LIVRE TROISIÈME
auteurs plus ou moins connus, (jui, si elles ne le sont déjà, pourront, en passant par la bouche du soldat, devenir populaires à leur tour et aui^menter ainsi le nombre des airs nationaux. Au reste, disons-le, il arrive bien rarement cpi’une composition obtienne ce genre de consécration. Dernièrement encore, on en a pu recueillir un exemple. En effet, cpiand les bruits de guerre avec la France eurent mis en éveil au delà du Rhin la susceptibilité des cœurs patriotiques, le mouvement qui en résulta fit naîtie une multitude de chants agresseurs. Le poème qui eut le plus de succès et (]ui semblait devoir surnager au milieu de ce déluge, devint immédiatement le point de mire de tous les compositeurs. Chacun briguait pour sa muse riionneur de faire écloie une mélodie populaire; mais bien que cette poésie dût échauffer leur verve, pas un d’entre eux, et cela de l’aveu même de leurs compatriotes, ne parvint au l)ut tant désiré (i).
En terminant ce chapitre, nous demanderons qu’il nous soit permis d’insister une dernière fois sur la nécessité de surveiller les productions de musique vocale qu’on met entie les mains des troupes, et de créer définitivement un recueil spécial digne des sentiments pleins de noblesse et d’élévation qui distinguent nos officiers supérieurs, et que ceux-ci cherchent journellement, par des sages mesures, à faire passer de leur cœur dans celui du soldat. L’armée a possédé, de tout temps, des hommes très-versés dans les sciences, les beaux-arts et la littérature; aujourd’hui comme autrefois plusieurs d’entre eux peuvent même prétendre au titre de poètes. Quel motif aurait-on de ne point leur confier les différents sujets à traiter? Qui saurait peindre avec plus d’exactitude et de vérité toutes les phases parfois si dramatiques de la vie du soldat, si ce n’est des hommes qui ont suivi ou qui suivent encore cette glorieuse carrière? Indépendamment des
(i) On comprend que nous faisons allusion au lied de Becker : Ils ne Vauront pas le Rhin allemand. Maints compositeurs ont mis cette poésie en musique; mais il n’est pas moins vrai que ni le chant, ni même les vers ne paraissent devoir survivre aux circonstances fortuites qui en ont provoqué l’apparition. Au reste, ces démonstrations belliqueuses contre la !•' rance ne trouvent plus aujourd'hui d’écho parmi les populations germanicjues , revenues à de nobles sentiments de modération et de sympathie. On en a eu des preuves, il y a fort peu de temps encore, à l’occasion de la j)ul)lication malencontreuse de deux chansons satirirpies contre les J'rançais, publication (jui a été blâmée par la majeure partie des journaux allemands qui en ont rendu compte.
poésies fournies par le concours de ces plumes intelligentes et modestes, on aurait soin de réunir, sur des sujets analogues, des pièces de vers tirées de nos grands écrivains, également propres a être mises en musique pour le l’ecueil. Quant à la partie du cirant, elle serait formée daii’s populaires que le soldat aime toujours à repasser dans sa mémoire, et qui fortifient chez lui le souvenir et l’amour de la patrie , ainsi que de mélodies expressément écrites par des musiciens de talent, qui, sans le dégrader, saul'aient metti’e l’ar’t à la poi'tee de tous. Il y aur'ait des morceaux a une seule pai'tie 5 il y en aui'ait aussi un cei'tarn nomhi'e à deux, trois et quatre parties, qui pourraient offrir les mêmes mélodies que ceux à une partie. Que le soldat prenne une fois le goût du chant; qu’il se plaise à répéter en chœur, dans les loisii’s du corps de garde ou de la chambrée, les exhortations au cour age, à la vaillance, les pr otestations de fidélité au souverain, à la patrie; comme aussi les doux chants cpri célèbrent l’union ou la fraternité, ou bien encore ceux qui lui rappellent sa famille , les lieux où il vit le jour, sa maîtr-esse ou sa fiancée; et combien d’heures passei'ont ainsi qui ser ont dérobées à l’ennui, aux mauvaises passions, à l’ivresse et à la débauche ces fléaux meurtriers de l’âme et du corps? Mais à cela seulement ne se borneront pas les heureux résultats d’une si louable habitude, et la question, qu’on y songe, devient quelque chose de plus qu’une simple (juestion de mor'alilé. Les bonnes mœurs ne font pas seulement les hommes de bien , elles font aussi les hommes forts; partant les habitudes salutaires que l’amour du chant peut fair e contr acter-, contribuent nécessairement à donner au pays de plus solides et de plus nombreux défenseurs. L’on ne saurait ditœ enfin jusqu’où doit aller l’efficacité d’un pareil usage. De retour- dans leurs foyers, les soldats aimeront à répéter, au milieu du petit cercle de par-ents et d’amis curieusement gr-oupés autour- d’eux, les chants favoris d’autrefois, qui peindront mieux que ne le ferait aucirn de leurs discours, les événements auxquels ils auront pris part , ou dont ils auront été les témoins. Le récit des belles actions qui honorent la France, des traits de courage qui ont illustr é ses guerr ier-s, fer-a sensation dans l’auditoire. Ce sera autant de poétiques traditions qui, r-épandues et pr-opagées dans les plus petits villages, y exalter ont au der nier point l’amour de la patrie. Saisis d’une noble émulation, pleins d’un généreux enthousiasme, tous les jeunes cœur s céderont au mouvement belliqueux (jrri les entr aîne, et phrs