‹ Manuel general de musique militaireChapitre 157 sur 229 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

par rapport à leur musique , que ceux-ci n’en prennent pas moins de souci que le chef lui-méme. En Allemagne, cela est poussé si loin, (|ue cei iains colonels payent de leurs propres deniers des musiciens d’un grand talent, atin d’augmenter l’éclat de leur musi(|ue. On assure (ju’il y a des régiments où quekpies-uns de ces gagistes ont reçu annuellement juscpi’à 1,200 et même 2,000 florins (environ 2,/joo et 4j000 fr. de notre monnaie). Dans d’auties corps, les ofliciers supérieurs soumettent les musiciens à toute la rigueur de la discipline militaire, et habituent leurs instrumentistes à s’exercer sur le même pied que leurs soldats. Ainsi, toutes les fois qu’il \ a manœuvre, tandis que d’un côté les uns se familiarisent avec le maniement des armes et les différentes évolutions, les autres, de l’autre, s’exercent à la pratique de leur instrument. Ici l’on entend crier : Garde à vous' portez armes ! en avant marche ! là bas on commande : Attention à l’embouchure ! répétez la gamme! exécutez le double coup de langue!

Les chefs de musique doivent faire en sorte d’obtenir du colonel que leurs musiciens, lorsque les exigences du service en laissent la faculté, puis¬

sent de temps en temps s’employer, soit au théâtre, soit dans des réunions ou concerts publics et privés. Il serait même à désirer que cela devînt un usage général, et qu’il n’y eût plus de chefs qui s’opposassent à une mesure de ce genre, puisqu’elle aurait pour but de contribuer à l’amélioration de la musique par l’émulation qu’elle exciterait entre les instrumentistes et le désir qu’elle inspirerait aux moins habiles d’être bientôt appelés eux-mêmes à jouir des avantages réservés à ceux de leius camarades (pii, ayant plus de talent qu’ils n’en ont encore pu acquérir, se trouvent en mesure d’accepter cet emploi. On a remarqué qu’en Allemagne il était plus facile de former de bons exécutants dans les villes d’une certaine importance que dans les petites garnisons, et cela, parce que les musiciens (pii avaient le plus de mérite trouvaient à en tii er parti en jouant dans les

bals, les concerts, et surtout dans les orchestres des petits théâtres, ce qui engageait les musiciens élèves, désireux d’en faire autant, à étudier avec plus de zèle l’instrumentauquel ils s’étaient consacréschacun en particulier.

La mise à l’étude et en répétition d’un morceau de musique exige, de la part du chef, des soins incessants et la plus active surveillance. Après av(jif pris connaissance du morceau de musiipie a executer ( (piand ce morceau n’est pas de lui), le chef ordonnera une première répéti-

lion; clans cette première répétition, il se bornera a donner à ses musiciens lin aperçu général de l’ensemble. Comme il est à peu près impossible de pénétrer à une première lecture dans le caractère d une production musicale, il seiait cette fois superflu d’insister sur 1 observation des nuances ; mais on fera bien, dès lors, de fixer le degre de mouvement dans sa plus stricte exactitude, et de tenir à ce cpi il soit tout le temps rigoureusement obseivé. Cet objet est d’autant plus essentiel, quil y a chez tous les jeunes artistes une tendance a presseï* le mouvement, comme chez les artistes plus âgés une propension à le ralentir. Cest pourc|uoi le chef dévia continuellement avoir l’œil fixé sur tous , et bien prendre garde luimême de ne point commencer ni trop vite ni trop lentement; car, dans le premier cas, l’exécution devenant de plus en plus rapide, un moderato ne tarderait pas à se changer en allégro , un (dlégro en presto^ et toujours ainsi à peu près dans les mêmes proportions; ce qui conduirait à la plus liori ible confusion , à la plus affreuse cacophonie. Dans le second cas , à force de ralentir, on finirait par transformer un moderato ^ ou même un (dlégro, eu un mouvement de largo ou de larghissimo , d’un monotone et d’un lamentable à faire dormir debout. A la première répétition , si l’on remarque déjà quelques grossières fautes de copie, on s’empressera de les corriger; mais c’est principalement à la seconde répétition qu’on doit s’occuper de ce soin. 11 importe alors au plus haut degré de corriger toutes les fautes , soit les fautes de copie , soit celles que l’auteur a pu commettre })ar inadvertance. C’est ici surtout qu’une parfaite connaissance de l’iiaimonie est d’un grand secours au chef de musique; unegrande délicatesse d’oreille ne lui est pas moins indispensable pour qu’il puisse facilement saisir au passage, dans le cours de l’exécution , toutes les fautes qui se présentent; reconnaître à l’instant la partie dans laquelle elles se tiouvent , et évitei' de la sorte une leclieidie à la lecture, qui ferait perdre un temps précieux. C’est encore dans le même but que le chef doit veiller à ce que la copie soit écrite très- lisiblement. De pareilles recommandations, qui semblent oiseuses ou insignifiantes en elles-mêmes, acquièrent une extrême importance en vue des résultats. C’est pourquoi l’on ne saurait trop y insister. Dans les répétitions qui doivent succéder aux précédentes, on commencera à observer les nuances, et on s’efforcera de donner au morceau la physionomie qui lui convient. Sur ce point, l’on ne peut assez

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