‹ Manuel general de musique militaireChapitre 15 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

hiluclos du soldat de faire entendre, après les exercices du soir et le souper, des hymnes en l’honneur des dieux; puis il se couchait suises armes et se livrait au repos. Cependant, bien qu’à cette époque ou reconnût à la musique le pouvoir d’exercer une salutaire influence sur les actions militaires, on ne voit point qu’elle fût appelée à jouer , dans les institutions civiles des Romains, un rôle aussi étendu et aussi brillant que chez les Grecs. Il est vrai qu’elle ne tarda pas à reconquérir tous ses avantages au point de vue de l’art, dès que les Romains furent parvenus à l’apogée de leur gloire et de leur puissance.

Maintenant, si nous voulons détourner un moment nos regards des nations les plus célèbres de l’antiquité pour les reporter sur celles (jui jusqu’à présent n’ont pas été aussi en évidence dans le vaste tableau de l’histoire, nous verrons partout se produire des faits nouveaux qui révèlent des tendances et des usages analogues.

L’un des peuples qui revendique l’honneur d’être le premier à dater dans les annales du monde , reconnut, dès son origine, les précieuses qualités de la musique. La tradition veut que le fondateur du céleste empire, le grand Fou-hi, ait créé une musique philosophique et emblématique, et (|u’il ait su en tirer des préceptes qui lui servirent à assurer le bien-être et le bonheur de son peuple. On lui attribue en outre l’invention d’un gland nombre d’instruments, entre autres du Rin, instrument monté de sept cordes, au nombre desquelles ligure la corde ou~ouang , ainsi nommée, dit le prince Tsay-yu dans son Traité musical (i), parce qu’elle donne naissance au mode brillant qui exprime les qualités guerrières; car ou-ouang signifie prince guerrier (2). A une époque où la chronologie des Chinois présente des dates authentiques, et environ vers l’an 2284 avant rère vulgaire, l’empereur Chun , ayant établi plusieurs grandes solennités qui devaient être célébrées dans ses États, voulut que la musique s’y adjoignît pour en augmenter la pompe. Parmi ces solennités, on distinguait

(1) Amiot, de la MusUfiie des Chinois, tome vi des Mémoires concernant les Cliinois , page 5.'».

(2) Cet ouvrage, intitulé Lu-lu-tsing-y, c’est-à-dire explication claire de ce qui concerne les lu. Le prince Tsay-yu le présenta à l’empereur Ouan-ly à la troisième lune de l’année ping-chen, trente-troisième du cycle et la vingt-quatrième du règne de l’empereur , ce qui cf)rresf)ond à l’an 1 *>9^ de notre ère.

ime fête guerrière dont le but était de rappeler la pacification du royaume après de longs troubles et de longues dissensions (i). Ce souverain avait créé un surintendant pour diriger les études musicales dans son empire, et à cette occasion il adressa à la personne qu’il investissait de cette cbaige un discours remarquable que l’on a conservé : «Je te nomme suiinten- « dant de la musique, dit-il à Rouei; instruis les enfants des princes et (t des grands; qu’ils deviennent, par les soins, justes, affables, circons- ( pects; qu’ils soient fermes sans durete et sachent tenir leur lang sans « fierté et sans arrogance. Que ces pensees soient rendues en poesie, cban- « lées sur différents airs et accompagnées des instruments. La musique « doit suivre le sens des paroles, être simple et naturelle; il faut rejeter « celle qui n’inspire que la vanité et la mollesse. La musique est 1 expresse sion des sentiments de l’ame; si l’âme du musicien est elevee etgéné- « reuse, ses productions ne respirent que la vertu; ses accents réunissent K le cœur de l’homme à celui des esprits célestes (2). »

En lisant ce discours, on est surpris de la similitude qui existait entre les idées des Chinois et celles des Giecs touchant la musique, similitude (pii ne pouvait être le produit d’un échange intellectuel, les deux peuj)les, d’après l’opinion la plus commune, ayant été alors à peu près inconnus l’un à l’autre. Comme les lettrés du céleste empire n’accordaient |)as moins d’influence à cet art sur les mœurs que les législateurs de la (rièce, il s’ensuit qu’ils étaient aussi soupçonneux que ces derniers à l’égard de toute innovation, et qu’ils sévissaient presque avec autant de rigueur que les Lacédémoniens contre ceux qui tentaient d’apporter quelque modification au système adopté.

Les souverains, pour la plupart, s’occupaient de régler eux-mêmes tout ce qui était du domaine de la musique, et ne dédaignèrent point d’encourager par leur exemple la culture de cet art. Le chef de la nouvelle dynastie desTcbeou, l’empereur Ou-wang, qui monta sur le trône à peu près vers l’an 1122, fut, dit-on, l’auteur d’un hymne guerrier qui se trouve rapporté dans l’ouvrage chinois Chou-king (3). On lui doit en

(1) De Mailla, Histoire de la Chine, lonie i.

(2) De Mailla, tome i, page 98. — Le Chou-king, tracl. du P. Gaubil, pag. 20.

(3) Chou-king, trad. du P. Gaubil, p, i.56, ouvrage précite.

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