LIVRE DEUXIEME
tipatlne pour le liaulbois ou pour le basson; nous nous élevons seulement • eontre le mauvais usage, ou l’usage déplacé (ju’on en peut faire. Il seiait injuste de clieicber à déprécier le caractère de rinslrument, mais il esl permis de l’accuser de manquer de sonorité (i). En parlant du basson, y\. fétis tlit encore: « Le Ijasson est aussi un de ces instruments dont l’usage est hors de proportion avec la masse de riiarnionie; dans la mu- '< >i(jue militaire, sa sonorité est trop faible, et son emploi n’est (|ue se- « condaiie (2). » Si donc on veut néanmoins l’y admettre, ne faut-il pas s’assurer cpie l’on a pleinement satisfait d’autre part aux conditions de sonorité; car une fois cette lâche accomplie, rien n’empêche de résoudre subsidiairement la question de variété dans les timbres , et de trouver alors à utiliser convenablement cet instrument. Il en doit être de même à legard du hautbois. C’est pourquoi la commission, qui s’était flattée de pouvoir disposer d’un personnel de cinquanle-cin(| musiciens, avait été
^i) C’est pour pallier ce défaut et remédier au mancpie de sonorité des hautbois et des bassons, cju’un membre de la commission proposa d’adopter des hautbois et des bassons dits militaires. Les hautbois ainsi qualifiés sont ceux que les Allemands emploient encore «pielquefois dans leurs musiques. Ils sont un peu plus grands que les nôtres et ont une anche plus large et plus forte. Mais s’ils réussissent à acquérir par là plus d’intensité, ils ne produisent pas, eu égard à la qualité du son, un effet plus satisfaisant ; car, dans ce cas, leur timbre est trivial, commun et désagréable au possible. On croirait entendre quelques-uns de ces anciens instruments dont parle Thoinot Arbeau , qui servaient à accompagner les danses de village, et qui demandaient à être soufflez avec force. Quant aux bassons militaires, ce sont des bassons construits avec des pavillons de cuivre; modification qui tend à donner au son plus de force et de portée, mais dont il ne résulte, à vrai dire, qu’un instrument bâtard, totalement dépourvu de caractère, et n’ayant aucune des qualités |)ropres aux instruments en bois, ni aucune de celles qui distinguent les instruments en cuivre.
2) En ce qui nous regarde personnellement, ce n’est pas à nous qu’on peut reprocher d’avoir jamais méconnu les avantages du hautbois, ou même du basson. JNous avons depuis longtemps porte témoignage des services qu’ils sont appelés à rendre dans l’orchestre, et nous nous sommes appliqué a démontrer toutes les ressources qu’ils offrent au compositeur. C’est là ce dont on peut se convaincre en lisant nos deux traités d’instrumentation, et surtout les suppléments à ces ouvrages, dans lesquels nous avons meme entrepris de les défendre contre les allégations récentes de quelques écrivains, qui avaient essayé de tourner en ridicule ces instruments, et leur .avaient dénié tout avantage et toute utilité. Il nous stiffiia de dire enfin que nous avons nous-niéme fréquemment employé les hautbois et les bassons dans nos compositions de musique dramatique, où ils jouent partout un rôle important.
conduite, en procédant de la sorte, a faire entier dans son organisation définitive deux hautbois et deux bassons. Mais peut-être, dans de pareilles conditions, ce nombre n’était-il pas encore tout à fait suffisant, ou, s’il nous est permis de dire toute notre pensée , peut-être les bases de cette organisation n’étaient-elles point calculées de manière à justifier pleinement l’introduction de ces instruments. Au contraire, dans l’organisation proposée par M. Spontini , ils étaient véritablement à leur place, et l’on ne saurait trop regretter qu’une question d’économie ait pu faire rejeter une combinaison aussi complètement satisfaisante à tous égards.. D’après nous , l’emploi dans les musiques militaires des hautbois et des bassons sera toujours d’une parfaite inutilité, tant cjue ces instruments ne pourront y êtie admis pai‘ quatre au moins pour chaque genre. Encore, dans cette hypothèse, faudrait il que les exécutants fussent des virtuoses. Or il n’est pas probable, lors même que le rétablissement des gagistes (dans le cas où il aurait lieu) semblerait offrir un moyen de lever la difficulté , il n’est pas probable , disons-nous , qu’on put jamais réussira trouvei de bons hautboïstes et de bons bassonistes. Tout le monde sait qu’ils deviennent chaque jour de plus en plus rares; et comment l’armée s’en procurerait-elle quand nos théâtres ont tant de peine à en réunir le nombre strictement nécessaire pour compléter leurs orchestres, et ne cessent d’accaparer tous les bons artistes de la spécialité? Le basson est un instrument encore imparfait, qui exige une grande habileté de l’exécutant , pour être a même de satisfaire fauditeui'. Malheureusement, en France comme en Allemagne, ce motif a jeté beaucoup de découragement parmi les musiciens, et les a détournés de se livrer à l’étude de cet instrument. Pour ce qui est du hautbois, la difficulté d’exécution est également un obstacle à sa propagation. Au dix-huitième siècle, un des plus savants théoriciens de l’Allemagne, le célèbre, Mattheson rendait déjà un témoignage analogue , en disant ipie.le hautbois demandait non moins d’habileté de la paît du compositeur que de délicatesse de la part de l’exécutant; et il déclarait (|ue, si ces conditions n’étaient point observées, il aimait tout autant à entendre jouer d’une guimbarde, ou de cet instrument puéril fait avec un petit morceau de {Aar/i//i-stiUc/ien) f i ).
(i) M.iltliesoii , Das fieuc Eroeffnete Orchestre. Hamburg, 1713.