‹ Manuel general de musique militaireChapitre 154 sur 229 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

ouiable, ne faut-il pas qu’il puisse cléiiiéler si celle excuse est valal)le, ou bien si Tartiste se retranche derrière elle par ignorance, par mauvais vouloir ou par routine? Certes le meilleur argument (pie pourrait invocpier le chef de musicpie dans ce dernier cas, serait d’exécuter lui-méme inslanlanément, devant le musicien ignoiant ou rebelle, le passage allacpié ; mais, à la vérité, il faudrait pour cela qu’il eût acquis une certaine force sui- les différents instruments militaires, connaissance qu’un petit noud^rede chefs de musique pourraient en effet posséder, mais qu’on ne saurait rendie obligatoire pour tous.

Comme il n’est point indispensable que tout chef de musique soit compositeur, du moins dans l’acception la plus étendue et lapins rigoureuse du mot, on ne peut guère exiger de lui qu’il se soit livré à l’étude du contre-point double et de la fugue; cependant il seia d’autant plus apte à jugerdes beautés de l’art, qu’il aura approfondi les préceptes les plus élevés de la science, et, à ce titre, l’étude de ces matières importantes lui sera d’un grand profit.

On a vu aussi de quelle utilité pouvait lui être la connaissance des instruments qui entrent dans la composition de son orchestre; il n’est pas moins nécessaire que l’usage du piano lui soit également quelque peu familier; le piano, qui résume en quelque sorte tout un orchestre, lui deviendra d’un grand secours : premièrement, quand il aura une partition à examiner, afin de reconnaître quels sont les plus jolis motifs de cette partition, et, par conséquent, ceux qui se prêtent le mieux à un arrangement pourmusique militaire; secondement, quand il désirera se penetrer du car-ac— tère et de l’esprit des productions qu’il doit faire apprendre à son cor ps de musique. Personne n’ignore, en effet, combien il importe de connaître par avance, jusque dans ses plus minutieux details , la partition d un ouvrage qu’on va mettre à l’étude, et cela pour que, les lépétilions une fois commencées, on soit parfaitement en mesure de les diriger sans hésitation ni tâtonnement,.

La routine ne saurait en aucun cas suppléer le savoir; la routine n’est autre chose qu’une connaissance superficielle qui dérive de la pr\atique; le savoir au contraire s’appuie sur des démonstrations théoriques qui donnent l’explication rationnelle, et, pour ainsi dire, la clef des faits et des clioses; celui-ci suppose toujour s une opération très-élevée de l’intelligence :

ceile-là n’est, en (juelque sorte, qu’une opération purement machinale. Mais elle est en cela d’autant plus dangereuse, qu’elle a ordinairement pour résultat d’éblouir les individus sur leur valeur personnelle, ce qui les porte non-seulement à entreprendre tout inconsidérément, et à se fouivover eux-mêmes dans mille tentatives insensées, mais aussi à induire les autres en erreur, et à les égarer sur leurs traces.

Il est cependant un grand nombre d’babiles instrumentistes, de virtuoses même, pleins de cette idée, qu’ils sont aptes a devenir d excellents chefs de musique. Mais, qu’ils le sachent bien, quels que soient le zèle et 1 intelligence dont ils fassent preuve, quel que soit le degré de perfection qu’ils aient acquis dans la pratique de l’art, jamais aucun d’eux ne parviendra a égaler l’homme consciencieux qui en aura sérieusement étudié la théoi ie.

Au reste, il est bien difficile de trouver réunies chez le même individu toutes les qualités requises pour un emploi de cette nature, et même, parmi les chefs de musique dont la réputation est la mieux fondée, on ne les rencontre le plus souvent qu’éparses et disséminées. L’un est excellent théoricien, l’autre compositeur de talent; celui-ci brille par l’intelligence, celui-là se distingue par son assiduité au travail ; cet autre se recommande par l’autorité de son influence sur les artistes; on en trouve qui excellent à saisir rapidement l’esprit d’une composition ; quelques-uns sont d’une habileté rare à exercer leurs musiciens, et à leur apprendre à exécuter un morceau avec ensemble et précision, sans qu’il leur en coûte de longues études; enfin, il y en a qui possèdent la faculté si précieuse de former en très-peu de temps les musiciens-élèves les moins heureusement doués. Quel chef modèle constituerait l’assemblage de ces qualités diveises! A défaut de toutes, cependant, on doit s’efforcer d’en réunir le plus grand nombre, et, en première ligne, il ne faut pas oublier de compter celles qui se rattacheni aux études théoriques , ainsi que nous en avons déjà fait l’obsei vation.

Rien n’est plus préjudiciable à un corps de musique que la négligence ou simplement l’indifférence de son chef , en ce qui concerne l’exécution. Les meilleurs instruments , les meilleurs artistes, ne sont rien en cpielque sorte, si on ne sait mettre les premiers en œuvre, et tirer parti des seconds. « La mauvaise exécution en musique, dit fort judicieusement Grétry dans ses Mémoires ^ peut défigurer les meilleures choses. La marche « des janissaires (de l’opéra des Deux avares) en est un exemple frappant.

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