LIVRE PREMIER
oiilre une uiusique destinée à être exécutée pendant que l’année se ran»t* en bataille. En général, toute celle (|ui fut composée sous son règne avait pareillement pour objet les exploits belliqueux, ce prince aimant tout ce qui lui rappelait la guerre. On raconte qu’un autre empereur, nommé Lieu-Pang, ayant usurpé l’empire environ 200 ans avant Jésus-Clirist , fut contraint d’assiéger une ville qui refusait de se soumettre à sa domination. Irrité de la résistance qu’il rencontrait, il avait juré de réduire la ville en cendres avec tous ses habitants, si elle persistait à soutenir un long siège. Une nuit, comme il faisait le tour de la place pour reconnaître les endroits les plus favorables à l’assaut qu’il voulait donner le lendemain, il entendit un grand concert de voix et d’instruments, ce dont il fut extrêmement surpris, et, s’étant arrêté pour l’écouter, il dit aux officiers de sa suite : « Il faut que ces gens-là soient bien réglés, puis- « qu’ils aiment ainsi la musique. Je considère leur résistance comme une « marque de leur attachement à leur devoir; c’est pourquoi je lévoquerai « mon serment ; je leur accorderai la vie et la liberté, et même, s’ils « veulent me reconnaître pour leur souverain , j’ajouterai encore à leurs « privilèges. » I^es assiégés, informés des sentiments magnanimes de l’empereur, et n’ayant plus d’ailleurs aucun espoir d’être secourus, se décidèrent à lui ouvrir leurs portes, et Lieu-Pang, fidèle à sa parole, leur accorda tout ce qu’ils demandèrent; d’où l’on peut conclure qu’ils trouvèrent leur salut dans la musique.
Il est à observer en dernier lieu que sous chaque dynastie, à la coin du monarque aussi bien que dans les fêtes civiles et militaires, la musique passait pour être d’une absolue nécessité, et il ne paraît pas douteux (ju’alors même les Chinois n’aient connu l’usage de transmettre des signaux au moyen de certains instruments.
Les anciens peuples de l’Asie fournissent presque tous des exemples de même nature. Les Perses, au moment d’engager le combat, faisaient letentir les instruments, ou bien entonnaient un hymne guerrier, et ensuite se précipitaient sui‘ l’ennemi en jetant les cris militaires (1). Nous voyons, dans Xénophon, que l’armée des Grecs commençait presque toujours ainsi l’attaque (2).
(1) Héliod , Hist., 1. ix. — Diod., JBibl., lib. xvn, c. 33.
(2) Xenopb., Cyrnpediœ, 1. iii et vu.
Les Indiens, suivant Athénée , avaient recours au bruit sauvage de la caisse et du claquement des fouets pour exciter leur ardeur en allant au combat. Quelquefois , comme on le verra plus tard , ils employaient dans le même but les cymbales et les timbales (i).
Les Abares ou Huns joignaient leurs cris au son de ces derniers instruments (2), et les Ethiopiens y ajoutaient le bruit des enclumes (3). (PL III C,lig.8.)
Les Galates donnaient le signal de la mêlée en sonnant des trompettes (4).
Les anciens Germains, dit Tacite, entre-choquaient leurs boucliers avec leurs armes, et complétaient cette harmonie étrange par des chants et des fanfares de trompettes. Quelquefois ils se livraient en même temps à des danses guerrières. Les Tli races marchaient aussi de la sorte sur l’ennemi (5). Selon Silius Italiens, les anciens Espagnols avaient pareillement coutume de frapper en cadence leurs boucliers, nommés cètres. Il en était de même des Cimbres. Lorsque Marins vint leur livrer bataille aux environs d’Aix, les Ambrons, qui étaient regardés comme les meilleures troupes de la ligne des Cimbres, s’avancèrent en bon ordre, et, soit dans le but d’effrayer les ennemis, soit dans l’intention de s’encourager euxmêmes, ils se mirent à frapper leurs boucliers en cadence, et à répéter* à grands cris leur pr*opre norir : Ambrons \ Ambrons! Enfin il n’est aucun peuple qui, à défaut du son musical pour s’exciter au combat, n’ait cherché à produire quelque bruit retentissant capable de réveiller son audace et d’inspirer la terreur à ses ennemis.
Reprenons actuellement plusieurs des exemples déjà cités, etcherchonsen de nouveaux pour étudier plus en détail la nature des instruments et
(i) Alex., lib. IV. Ex Athen., lib. iv, cap. ii, et Suidas.
(21 Me 11 and., in Historia de Abaris.
(3) Héliod., Hist.^ 1. ix.
(C Alex., lib. III, cap. 2.
(5) Tacite, liv. iv, chap. 2. — Ne voit*on pas encore de nos jours des peuples sauvages aller au combat en chantant au bruit d’instruments grossiers et discords? Et à Tune des époques les plus mémorables de notre histoire, sous la Terreur^ la Carmagnole, qu’on exécutait aussi de eette manière, n’était-elle pas en quelque sorte le signal obligé des horribles massacres de la guerre civile ?