‹ Manuel general de musique militaireChapitre 137 sur 229 · LIVRE DEUXIÈME. :^o · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. :^o

de vue, cest qu’il importe avant tout de former de bons directeurs de musique et non des compositeurs. Cependant , comme le talent de compositeur ne peut qu’ajouter à la prépondérance d’un chef de musique, et a, en conséquence, pour effet de rendre à un plus haut degré la profession qu’il exerce digne d’estime, il est bon de l’encourager, de clierclier même h le développer chez tous ceux qui paraissent avoir une vocation l'éelle. 11 suffirait pour cela, comme nous l’avons dit, d’établir des récompenses pécuniaires et bonorifiques. Nous regrettons qu’on n’ait point restreint aux seuls chefs demusique l’une des dispositions de l’ordonnance du 19 aoùl 1 845 , laquelle presci it la répartition d’une sommede 3, 000 fr., imputable sur la masse générale d’entretien des corps, entre les compositeurs qui auront présenté les morceaux jugés les meilleurs par une commission composée de la section de musique de l’Institut. On espérait sans doute, en donnant à cette disposition une application générale, s’assurer le concours des compositeuis jouissant d’un certain renom, mais on aurait dû prévoir que des artistes, qui ont à tous égards une position faite, ne se détermineraient point à entrepiendre une pareille tâche, par suite de la promesse d’une rémunération pécuniaire. 3, 000 fr. dans ce cas , c’est trop ou trop peu. Or, cette prime , qui ne saurait être un appât ou un encouragement pour ceux qui jouissent de tous les avantages que procurent de fréquents succès, en devient un très-réel pour les musiciens qui, parleur condition , si ce n’est par leui’ talent, ont peu de chances d’arriver à la fortune, ou même à un certain bien-être. Tels sont, par exemple, les chefs de musique et les musiciens de régiment. yVussi nous a-t-il paru équitable qu’ils fussent seuls appelés à profiter des bénéfices résultant d’un concours qui place à côté de l’encouragement bonorifi([ue l’encoul agement pécuniaire , et cela avec d’autant plus de fondement , selon nous, que la somme à partager entre les compositeurs, étant prélevée sur les fonds de l’af rnée , semble devoir revenir en (juelque sorte de droit à ceux (|ui en font partie. Si donc il nous était permis de nous prononcer dans une question de cette nature, nous insisterions fortement sui‘ la nécessite de modifier’ cette disposition , et d’y stipuler très-explicitement (pte les chefs de musique ou les exécutants-compositeur s des r égiments (il jrourrail s’en trouver, parmi ces derniers, qui eussent du talent en ce genr e) aur ont «.euls le droit de concourir.

3o6 MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.

S’il est urgent d’encourager l’aplilude réelle, il n est pas moins utile de prévenir les fausses vocations, et d’empéclier les chefs de musicpie aux- (juels la nature n’a rien donné de cette faculté créatrice qui fait le compositeur, de perdre en tentatives infructueuses, en essais avortes, le temps cpi’ils pourraient plus utilement employer à former de bonselèves, à pei fectionner leurs musiciens, à rendre irréprochable dans toutes ses paities la composition de leur orchestre; bref, a assurer pai‘ tous les moyens usi tés en pareil cas la parfaite execution des morceaux du repeitoiie. Déjà les colonels, — nous parlons de ceux qui a titre de bons amateurs de musique ont assez d’expérience pour juger approximativement de la valeui d’une composition , — sauront mettre bon ordr’e aux velleites ambitieuses de leurs chefs de musique, dès (pie l’incapacité de ces derniers leur aura été clairement démontrée; mais la création d’une commission inamovible (i), relevant du ministère de la guerre , laquelle serait chargée d’examiner toutes les compositions musicales destinées aux troupes, et de déterminer ensuite les morceaux à faire entiei* dans le répertoire des régiments, serait encore un bien plus sûr moyen, selon nous, d’empécher à l’avenir la production d’œuvres (|ui ne tendent qu’à déconsidérer, au point de vue artistique, la musique de nos armées. 11 est plus que probable (|u’une pareille mesure écarterait les chefs de musique, soi-disant compositeurs, qui reconnaîtraient implicitement leur impéritie dans l’art d’écrire, ou, si elle ne les amenait immédiatement à prendre une aussi sage résolution, (pi’elle réussirait du moins, après quelques tentatives infructueuses, à les détourner pour jamais de suivre une fausse route. La commission se composerait non-seulement de compositeurs et de théoriciens renommés, mais encore d’officiers supérieurs professant pour la musique guerrière des sympathies bien reconnues, et possédant, en outre, des connaissances (|ui les rendissent bons juges en cette matière. Tontes les compositions dont cette commission aurait fait choix , et dont l’adoption aurait été prononcée, seraient publiées par un journal de musique spécial (on se rappelle que la commission chargée de la réorganisation avait proposé d’en fonder un); et ce journal deviendrait la source principale on les chefs de niusi-

(i) Comnie celles (jui ont été instituées dans d’autres ministères, pour l’examen (les productions littéraires ou des ouvrages d’éducation.

LIVUE DF.UXIÈME.

i|iie auraient la faculté de puiser poui- alimenter et varier leur répertoiie. Les productions envoyées par les candidats qui aspireiaient à partager le prix de 3 ,000 lianes, seraient également soumises à l’examen de cette commission, et les pièces qui auiaient rempoité le prix paraîtraient également dans le journal de musique militaire, avec l’indication des tities (jui leur donneraient dioit à cette insertion. Quant à la commission, afin d’assurei' son jugement en pareille circonstance, elle ferait subir, au morceau (pi’elle aurait leconnu poui- être le meilleur à la simple lecture, l’épreuve décisive d’une audition; et, à cet effet, le donnerait à exécuter à piemière vue à l’une des musiiiues modèles dont on a demandé la création , et sur lesquelles nous aurons encore un peu plus loin occasion de revenir. Au reste, tous les compositeurs, (ju’ils fissent paitie ou non de l’aimée, seraient libres de soumettre au jugement de la commission des compositions pour musique gueriière, et auraient droit, si ou adoptait ces dernières, de les faire publier dans le journal mentionné ci-dessus. Pour ce qui est de ce journal, nous dirons qu’une idée beureuse , selon nous, serait d’annexer à la partie musicale une partie de texte renfermant d’intéressantes considérations sur la musique guerrière, sur ses progrès dans les différents pays, sur sa parfaite organisation dans certains régiments, etc. Les remarques instructives que les militaires auraient occasion de faire relativement à cet objet, soit dans leurs voyages lointains, soit dans leurs changements de garnison, seraient particulièrement agreees, et de cette manière on obtiendrait d’utiles et précieux renseignements sur 1 état de la musique militaire, non-seulement dans nos contrées, mais encore dans des contrées fort éloignées. Des anecdotes, des articles scientifiques, tous relatifs à la spécialité, viendraient compléter la série des matières destinées à cette portion du journal, laquelle aurait pour but de donner plus d’importance à la musique militaire, tant aux yeux du public qua ceux de l’armée, et contiibuerait ainsi a l’elever au rang quelle doit occupei pai nii les autres brandies de l’art. La partie musicale de cette [lublication serait, comme nous l’avons déjà fait observei’, le grand fonds de lepeiloire des régiments, notamment pour les»morceaux destines à être joués au repos, tels qu’ouvertuies , fantaisies, valses, pots-jiounis et aiiangements de toute sorte sur des airs originaux ou sur des thèmes favoris. Mais fjuant aux marches proprement dites, un autre recueil les fourniiail. (.f"

3o8 MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE,

recueil, dont nous exposons le plan plus loin , d’après nos idees pailicu- Hères, comprendrait les marches et pas redoubles pour grande et petite musique; les unes communes à toute larniee, les autres a certains corps de troupes; d’autres enfin affectées en propre à chaque l’egirnent. loutes ces marches, tous ces pas ledoubles, devraient avoir été composes sur des motifs originaux ou sur des mélodies nationales, pour l’usage spécial de l’armée française. Elles seraient approuvées parle ministre de la guerre, et un acte officiel en presciirait l’adoption par les troupes, soit celle des marches générales par toute l’armée, soit celle des marches particulières par ceux des régiments auxquels elles seraient spécialement affectees. Pour que la composition d’un pareil recueil ne laissât rien à désirer, et eut une valeur vraiment artistique; pour que chacun des morceaux y fût tiaité d’après les règles de l’esthétique musicale et possédât réellement le caractère du genre, il faudrait (|ue des plumes habiles se fussent employées au succès de cette entreprise. Certes, les plus célèbres maîtres ne dédaigneraient point de consacrer leur talent à une paieille tâche, qui réaliserait bien certainement un nouveau progrès. C’est donc à eux qu’il conviendrait de s’adresser, et le ministre de la gueri e n’aurait pas besoin de faire valoir, en pareil cas, un autre motif que l’idée glorieuse d’étre utile au pays, pour décider un Auber, un Halévy, un Onslow, un Adam, un Berlioz, un Spontini, à coopérer à cette œuvre vraiment nationale.

Tout cela, on ne saurait en disconvenir, contribuerait puissamment à lehausser l’éclat de la musique militaire, surtout si l’on y joignait encore les avantages qui résulteraient d’une réforme dans les bases de l’institution destinée à fournir des chefs de musique à l’armée. Ce n’est point seulement l’autorité supérieure (pii, depuis quelque temps, s’est aperçue à quel point le Gymnase musical est resté en arrière du but qu’il devait s’efforcer d’atteindre; plusieurs personnes compétentes ont également fait cette remarque, et ont approfondi la question (i). Nous-méme l’avons étudiée avec soin et en avons fait l’objet d’un travail spécial que nous teiinine-

(i) Des documents importants nous ont même été communkiués, relativement cet objet; mais ils renferment des allégations qu’il ne convient peut-être pas de livrer à la publicité. La source d’où ils proviennent leur donne d’ailleurs toute creance; ici, le doute n’est pas permis; c est I année elle-même qui réclame.

Page 1