‹ Manuel general de musique militaireChapitre 140 sur 229 · I.IVRE DEUXIKMK · texte numérisé non relu

I.IVRE DEUXIKMK

1 étrangler, mais jamais, ce nous sem])le, avec assez de solemiilé el de relenlissement.

Ha ns ces dernieis temps encore, M. Sa\ a eu riieureuse insj)italion de convier les musicjues el les musiciens de légiments à deux concours, dont I époque est fixée, pour l’un au mai, pour l’aiilT eau 3o juillet dechacpie année. Des prix doivent être offerts aux concurrents (pii se seront le plus distingués dans la lutte. Au. musicien soldat qui, dans sa spécialité, aura été proclamé vaimpieur, il sera remis un instrument })orlant son nom gravé en toutes lettres; el à la musique, soit de cavalei ie, soit d’infanterie, (pii l’aura emporté sur ses rivales, il sera fait don d’un insti ument d’iionneur, argenté el doré, sur le(|uel figurera l’inscription du régiment. X>s concours, qui auront lieu devant un jury compétent, porteront sans aucun doute d’heureux fruits; c’est un projet auquel il faut donner suite. Mais à côté de ces concours, il serait fort impoitant d’organiser de grandes fêtes de musique militaire; nous avons déjà dans ce geme un glorieux précédent, qu’il est bon de mettre à profit. Le succès, qui a été éclatant <lès la première tentative, grandirait dans les tentatives subsé(pieutes , et atteindrait, à n’en pas douter, de glorieuses proportions. C’est à la révolution de i83o (jue nous devons d’avoir fait revivre le goût de ces imposants concerts, qui réunissent des centaines d’exécutants, et (pii comptent un peuple entier dans leur auditoire. Les solennités de juillet ont rendu à la musique la place qu’elle doit occuper dans le programme des réjouissances nationales. L’anniversaire des trois jours, célébré en 1 833 , est le premier qui ait donné lieu de remettre en vigueui- cette beureuse application d’un ai t si bien fait pour impressionner la loule dans les moments d’enlbousiasme patriotique, où la foule sent qu’elle a une aine. Un orchestre pouvant contenir cin(| cents musiciens et trois cents chanteurs, fut donc élevé cette année-là sous le pavillon de l’Horloge, en face 1 allee du niilieu. Le personnel de cet orchestre était composé comme suit :

8o grandes clarinettes.

8 petites clarinettes, la flûtes, lo hautbois.

20 cors.

20 tromfj(;ttes.

i6 trombones.

i8 bassons.

i5 ophicléides.

2 2 contre-basses.

3 timbaliers.

2 grosses caisses.

6 tambours d’harmonie.

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L0 cltŒUf coniprciitiit tlciix cciils voix cl liomnics 0I cGiit \oix cl6 finies. Les clifféi'ents morceaux cjiii furent executes a ce concert, étaient les suivants : chœur de Tarare (Salieri) ; chceur avec marche (Slruntz) ; bataille avec chœur (Schneitzhœf’fer) ; scène héroïque et prière de femme (Hector Rerlioz); prière de la Muette (Auber); serment de Grutli de Guillaume Tell (Rossini); ouverture de Guillaume Tell (Rossini); ouverture de la Gazza Ladra (Rossini) ; ouverture de la Muette (Auber). Cependant, quelque nombreux que fût l’orchestre, dont nous venons d’indiquer la composition, il ne produisit cependant'pas l’effet qui semblait devoir résulter d’une aussi grande quantité de voix et d’instruments. A l’exception de la Marseillaise, qui tiouve toujours, parmi la foule, une multitude d’exécutants improvisés pour soutenir l’énergie de ses accents, tous les morceaux furent assez froidement accueillis. Faut-il attribuer ce résultat à la composition instrumentale de l’orchestre, ou bien n’était-ce pas que les auditeurs se trouvaient encore sous l’impression de ce formidable concert, qu’ils avaient entendu trois ans auparavant, où les canons faisaient la basse, et les carabines les parties aiguës? Néanmoins, l’exemple donné par la Fiance fut tout aussitôt suivi par la Belgique; et la même année, pour le troisième anniversaire des journées de septembre i83o, un grand concert d’harmonie fut exécuté à Bruxelles sur la place Royale , par les musiques de tous les régiments de l’armée belge. M. Fétis avait été chargé de l’organiser et de le dir iger. On assure que le résultat répondit parfaitement a ses soins, et qu’au bout de cin(| à six répétitions, l’ensemble ne laissait plus rien à désirer; en sorte que les quatre cent trente musiciens marchant sous ses ordres exécutèrent la tâche difficile qui leur était confiée, avec l’hahileté et la précision (pi’aurait pu déployer un seul homme, voir e même un viilnose. Dix petites clarinettes en rni bémol; trente premières clari-

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neltes principales, vingl secondes claïinettes, vingi Iroisièines claiiiiettes , tpialre petites Oiiles, huit flûtes en ////héinol, vingt bassons, trente-six cors, seize tioinpettes , plusieurs hautbois, des cors à clefs en difféients tons, un grand nombre d’opbicléides , altos et basses, de sei pents russes, et environ trente tiond3ones, altos, ténors et basses , sans préjudice de tous les instruments de percussion nécessaires, composaient cel orclies- ’ tre, qui, à cette époque, pouvait à bon droit passer pour colossal.

Le programme offrait pour la première partie : une introduction sur la l/arseilia/se et la Brabançonne ; \ Ouverture de Tancrède; nn pot pourri de küffner sui- des motifs de Rossini; un pot pourri sur des airs de la /'/«//ceV ( le(juel fut exécuté par cent quarante instruments de cuivre); un air varié de M. Bender, chef de la musique des Guides du roi, et enfin V Ouverture de Démoij/ion. Dans la seconde partie figuraient V Ouverture (f Oberon ^ un air varié pour cor à clefs, accompagné par des insti uments de cuivie ; une fantaisie sur des motifs de Donizetti par M. F. Bendei-, chef de musique du légiment de ligne, et V Ouverture de Guillaume 7>//, arrangée par Küffner. Mais ce qui est particulièrement digne de remaïque dans les diverses circonstances de cette solennité, c’est la générosité avec laquelle on crut devoir agir enveis les régiments qui avaient prêté leur concours. Leurs musiques reçurent à cette occasion , des mains du ministre de la guerre et du ministre de rintériem-, des instruments d’honneur destinés à consacrer dans chaque régiment le souvenir des fêtes auxquelles les corps de musique militaire avaient su, pour lem part, donner tant d’éclat. Les musiques de l’infanterie eurent dès clarinettes, et les musiques de chasseurs à pied , de même que celles de la cavalerie, des trompettes à clefs.

On voit , par les renseignements cpii précèdent et par ceux que nous avons consignés dans le premier livre au sujet de la fête organisée en Allemagne par M. Wieprecht , (pie les concei ts les plus considérables se sont généralement bornés à un ensemble de quelques centaines d’exécutants, ('e nombre n’avait jamais été dépassé, que nous sachions, dans les fêtes purement militaires, lorsfpi’une pensée de bienfaisance (elles sont de nature à braver les difficultés de tout genie) fit naître le projet d’organiser, dans des proportions tout à fait grandioses et colossales, un festival militaire. Les bases en avaient été arrêtées pai' le comité de l’association de'-

artistes musiciens, avec le concours de son lionoiable president M. le baron Taylor, cliez qui le désir de faire le bien est un sentiment inné, et qui en avait communiqué à ses collègues 1 idée première. Le produit de ce •nand concert instrumental devait être versé dans la caisse de l’association, lacjuelle a pour but, comme cbacun sait , de venir en aide aux altistes (pie la vieillesse, le malheur ou les infirmités ont plongés dans la misère. L’association, en conviant l’armée à réaliser avec elle une œuvre d’art et de bien fa 1 sa n ce, savait cpie de ce cote encore ses nobles i n ten lions sei aient pa i failement comprises et secondées, et que les plus vives sympathies répondraient à son appel. M. Moline de Saint-Yon, pair de France, alors ministre de la guerre, sollicité de donner son adhésion à ce projet, s’empressa de déclarer (pi’il autorisait avec plaisir cette fête musicale, et (|u’il prendrait toutes les mesures nécessaires pour (pie rien ne s’opposât à sa prompte organisation. Il daigna même motiver son assentiment, en disant qu’il considérait une [lareille solennité comme éminemment propre à établir entre les musiques un rapprochement des plus favorables à leurs progrès, de même qu’à populariser le goiit de la musique et à seconder l’essor des arts. En conséquence, M. le ministre de la guerre mit immédiatement à la disposition du comité de l’association toutes les musi(jues des régiments d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie eu garnison à Pai is et dans la banlieue. D’un autre c(àlé, sur la demande ([ui lui fut également adressée, demande qu’il accueillit avec la plus grande bienveillance, M. le général Jacqueminot autorisa officiellement les musiques de la gar de nationale à concourir à cette solennité militaire. Le comité écrivit alors des lettres aux colonels des régiments caser nés a Paris et dans la banlieue, pour les prier' de donner à leurs musiques des ordres en conséquence, et de vouloir bien en outr-e, dans l’intér êt de l’effet général et attendu le court espace de temps dont on pouvait disposer- jusqu’au terme fixé pour l’exécution définitive, alléger autant que possible le service des musiciens de leurs r égiments, afin de laisser à ces dei'uieis la facilité d’étudier les morceaux arrêtés dans le programme, et de prendre par t aux répétitions partielles ou générales qui devaient avoir- lieu avant le grand jour-. Les colonels accueilliient généralement ces ouvei luies avec beaucoup de bonne gr âce, et fir ent tout ce qui dépendait d’eux pour- répondr e au désir- que la commission leur- avait expr imé. (Juehpies-uns mcmepiiient une part active aux travaux d’organisation, et

LIVHR DEUXIRf\IF.

l’association n’oul)lieia jamais combien elle est redevable an concoins de AÏM. les capitaines Desaint et Vico, ce dernier aide de camp de M. le général Sébastiani, (pii ont sni tont grandement contribué à abréger sa tâche par les utiles avis (pi’ils einenl occasion d’émettre dans les conlérences préparatoires de son comité, conférences auxcpielles ils avaient bien voulu assister tous les deux. On ne se fait point une idée de ce (pie coûte à organiser un concert monstre , un festival militaire. Rien ne semble plus facile au premier abord (pie de réunir, par simples lettres de convocation, toutes ces musirpies qui doivent avoir à peu près le même nombie d’exécutants et la même composition instrumentale. Rien ne semble plus facile que de soumettre ces organisations partielles aux lois d’une organisation générale; puis, après avoir remis à chaque détachement de l’armée instrumentale les morceaux à exécuter, de les convoquer aîi bout de (pielques jours pour une première répétition d’ensemble, et là, quand chacun est sous les armes, attentif aux ordres du chef, c’est-à-dire, au signal qui part ordinairement du bâton régulateurde la mesure, décommander le feu sur toute la ligne. Mais, dans cette hypothèse, ce qu’on est loin de soupçonner, c’est l’affreuse explosion qui résulterait d’un signal si intempestivement donné. On ne sait pas que la confusion la plus horrible, la plus affreuse cacophonie et en même temps le plus ridicule échec viendraient pirnii* le témér aire assez insensé pour réunir- sur un champ de bataille diverses troupes de musiciens non disciplinées, et pour- exiger- d’elles qu’elles exécutassent de grands mouvements stratégiques, quand la plupart, loin (J’être familiarisées avec les évolutions d’ensemble, ont bien de la peine, chacune séparément, à marcher- au pas, c’est-à-dire, en mesure. Assurément ce n’est point ainsi (pi’il convenait de [)roceder; mais alors ((ue de soin , de zèle, de patience, ne fallait-il pas à ceux des membres du cornité spécialement chargés d’organiser le festival! Il est vrai qrr’ils matcbaienl sous la dir ection d’un chef habile fait pour inspirer le courage et la per sévérance : ce chef, c’était M. Massart , le célèbr e violoniste, le digne successeur de ïxr-eulzer-, epri , ayant l’anie d’un vrai artiste, en a aussi tout le dévouenrent. Admirablement bien seconde cl aillent s jrat MM. Mairrt(e Bourges et Alyre Burearr , les deux infatigables secrétaires du comité, jrat M. Léorr Kreutzer, le s[)ir-ituel cr-iti(|ue, et pat- M. Sax, 1 habile inventeur, M. Massar t est parvenu en fort peu de terrrps à triornjdrer des obstacles

sans nombre qu’offrait la réalisation d’une tâcbe si lourde. Nous île décrirons pas ici toutes les particularités du laborieux enfantement d un concert monstre ; ce ferait presque hasarder une entreprise égale à celle-ci en difficultés. A considérer seulement le volumineux dossier qui lenfeime les pièces relatives à l’organisation de la solennité du 24 juillet 1846, on éprouve une sorte d’effroi. Le lecteur pourra du reste s en faire une idee, si on lui appi'end ((ue, pour coordonner ces differentes masses instiumentales et les amènera se fondre dans un ensemble satisfaisant, il a fallu d’abord s’encjuérir de l’oiganisation instrumentale de chaque régiment, s’informer du nondire d’artistes capables que cbacpie musique pouvait fournir, et demander enfin quels étaient les morceaux du répertoire communs à plusieuis d’entre elles. Or rien ne sauiait fournir une meilleure preuve de l’anarchie qui régnait, de notre temps, dans la composition des musiques de l’armée, (jue le relevé des instruments employés dans chaque orchestre militaire. Ce relevé, que les chefs de musique ont fait eux-mémes pour l’envoyer au comité de l’association des artistes musiciens, constate à cet égard, pour l’infanterie comme poui* la cavalerie, de notables différences .entre chaque régiment. Les mêmes documents confirment la disparition presque complète des hautbois du plus grand nombre des musiques; car sur dix-huit régiments d’infanterie , mis à contribution pour le festival, deux seulement se trouvaient posséder* des instruments de ce genre. Le 35® a fourni un hautbois, et le 62® deux. En réunissant le chiffre total des musiciens de l’infanterie et celui des musiciens de la cavalerie, on avait un ensemble de huit cent quatre-vingtdouze exécutants (non compris dix musiciens formant la batterie) ; dans cette formidable réunion instrumentale, les hautbois figuraient au nombre de trois, et encore n’y en avait-il qu’un seul qui fût entre les mains d’un joueur exercé ; que voulait-on en vérité que ces trois malheureux instruments fissent contre leurs huit cent quatre-vingt-neuf rivaux ? Quant aux renseignements demandés relativement au chiffre des artistes capables, ils pouvaient suggérer de bien tristes réflexions. Certains régiments ont été foicés d’avouer que, sur la totalité de leurs musiciens, il s’en trouvait à peine la moitié (jui eût droit, à cette qualification. Sur sept cent trente et un exécutants, chiffre total fourni par la réunion des dix-huit régiments d’infanterie, quatre cent quatie-vingt-quatre

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