LIVRE PREMIER
En tout cas, il faut bien croiie que le mode pliiygien était esseiuiellenient propre à remuer les passions, puisque Alexandre, ayant entendu tlans un festin certains airs exécutés dans ce mode sur la flûte, pai* un musicien de Thèbes, nommé Timothée, se sentit enflammé tout à couj) d’une fureur surnaturelle, renversa tout ce qui se pîésentait sui' son [jassage, et se précipita sur ses aimes comme pour se mettre en devoir de combattre (i).
La première mention qui soit faite de la musique militaire dans les annales de Rome, se rapporte au temps même de sa fondation (environ 749ans avant Jésus-Christ).
Après la victoire que remporta Romulus sur les habitants deCécina, l’armée tout entière, rangée par division , suivit le chai' du vainqueur en adressant des hymnes aux dieux et en célébrant par des chants imj)rovisés le triomphe de son chef (2).
Si la musique et même la danse conservent encore quelque crédit dans les temps difficiles de la fondation d’un État, alors qu’on doit plutôt songer à former les hommes pour la guerre qu’à leur inspirei' le goût des beauxarts, c’est que les Romains , aussi bien que les Grecs, auxquels ils avaient emprunté l’esprit de certaines coutumes, ne pouvaient se dissimuler que de tous les arts la danse et la musique, loin de nuire à un tel projet.
gage en outre à recommander que tout ce qui a trait à cet art, de même qu’à celui de la danse, soit sévèrement examiné parles conservateurs des lois. On sait que les magistrats de Lacédémone poussèrent la rigueur jusqu’à bannir de Sparte 'rimothée le Milésien , l’aceusaut d’avoir introduit dans leur cité l’usage du genre chromatique et artificiel. Boëce nous a conservé le curieux décret que le sénat rendit à cette occasion contre ce musicien SI habile, trop habile même pour un peuple essentiellement positif et quelque peu arriéré dans ses opinions. — En raison de l’esprit stationnaire des Lacédémoniens, tout fait présumer que leur musique était à cette époque d’une extrême simplicité, comme tout ce qui avait rapport en général à leurs institutions. Il faut entendre les Corinthiens leur reprocher c(‘ système et leur vanter êelui des Athéniens, peuple ami des arts et du progrès. « Votre po- « litique, leur disaient-ils avec un léger accent d’ironie, tient un peu trop de 1 antiqiu; simj.'li- ' cité. Il en est de la politique comme des arts, où il faut toujours saisir les nouveaux pro- '< grès qu’ils ont faits. » Puis ils ajoutaient avec une dure franchise : » Une longue expérience “ a inspiré aux Athéniens bien des inventions qui vous manquent.» {^Voy, Thucydide, liv. i.l
(1) Sabell., lib. x, c. 8.
(2) bionys., Jnticjuit. rom., lib. 11.
MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE, étaient particulièrement propres a en favoriser 1 accomplissement. U ailleurs ne fallait-il pas s’attacher à reprimer la férocité d un peuple composé en grande partie de brigands et d’aventuriers? et quel autre moyen plus efficace de le civiliser sans l’amollir aurait jamais pu s offrir à la pensee de ses chefs et de ses législateurs ? Aussi Romulus laissa-t-il ses soldats s’exercer dans celte partie de l’art du geste qui entretient la force et l’agilité du corps. Il institua même, dit Festus, la danse hcllicrepa (^i), (jue l’on exécutait tout armé. L’un de ses successeurs, le sage Numa, divisa les Romains en huit classes, au nombre desquelles figurait celle des Saliens, prêtres voués au culte de Mars. D’abord au nombre de douze, ils furent surnommés Palatins ^ du nom de la montagne qu’ils habitaient. Durant leurs solennités, ils parcouiaient la cité de Rome, entre-choquant leurs boucliers appelés ancyles ^ et exécutant des danses et des chants {saliaria canniiui) en l’honneur du dieu Mars et des héros dignes de lui être comparés (2). Le premier de ces poëmes héroïques fut, dit-on , composé par Numa. Tullus Hostilius institua douze autres prêtres de Mars , qui furent nommés (combattants) et Collini^ du mont Quirinal, sur
le(juel ils avaient fixé leur résidence (3). Les premiers citoyens regardaient comme un grand honneur d’être admis dans le collège desSaliens. Ivorsque Servius Tullius, dont le règne commença l’an SyS avant l’èi e vulgaire, divisa le peuple en centuries, deux d’entre elles fuient composées de joueurs trinstruments qui devaient fournir des musiciens à l’armée (4). C’est donc Servius Tullius qui le premier organisa une musique militaire chez les Romains, en prescrivant l’usage de certains instruments pour conduire les troupes au combat et les faire manœuvrer. 11 était alors dans les ha-
(1) Bellicrepam sallationein dicebant qiiando ciiii) armis saltabant. Qiiod a Roiiudo institntiini est, ne siiiiile pateretur, qiiod fecerat ipse, cum a ludis Sabinoruin virgines rapiiit. >
(Fest.Poinp. de verb. signif., I. ix.)
(2) « Salios item duodeciin Marti gradivo legit (INiima Pompilius), tunicæ pictæ insigne dédit et super tunicam æneuin pectore tegumen : cœlesliaque arma quæ Ancylia appellantur ferre; ac per urbem ire canentes carmina cum tripudiis solemniqne saltatu jussit. ..
(Tit.-Liv., Hist.^ lib. i.)
(3) Cet établissement était dû à un vœu qu’avait fait le roi Hostilius dans une guerre contre les Sabins.
(/,) Dionys. llalie., lib. iv, cap. 2. • — Livius, lib. i, cap. /,3.