‹ Manuel general de musique militaireChapitre 117 sur 229 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Soull , de MM. les généraux de Kumigny, de Sainl-Yon , Sébasliani, el de ()lusiein‘s autres notabilités de l’armée, l’habile inventeur fut encore, par suite des mêmes obstacles, dans l’impossibilité d’effectuer la réunion complète de ses al tistes. Cependant son triomphe ne fut pas moins éclatant cette fois que dans les circonstances qui avaient précédé, et bientôt il oublia les nouveaux mécomptes que lui avait fait éprouver l’abandon d’infidèles auxiliaires, en recevant les félicitations que daignèrent lui adresser de la manière la plus affable et la plus gracieuse Leurs Majestés ainsi que Leurs Altesses Royales les ducs de Nemours et d’Aumale, et Monseigneui' le prince de Joinville. Cette dernière épreuve n’ayant laissé aucun doute sur les progrès réalisés dans la fabrication des instruments , il paï ut urgent de songer à en tirer parti dans l’intérêt des musiques régimentaires, et de procéder immédiatement à la réorganisation complète de ces musiques, la pauvreté et l’insuffisance des ressources de rinstiumentation n’étant plus un motif plausible pour* admettre de plus longs délais. Mais l’autorité supérieui'e, voulant montrer que l’amour du progrès et l’impartialité dictait tous ses actes, voulant aussi se décharger de la responsabilité qu’aurait fait peser sur elle l’exécution d’une mesure à laquelle sa conviction seule l’aurait entraînée , crut devoir en appeler au jugement d’une commission spéciale, composée d’hommes que leur talent, leur expérience, leurs connaissances théoriques et pratiques, ainsi que leurs travaux antéi ieurs , rendaient aptes à traiter cette importante question de la régénération de la musique militaire en France.

Ce fut dans les plus hautes régions du monde artistique que se recruta cette commission. Elle comprenait pour la partie musicale : M. Spontini, comte de Saint-Andréa, et MM. Auber, Halévy , Adam, Onslow et Carafa, tous membres de l’Institut; pour la paitie militaire: M. le comte Gudin, colonel du 2^ lanciers, réputé pour avoir organisé, avec les éléments de l’ancien système, l’une des meilleures musiques de l’armée (1); M. Riban,

(i) M. le comte Gudin , aujourd’hui maréchal de camp, est un des bons élèves du célèbre violoniste Baillot; indépendamment d’un talent d’exécution remarcpiable, il possède toutes les connaissances musicales qui doivent se rencontrer chez un amateur distingué. La position qn’il occupe dans l’armée l'a mis à même d’en tirer un excellent parti pour la solution du problème fpie la commission avait à résoudre. Aux yeux de celte dernieie, les observa-

colonel du 74^ de ligne (i), lequel a également su former pour l’infanterie, avec des musiciens soldats, et dans des conditions aussi peu favorables, un ensemble non moins satisfaisant.

La commission avait cru devoir s’adjoindre, pour la partie acoustique, M. le colonel du génie Savait, et pour la par tie mécanique, M. le baron

Séguier, l’un et l’autre membres de l’Institut.

M. le lieutenant général de Rumigny, qui avait tant de droits à être choisi pour remplir cette baule et importante fonction, fut cbarge de pr ésider cette imposante assemblée de savants et d ar tistes célébrés, et M. le ministi’e de la guerre, daignant nous appeler* nous-nrême a en fair e par tie, nous conféra le titre de secrétaire rappor teur de la commission.

Une grande tâcbe, et sur tout une tâche bien ardue et bien epineuse, était confiée à la commission que venait d’instituer le ministre. Munie de pouvoirs étendus, il lui était enjoint de porter* son contrôle sur tout ce qui se rattachait à la question de l’amélioration de la musique militair e. Chaque fois qu’elle rencontrait un abus, elle devait le signaler*; chaque fois {|u’elle découvrait une cause d’inrperfection, elle devait indiquer les nrovens de l’anéanlii*. Sa mission l’obligeait donc de détruire avant de cr éer*. C’est que, pour tout édifice ruiné par* la base , il ne saurait y avoir* d’amélioration partielle; force est de se résoudre à le saper de fond en comble, et à en élever un autre à la place sur des bases et un plan meilleurs. Malheureusement on ne peut accomplir* cette œuvre rigoureuse, mais nécessaii'e, sans fr oisser des intér êts pr*ivés peu disposés à se sacr ifier* à l’intérêt général, et auxquels un excès d’égoïsme fait considérer* les mesures utiles qui ne leur profitent point directement, comme autant d’actes injustes et blâmables. Il est facile de concevoir l’ir ritabilité qui se manifeste alors et qui éclate bientôt en protestations, en menaces, en invectives, en personnalités injurieuses comme en insinuations perfides. C’est là une phase obligée de toutes les réformes. 11 n’en est aucune, à quelque spécialité qu’elle se rattache, (jui n’ait rencontré cette l'ésistance opiniâtre et cette vive opposition entre l’ordi*e de choses établi et les nouvelles

rions du colonel Gudin ont eu d’autant plus de prix, qu’elles étaient suggérées par les lumières que l’expérience pratique est seule en état de faire acquérii-. fl) IVT. Riban est aujourd’hui luaréchal de camp.

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teiulances. Ces obstacles n’ont pas fait défaut non plus aux entreprises de la commission cbai gée de réorganiser les musicpies régimentaires. Pendant les six mois environ consacrés par elle à ses travaux, elle s’est vue constamment en butte aux attaques (Je gens (pie les déceptions de la cupidité ou celles de l’amour-propre engageaient à se poser en victimes des décisions qu’elle croyait devoir prendre dans l’intérêt de l’art et de l’armée, et à taxer ces mêmes décisions de monopole et d’arbitraire; accusations renouvelées d’autant plus fréquemment, et avec une animosité d’autant plus vive, qu’en pareil cas on reconnaît toujours implicitement l’impuissance on l’on est de recou lir à la modération d’un sage raisonnement, pour les motiver et les justifier; mais la commission , forte du. droit (pii lui avait été conféré et de la haute destination qu’elle avait reçue, ne daigna même point repousser ces attaques, bien qu’il lui eût été facile de le faire, si elle avait consenti à engager une polémique que la position infime du parti adverse rendait toutefois indigne d’elle. Conservant ainsi une attitude pleine de calme et de dignité, elle ne cessa de se livrer tout entière à ses expériences et à ses travaux, sans que rien prit jamais la faiie départir de cette règle de conduite, aussi sage que prudente, et pour laquelle on s’est plu généralement à lui rendre hommage.

Ce fut le 25 février 1 845 que la commission tint sa première séance. Portant d’abord ses regards sur l’objet qui avait motivé sa création, elle examina quel était l’état des musiques militaires en France. Après avoir été forcée de constater à cet égard une dégénérescence et une inféiiorité (pii n’ont cessé de suivre un funeste mouvement progressif depuis l’Empire ius(pi’à nos jours, elle fut conduite à en attribuer la cause:

A la suppression totale des gagistes;

2^ A l’emploi de mauvais instruments;

3*’ Aux proportions vicieuses dans lesquelles ces instruments se trouvaient condjinés ;

4“ A l’insuffisance du nombre des exécutants;

5^ A la position subalterne de ces derniers.

Sur tous ces points, l’avis de la commission s accordait parfaitement avec l’opinion publi(pie. C’est (ju’ici, en effet, il n y avait (pie des vérités à reconnaître et à constater. Pour le prouver, passons rapidement en revue les différents points ci-dessus énoncés.

La suppression des gagistes a privé les musirpies militaires de leurs artistes les plus Labiles, de leurs plus fermes soutiens. Un événement fâcheux (i), en soulevant de nouveau une question de jin idiction liée aux intérêts de la discipline militaire, avait provoqué cette mesine qu’une ordonnance ministérielle rendit obligatoire en t834- Depuis lors, les corps n’ont pu réussir qu’avec une extrême difficulté à enrôler des musiciens de talent, et ils ont du tout à fait renoncer à se recruter parmi les artistes d’origine étrangère, tels que les Italiens, et surtout les Allemands, qui fournissent si souvent des musiciens consommés et des exécutants du premier ordre. Autrefois on comptait de dix à douze gagistes par musique; ils formaient un noyau d’artistes Labiles qui donnaient de l’éclat aux sohs ^ et qui, dans les ensembles soutenaient l’inexpérience des soldats musiciens, dont ils réussissaient en bien des cas à atténuer les fautes. Un autre avantage résultait encore de la présence des gagistes dans les régiments. Comme ils pouvaient se partager les élèves, et (ju’ils n’en avaient chacun que deux ou trois à surveiller, ils parvenaient à leur faire faire des progrès plus rapides. Aujourd’hui le chef de musique doit à lui seul surveiller l’éducation nlusicale de tous les élèves; et l’on conçoit aisément qu’une pareille tâche, (piel que soit le zèle qu’on y apporte, a des exigences auxquelles la bonne volonté d’une seule personne ne peut toujours suffire.

Après avoir signalé cette première cause d’imperfection, la commission, ainsi que nous l’avons vu précédemment, établit que les moyens d’exécution en présentaient une seconde. Elle reconnut que les instruments employés dans la musique militaire étaient bien éloignés d’atteindre le but, soit parce qu’ils étaient défectueux en eux-mêmes, soit parce qu’ils ne convenaient pas à l’application qu’on croyait devoir en faire. Pour ce qui est de l’agglomération de ces instruments, elle ne pouvait se dissimuler que plusieurs motifs tendaient à en fausser chaque' jour I équilibré : tantôt par l’inintelligence du chef de musique ; tantôt par une connivence coupable de ce dernier avec le fabricant, d’où résultaient les plus graves abus, et notamment la livraison d’instruments de pacotille; tantôt enfin par les prédispositions de quelques colonels peu

(i) L’insubordination et les outrages dont le nommé- Mesmer, musicien gagiste au 56^ de ligne, alors en garnison à Lyon , se rendit coupable envers un officier qui était de service.

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