‹ Manuel general de musique militaireChapitre 156 sur 229 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

avanlageuseineiU cités. Ainsi, en Belgique, par exemple, M. Bender, cliefde musique de la garde royale, est célèbre entre tous ses confrères. En France, nous avons aussi des cliefs fort Labiles, quelques-uns d’origine étrangère, mais le plusgi and nombre d’origine française ; et, si nous ne donnons pas ici leurs noms, ainsi que les noms des chefs de musique étrangers qui ont également droit à une mention flatteuse, c’est que nous craignons d’en oublier involontairement quelques-uns, ce qui nous rendrait injuste malgré nous.

En tout cas, qu’un chefde musique soit vraiment compositeur, ou (ju’il s’en donne seulement les airs, il est un autre abus qui prend naissance dans un sentiment de jalousie, dont les plus probes et les plus délicats même ont souvent bien de la peine à se défendre. Cette envieuse préoccupation (ju’on remarque chez presque tous les chefs d’orchestre compositeurs , et surtout compositeurs malheureux, se retrouve également chez presque tous les chefs de musique qui écrivent pour leurs régiments; il semble qu’à leur insu ils aient une propension naturelle à repousser toute production venant de source étrangère. Lorsqu’ils se voient contraints d’accepter des morceaux écrits par la main d’un autre, ils apportent à l’exécution des œuvres qui leur sont confiées une mollesse et une négligence déplorables, parfois même une méchanceté calculée. Dès lors, comme il est bien difficile, à moins de compter soi-mérne au nombre des artistes, de pénétrer le secret de certains pi océdés à l’aide desquels on parvient aisément à ti ansformerle plus grand chef-d’œuvre en une rapsodie exécrable, il arrive que le public, abusé par les machinations de ces dépositaires infidèles, sur la valeui’ du morceau qu’on lui fait entendre, ne craint point d’en porter immédiatement un jugement défavoiable , motivé d’ailleurs par le mauvais effet que ce morceau a produit à l’audition; et le malheureux auteui-, ainsi repoussé dans son œuvre, se voit contraint de dévorer en silence, sans pouvoir ni seplaindi e ni se justifier, l’humiliation d’un insuccès. Bien (pi’une telle conduite soit aussi lâche que criminelle, puisqu’elle a pour but de priver injustèment un artiste de la part de gloire qui lui revient, elle n’encourt cependant aucune punition , si ce n’est toutefois celle que doivent apporter tôt ou tard au coupable les remords de sa conscience.

Il y a des chefs de musique qui , passés maîtres sur un instrument, n’ont d’autre but (|ue de le faire valoir, et par contre de se faire biiller; nous en avons encore connu un qui était virtuose sur la petite flûte, et qui

composait ses morceaux presque entièrement pour cet instrument : ce n’était donc à chaque instant et à toutproposque rentrée de petite fliile, solo depetite flûte, trilles pour la petite flûte, traits à effet pour la petite flûte, de telle sorte que les auditeurs impatientés se demandaient les uns aux autres: Aimez-vous la petite flûte? on en a mis partout. D’autres chefs de musique moins personnels, ayant entendu dire que telles notes d’un instrument étaient d’un hel effet, ou bien que telle ou telle figure convenaitparticulièrement au caractère de ce dernier, prennent à tâche de reproduire à satiété les mêmes traits dans toutes leurs compositions, ce qui devient à la fin d’une monotonie désespérante. C’est ainsi que nous avons entendu une musique où les instruments graves ne cessaient de répéter un passage chromatique qui, la première fois, nous avait fait assez de plaisir, mais qui, répété avec une persistance déplorable, nous donna bientôt l’envie de fuir à une lieue. On eût dit, en effet, d’un de ces ingénieux contre-points obstinés, comme il s’en trouve si fréquemment dans les œuvres des anciens •compositeurs, et qui, de nos jours, semblent avoir été inventés pour martyriser l’oreille des gens de goût.

L’excellence de l’exécution devant être la fin que se propose tout chef de musique, celui-ci ne saurait apporter trop de soins à surveiller ses artistes, à les tenir en baleine, à les faire étudier, à compléter leur éducation musicale si elle est incomplète, et à la rectifier si elle est fautive, bref, à exercer la plus sévère inquisition sur tous les points qui concernent le savoir, l’aptitude et la bonne volonté des exécutants. Dans ses fonctions

en revanche, lui doivent beaucoup de soumission, en même temps que du respect et de la confiance. Plus un chef sera doué d’un talent reconnu et déploiera de zèle, plus il s’efforcera de donner lui-même aux autres 1 exemple du travail et de l’exactitude, plus ses subordonnés écouteront attentivement ses avis, plus ils auront à cœur de diminuer sa tâche par leur application et leur persévérance. Les bonnes dispositions des officiers supérieurs à l’égard du chef, le goût qu’ils manifestent pour son art, le désir qu’ils font voir de posséder une bonne musique dans leur régiment, tout cela apporte au chef un secours et un encouragement des plus efficaces.

. Dans certains régiments, il règne une telle .émulation entre les colonels

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