder l’appui d’un Mécène, fit à M. Sax l’honneur de visiter ses ateliers et d’assister à l’audition des nouveaux instruments. Après les avoir examinés de près et s’en être fait expliquer en détail le mécanisme, il félicita l’habile facteur sur les inventions et les perfectionnements qui donnaient de si beaux résultats. De tels suffrages contribuaient à augmenter la renommée de M. Sax ; nrais ils fir ent plus encor e : ils lui assurèr ent des droits à la bienveillance royale, qui daigna se manifester plusieurs fois envers lui, non-seulement par des preuves de générosité, ainsi que nous avons eu précédemment occasion de le dire, mais encorne par des pr’euves d’intérêt, lorsque la question de la réorganisation des ruusiques militaires vint à être discutée en France. Nous voici arrivés au moment d’aborder cette intéressante période.
Dès le pieniier jour, il avait été généraleiueut lecoiiuu (|ue le système (le Al. Sax ayant pour effet (ie (Jonner aux instiumenis de cuivre une sonorité plus éclatante et en même temps plus juste, plus égale et plus hai nionieuse (ce qui n’atténuait en rien le caractère belliqueux qui leur est propre), ce système devait nécessairement accomplir une révolution dans l’organisation de nos musiques. La presse était unanime à le signaler comme le meilleur auxiliaire qui prit s’offrir poui- l éaliser les améliorations (|u’on avait en vue. Les écrivains qui s’étaient montrés les plus empressés à solliciter une réforme dans les musiques légimentaires, entie autres AI. H. Berlioz, se prononçaient hautement dans ce sens. Enfin les généraux (jui avaient entendu ces instruments partageaient les mêmes idées et, ainsi que nous eûmes lieu de le faire observer à l’une des premières séances musicales de M. Sax , en présence de M. le maréclial Sébastian! et de M. le lieutenant général Moline de Saint-Yon, reconnaissaient tous que dix musiciens, avec les nouveaux instruments, émettaient une aussi giande somme de sonorité, et pioduisaient autant d’effet que vingt autres avec des instruments de l’ancien système. Encor e fallait-il admettre en sus , c’est-à-dir e indépendamment de l’avantage r emporté sur la quantité, l’avantage obtenu sur la qualité; car c’est là principalement ce qui constitire la |)lus notable des améliorations. Les rapports d’iromrrres spéciaux et éclairés, en tête descpiels il faut placer MM. les généraux de Burnigny, Molitre de Saint-Yon et Sébastiani, ayant éveillé l’attention de l’autorité ministérielle sirr les conquêtes qui venaient d’êtr e faites dans le champ de l’instrumentation, et particulièrement dans la fabrication des instruments de cuivre, d’une si grande utilité, coinnre cbacurr sait, pour la compositiorr des musiques, il fut décidé que cet objet serait soumis à urr examerr sérieux, et dorrnerait lieu à une délibération approfondie. Nous venons de citer les noms de ceirx à rjui revieirt l’iiorrrreur d’avoir pr'ovo(|ué cette iin-
portante détermination. Comment se fait-il qu’on ny puisse joindre celui d’une autre personne (jue la nature de ses ionctions semblait appeler à j)artager le même honneur? Nous n’essayerons pas de 1 expliquer, loujoins est-il (ju’on a paru remarquer, avec autant de surprise que de regret, (pie M. le directeur du Gymnase musical, a qui sa position officielle et son titr e d’artiste font en quelque sorte un devoir de soutenir’ auprès de M. le rninisti’e de la guerr’e les intér’ets delamusicpie militaire, loin d a\oir pris en cette cir constance l’initiative, se firt constarTiment tenu a 1 écart, obser’vant une neutralité absolue, et gai’dant le silence sur les résultats brillants qu’avait obtenus M. Ad. Sax, r ésultats que lui-mérne s était plu antérieurement à constater, et qu’il aurait dû mettre a profit, puiscju on les pi'ésentait de toutes parts comme destinés à régénér’er la musique militaire en France (i). Néanmoins si cet appui fit défaut à M. Sax, il eut le bonheur d’en trouver un bien autrement puissant dans la personne de M. le lieutenant général Moline de Saint-Yon, alors directeur du personnel de la guerre. Gr’âce à sa bienveillante entremise, il obtint accès auprès du ministre, et aussitôt, sur les or’dres de M. le maréchal duc de Dalmatie, il fut arr’êté qu’un concoiu’s aui’ait heu au ministère. Trente-deux musiciens avaient été opposés au petit orchestre de M. Sax , composé de neuf exécutants , les seuls qu’il put r éunir, la malveillance étant venue au dernier moment lui enlever tous ceux (|ui devaient compléter ce modeste ensemble. Mais , ce qui prouve bien la justesse de l’opinion que nous avons émise fun des premiers, à savoir que des musiciens jouant des instruments de M. Sax , fussent-ils deux fois inférieur s en nombre à leurs rivaux munis des instruments de l’ancien système, n’en obtiendraient pas moins la victoire; ce qui le pr ouve , disons-nous , c’est que , dans une cir constance aussi décisive , et malgré le découragement que tant de défections imprévues avaient dû nécessair ement inspirer au petit nond^re de combattants restés fidèles, le succès de M. Sax ne fut pas un instant douteux. Une épreuve analogue vint encore, à quelque temps de là, donner une nouvelle confirmation de cette vér ité. Mandé au château pour fair e entendre ses instruments devant la famille royale et en présence de AL le maréchal
(i) Voyez ce (|ue dit à ce sujet M. Arago , dans \ Observateur de Bruxelles du i/j avril
iB/.t).