‹ Manuel general de musique militaireChapitre 149 sur 229 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

poui' rarmée par des artistes en renom , qui , en raison des connaissances étendues tpie l’expérience leur a permis d’acqnéiir dans la partie estliétiipie de leur ait, sont plus aptes que tous autres, ce nous semble , à saisir le véritable caractère de la musique guerrièie. C’est ainsi (ju’en Mlemagne les compositeurs les plus célèbres ne dédaignent pas d’écrire des morceaux de musicpie spécialement destinés aux troupes de leui’ pays. Des princes du sang et des rois ont même employé leurs loisirs à ce genre tl’occupation. En Prusse y par exemple, il vient d’étre publié, sur l’ordre du roi actuel, un magnifique lecueil à l’usage des armées piussiennes, lequel ne comprend pas moins de cinquante-trois marches ordinaires (à pas lent), cent vingt-cinq pas redoublés et trente-sept marches de cavalerie. Au nombre des auteurs figurent le grand Frédéric, Guillaume III , le prince Albert de Prusse, le prince royal de Hanovre, la princesse Wilbelmine de Prusse, le prince royal de Suède, etc. Au moment où nous écrivons ces lignes, nous apprenons que la grande princesse Olga de Russie vient aussi de composer une marche solennelle {festmarscJi) destinée à faire partie de ce recueil. Quelques-unes des marches précédentes sont spécialement affectées à tels régiments; d’autres sont commémoratives d’un événement, d’un fait d’armes; d’autres ne s’exécutent que dans une circonstance donnée. Il est malheureux que nous ne possédions en France aucun recueil analogue. Mais une pareille lacune serait bien facile à combler, et il suffirait pour cela, comme nous l’avons dit , de s’adresser à l’élite de nos compositeurs. Si ce projet trouvait sa réalisation, les colonels pourraient désormais puiser en toute sécuiité dans un répertoire musical parfaitement approprié, et ils n’auraient plus à ciaindre de voir se produire, par suite d’une ambition déplacée, de mauvais arrangements ou des œuvres beaucoup trop originales ^ c’est-à-dire encore plus grotesquement élaborées (jue ridiculement conçues. Ce recueil aurait un autre avantage, car les chefs de musique qui voudraient se livrer euxmémes à la composition, y trouveraient des modèles tout à fait propres à leur donner une juste idée du style et des formes (jui conviennent à la musique militaire.

.lusqu’à présent nous n’avons parlé que des compositions instrumentales de musique militaire. Il y en a pourtant encore, comme on sait, de purement vocales , ou hien de vocales et instrumentalesà la fois. Mous croyons

(ju’il n’est pas sans utilité d’en toucher ici quelques mots, aujourd’hui surtout que l’étude du chant choral a été prescrite dans tous les régiments comme moyen d’exciter le courage et de développer les sentiments généreux chez le soldat. Nous sommes déjà revenu à plusieurs reprises sur l’efficacité des hymnes guerriers et nationaux; il nous reste à parler de la manière de créer ces sortes d’hymnes. De pareils chants ne peuvent être que le produit d’une inspiration spontanée. C’est ordinairement l’amour de la patrie qui leur donne naissance; aussi est-il bien difficile de proposer des règles qui leur soient invariablement applicables. Nous avons essavé toutefois de présenter quelques considérations générales sur cet objet, en traitant de la chanson, dans un ouvrage spécial consacré à la description de la coupe, des formes et du caractère des diverses compositions musicales, ouvrage qui doit paiaître sous peu. Ces considérations, en raison de leur trop grand développement, ne sauraient trouver place ici; bornons-nous à dire que toutes les fois (ju’on voudra mettre un chant dans la bouche du soldat , on fera bien d’observer les préceptes généraux qui s’appliquent aux compositions de musique militaire , à savoir, la simplicité et la clarté. Les mélodies en devront être franches et nettement accusées, mais jamais triviales : améliorer le moral du soldat, tel est le but du chant choral; et comme tout ce qui se chante se retient d’autant mieux, il faut se garder de lui offrir des refrains érotiques ou bachiques, dont sa mémoire ne sera que ti op surchargée au retour du cabaret. Il faut se garder surtout de salir son imagination par des couplets obscènes qui tendent à développer les germes d’une démoralisation dont il reste trop souvent de funestes traces parmi les populations au milieu desquelles les troupes ont séjourné quelque temps. Nous avons eu une fois sous les yeux un de ces recueils de chant à l’usage des écoles chorales régimentaires, dans lequel nous n’avons pas été médiocrement surpris de trouver plusieurs de ces chansons des rues qui réunissent au style le plus bas les idées les plus immorales. Nous ne pensons pas que de pareilles publications soient de nature à remplir les vues élevées qui ont provoqué la création des écoles chorales, et nous croyons faire acte de bon citoyen autant que ser vir la dignité de l’art, qu’on avilit et qu’on profane ignominieusement de la sorte, en dérronçant d’aussi funestes tendances et en appelant sur cet objet la sévère attention de l’autorité. La matière est-elle donc si stérile et les nobles sujets

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