LIVRE TROISIÈME
si iares?Ve pouvez-vous chanter le courage, la fidélité, l’iiumanité et le dévouement, puis enfin l’obéissance à l’ordre et h la discipline; et, dans une sphère d’idées moins sérieuses , la musique ne vient-elle pas encore vous prêter ses poétiques accents pour exprimer la joie et le plaisir, comme aussi les plus doux sentiments du cœur, l’amour et l’amitié? 11 est vrai (|ue de tels sujets demandent à être traités avec noblesse , car ils sont destinés à élever l’âme; tandis que les plus abjectes productions, qui ne tendent qu’à la dégrader et à la pousser aux plus honteux excès, n’exigent qu’une facilité de conception des plus vulgaires. Tous les auteurs qui ont parlé delà science militaire, et qui, comme nous, ont reconnu l’utilité du chant pour les soldats, ont été unanimement d’accord sur ce point. De Zimmermann , entre autres, dont il a déjà été question dans ce Manuel , y insiste tl’une façon toute particulièr’e; et afin de donner une application immédiate à ses idées, il place, à la fin de son ouvrage, des hymnes guerriers (|u’il engage les colonels à mettr e dans les mains des soldats. Par malheur, Zimmermann se faisait illusion sur la valeur artistique de ses hymnes; car ils sont écr its avec une grande inhabileté, et demeurent constamment audessous du médiocre. La mollesse ou le manque de signification sont des défauts qui ne doivent jamais entacher des compositions de la nature de celles dont nous par lons : un soldat ne doit point chanter comme un paisible bourgeois, encore moins comme une faible femme. Il faut que l’énergie domine dans tous ses accents, et c’est surtout à lui que doit s’appliquer l’éloge contenu dans ce quatrain devenu populaire ver s la fin du siècle dernier, et qu’un Allemand impartial n’a pas craint de citer dans un article à la louange de nos chants nationaux (i) :
CVst à tort qu’on plaisante Le Français réjoui;
Le Français, quand il chante,
Fait danser l’ennemi.
Vu reste, c’est au delà du Rhin qu’il faut aller juger de l’imporlarrce (|u’on attacheaux chants nationaux et militaires. L’Allemagne, qiri apporle gérréralement rrne si sage prévoyance dans les plus petites choses capables
(i) Cet article a été publié dans la Gazette musicale deLeipzijf.
:i44 MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
de hâter les progrès delà civilisation morale, et de contribuer à la perfection des bonnes mœurs; l’Allemagne, disons-nous, craignant de laisser les soldats en butte aux pernicieuses instigations qui favorisent les égarements des sens, s’est occupée depuis longtemps avec sollicitude deveiller dans leur âme les bons instincts, et d’écarter de leur esprit tout ce qui pourrait tendre a les abrutir. Elle a donc reconnu la nécessite d opposer aux chansons immorales, dont l’expérience lui avait révélé les funestes effets, de petits poèmes moraux et récréatifs , qui délassent le soldat en l’instruisant, et qui portent en même temps ses idées dans des régions plus élevées et plus pures. C’est dans cet esprit qu’on forma d’assez nombreux recueils qui parurent successivement dans toutes les contrées de l’Allemagne, notamment en Prusse, en Bavière, en Autriche, dans le royaume de Hanovre, à Leipzig, etc. (i). Le Journal militaire d’Autiicbe rend compte, dans un de ses numéros de 1822, d’une publication de ce genre, due à un major de l’armée prussienne, nommé Decker. La collection de chansons guerrières que ce major avait formée, et dont il avait offert la dédicace au prince royal de Prusse , contenait des lieder pour chaque arme en particulier, et ces lieder se chantaient sur des airs connus ou sur des mélodies nouvelles extrêmement simples. Le lédacteur de l’article saisit cette occasion de faire lessortir l’importance de la musique, notamment de la musique vocale, comme moyen efficace pour perfectionner le moral des troupes. Après quelques considérations intéressantes sur cet objet, il conclut en déclarant que le public et l’armée ne sauraient se montier trop reconnaissants’ envers M. Decker pour une publication aussi utile et aussi opportune.
Nous avons eu occasion d’examiner rpielques-uns de ces recueils mili-
(i) Voici cjuelques-uris de ces recueils :
Soldatcn-Lieder^ in-8®. Meissen, 1826, Gœdsche; uiul Melodien hierzu mit Piano forte Beel.
Lieder fiir deulsche Krieger. Halberstadt, 1828; iind Melodien hierzu.
Soldatcn-Lieder von Borne mann. Berlin, i838.
compositionen hierzu von den Musik Direcioren Grell imd Neithai dt.
l'erlin, i838.
Millier. N. IJederhuchfür die V eteranen der Grossen Napoléon s Armée, von i8o3 bis 1814,
^r. in-8^*. Main/,, 1837. [Chansons pour les vétérans de la grande armée de Napoléon, de i8o3 a 1814.)