LIVRE TROISIÈME
redoubler d’attention. Tout ce qui serait indiqué par les exécutants, mal à propos, faiblement ou contrairement aux intentions de l’auteur, doit immédiatement donner lieu à la répétition du trait ou du passage manqué. C’est par cet excès de sévérité que le chef de musique pai viendra à tiier un bon parti de ses répétitions, et qu’il seia dispensé d’en porter le nombre au delà du chiffre que rien n’oblige à dépasser quand elles sont bien faites. Il est encore à observer que le chef de musi(|ue doit noter dans cette séance les nuances qui ont pu être oubliées ou négligées par le compositeur, suivant que le sens musical le lui indiquera, ce qui suppose naturellement chez lui , indépendamment des autres qualités dont il est appelé à faire preuve, beaucoup de tact et de goût. Enfin, les dernières répétitions auront pour objet la netteté, la sûreté, la précision, bref, tout ce qui est de nature à constituer une bonne exécution. II n’est guère possible de fixer une limite au nombre de répétitions : cela dépend de la nature du morceau, de son étendue et du degré de difficulté qu’il présente, comme aussi d’ailleurs de l’aptitude et du soin qu’on apporte à l’étudier. Il est des circonstances même où l’on trouve à peine le temps d’en faire une ou deux ; il faut, dans ce cas, que toutes les prescriptions dont nous avons indiqué plus haut l’ordre de succession pour un nombre beaucoup plus considérable de répétitions consécutives, soient observées presque en même temps; il convient alors que l’attention du chef de musique se porte principalement sur ce qui touche l’ensemble de l’exécution, et force lui est souvent, en pareil cas, de négliger les détails. Les nuances ont, sans contredit , beaucoup à souffrir de cette précipitation ; mais l’essentiel, en pareille occurrence, est d’obtenir des instrumentistes qu’ils soient assez sûrs d’eux-mêmes pour ne point commettre , le jour de l’exécution, de ces malencontreuses erreurs qui compromettent, sans remède, l’effet de l’ensemble, et souvent les forcent , devant leur auditoire, à s’arrêter court au beau milieu d’un morceau. Toute répétition où le chef montre de la mollesse et'de la négligence, les musiciens, de la paresse et de l’inattention, peut être considérée comme non avenue. En général, les exécutants dont la partie comporte un grand nombre de pauses, sont précisément ceux qui entravent le plus les efforts que Ion fait pour obtenir une exécution marchant avec ensemble. D’ordinaire, ces artistes profitent
des intervalles de repos pour causer entre eux , ou bien pour rêver à
mille autres choses; puis, quand le moment de leur rentrée est venu, ils reprennent précipitamment leur instrument , sans avoir eu le temps de se préparer, ce qui occasionne une foule d’accidents ridicules, et d autant plus désagréables, qu’ils arrivent le plus fréquemment à la grosse caisse et aux autres instruments bruyants. Le chef de musique peut jusqu à un certain point les prévenir, s’il suit attentivement du regard la partition, et si, au moment d’une rentrée ou de quelque attaque importante, il a soin d’avertir l’ar'tiste en lui faisant signe de 1 œil ou du geste. Il est notoire que les Français ont toutes les peines du monde a conserver le degre d attention nécessaire pour observer un nombre de pauses un peu considérable, un rien les distrait; le flegme des Allemands les sert merveilleusement au contraire en pareil cas; et nous sommes convaincus que plus d un musicien parmi ces derniers pourrait compter mentalement jusqu a deux mille pauses de suite sans broncher. C’est encore là une chose qui nous explique pourquoi il est si ordinaire de trouver en Allemagne des réunions d’artistes ou d’amateurs, qui exécutent avec un ensemble parfait, après un très-petit nombre de répétitions, les ouvrages les plus longs et les plus difficiles. Cela nous donne aussi en partie le secret de l’effet merveilleux produit par la musique des cors russes.
Le morceau le mieux appris peut faire un détestable effet , par suite du mauvais accord des instruments. Ayez vingt instruments parfaitement justes et un seul qui ne le soit point, vous aurez vingt et un sons faux. Les instruments de différente nature, comme ceux en cuivre et ceux en bois , sont les plus difficiles à accorder ; car les variations de l’atmosphère n’agissent pas d’une manière uniforme sur les différentes matières sonores dont ils sont formés, et les instruments les mieux confectionnés ne sont pas à l’abri de ces variations. En été, les instruments à vent haussent en proportion de la chaleur; en hiver, la différence de la température intérieure, avec celle de la température extérieure, augmente encore cette difficulté à maintenir l’accord. Les instruments de cuivre s’échauffent plus lentement que les instruments en bois. Cependant les trombones, en raison du développement de leur tube, sont encore moins exposés que les autres instruments de cuivre aux influences atmosphériques; mais ils ne sont pas pour cela à l’abri des inconvénients qu’occasionne une température trop rigoureuse. En effet, la gelée paralyse quelquefois les mou-