LIVRE DEUXIEME
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jonr. l.es espiits s’élant un peu calmés, la foiiuue cessa de se moulier aussi rigoureuse envers le jeune écrivain. Le 3i mars 1824 ? Molinede Sainl-Yon lit jouer à l’Académie royale de musique //)siùoé, o[)é\'a en (|ualrt‘ actes, dont le célèbre Kreutzer avait écrit la musicjue. Le sujet choisi par 1 auteur, et plus encore la manière dont il était traité, constituait, pour l’époque, une innovation des plus hardies. C’était la première rois(|u’on osait faire descendre la tragédie de ses échasses, et y sifhslituer l’opéra de genre; c’était aussi la piemière fois qu’on quittait le style emphatique et homsouflé pour le langage simple et naturel. On conçoit l’opposition que devait rencontrer une tentativede réforme aussi radicale, tentativequi venait froisser de vieilles habitudes, blesser beaucoup d’amours-propres, et compromettre même certains intérêts particuliers. Aussi les critiques ne furentelles point épaignées à la pièce nouvelle; mais, loin d’interrornpie les représentations de cette dernière, elles contribuèrent à leur donner toute l’importance qui s’attache à une question d’art et de progrès. A datei’ de ce jour, on sentit la nécessité d’abandonner les formes sévères et guindées de l’ancien répertoire , pour mettre dans le dialogue plus d’intérêt et de mouvement , et pour donner à l’action plus de pittoresque et de contraste. En un mot, Ipsihoé a été le signal d’une véritable révolution, non-seulement dans le plan et le style des ouvrages lyi iques, maisencote dans le choix des sujets, qu’on s’est appliqué à chercher depuis lors pai nii ceux qui prêtent surtout au développement des idées musicales et a de puissantes conceptions harmoniques. M. Moline deSainl-Von adonc rendu à l’art dramatique un service signalé, en ouviant aux auteurs une route nouvelle, et en inaugurant en quelque sor te, dans l’opéra proprerrrerrt dit, le genre auquel on a attaché le surnom de voinantiquc ^ pour* le distinguer* de l’ancien système, (pii pr it la dénomination de clussKiue ; distinction puérile (pii suscita bien d’inutiles débats, par* bonheur terminés aujourd’hui. On ne saurait donc contestera M. Moline de Saint-Yon le titre de novateur*; et il v à des droits d’autant mieux établis, qu en publiant sa pièce , il eut soin de la faire pr écéder d’un avant-pr opos dansleipiel , apr ès avoir exposé la situation oit le theatr*e se tt*()uvait a cette epoipie, ei (onstalé la nécessité d’une réforme, il expliipie nelteiTient le but ipt il s’est proposé en écrivant ce livret d’opéra (r). M. Moline de Saint-Yon a
I Ot «nvanl- propos f*st iiii <lorumriir prccif'nx |)onr I histoire (le l.i Miusi(jue diiinialicjiK ,
tipo MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
lait depuis plusieuis autres ouvrages poui- le théâtre, notamment Fiançais à Chambord, opéra en deux actes, représenté en i83o a l’Academie royale de musique; mais la révolution de Juillet lavant i appelé a ses devoirs militaires, il dut renoncer a la littérature dramatique, poui se
livier à un autre genre d’occupations.
A dater de cette époque, sa plume eut à traiter de plus graves sujets. En !834, il fit paraître des fragments d’une histoire militaire de la 1- rance,
«’f paiiiculièremeiit pour celle du drame lyj’itliie. Placé en tète de l<i pièce imprimée qui parut en 1824, il pourrait à cet endroit, et avec la simple indication de son titre , ne pas laisser soupçonner toute son importance. C’est pourquoi nous le transciitons ici en entier :
<1 Depuis longtemps la plupart des feuilles littéraires aceusent la Tragédie lyrique de n étie ( plus en harmonie avec le goiit actuel et les progrès de l’art musical en France; chaque « jour on réclame, de toutes parts, des essais dans un genre nouveau : c’est pour se conformer it à un vœu si généralement exprimé, que l’auteur à'Ipsiboé a écrit cet ouvrage. En effet,
< une tragédie ne j)eul offrir de ces transitions subites, de ces oppositions brusques et fre- « queutes, qui seules conviennent à la musi(jue ; les partitions italiennes ont exercé sur nous
< une grande influence ; aujourd’hui l’on ne se contente plus de phrases bien déclamées et de
< (juelques airs expressifs; l’on veut des morceaux d’ensemble , des finales, etc.; et le style '< sévère, la marche méthodique et solennelle de la tragédie, s’accordent mal avec la cha- « leur , la richesse de détails et la variété de tons qu’exigent ces morceaux d’une facture «nouvelle. .Jamais les compositeurs italiens les plus célèbres n’ont songé à convertir en «opéra aucun des chefs-d’œuvre de Racine , tandis qu’ils ont mis à contribution un grand « nombre de nos mélodrames. Quinault , Quinault lui-même n’avait pas la prétention d’être « un écrivain classique , lorsqu’il faisait parlei’ les songes agréables, les songes funestes et les « plaisirs; il voulait produire des effets, et jamais on n’a si bien réussi : d’ailleurs, puisque « Vtelpomène a de si dignes interprètes sur une autre scène, laissons à l’Académie royale de « musique sa magnificence et ses prestig(;s, et au lieu de paralyser ses moyens, cherchon^ « au contraire à utiliser les ressources presque magiques d’un théâtre fait pour parler aux « yeux autant qu’à l’imagination.
« L’opéra à'Ipsiboé, dont l’idée principale est due à un roman de M. d’Ai lincourf , «pii a « obtenu un succès remanjuable, est basé cependant sur un fait historique. On sait «jue les « Bozons et les Bérengers se disputèrent avec acharnement la couronne de Pi ovence ; le^ « chefs de ces deux familles et leurs héritiers occupèrent successivement le tiAne, et la veuve « d’un Boz.on se distingua dans une lutte qui fut longue et mémorable.
« L’auteur de cette composition dramatique a cru devoir substituer à des noms illustres « des noms fictifs plus favorables à la musique, et personne, sans doute, dans un ouvrage de « ce genre, ne sera tenté de lui en faire un reproche. »