‹ Manuel general de musique militaireChapitre 19 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Le plus ancien des instruments au caractère véritablement guerrier doni on se soit servi dans les armées pour exciter le courage, donner des ordres et régler la marche, est la trompette. Il faut comprendre sous ce nom générique la tuba, trompette droite; le lituus , trompette courbe, jjlus petite que la tuba; la buccinn , trompette recourbée sur elle- même, en forme de cercle, ou s’allongeant en spirale, et le cornu. Il y a tout lien de croire que ces trois dernieis instiuments répondaient à nos cors et à nos cornets (i). Les auteurs ont souvent confondu ces différentes sortes de trompettes, et il faudrait de longues recbeidies , des études très-suivies et des monuments très-authentiques pour être en mesure de lever tous les doutes relativement à la forme qu’on leur donnait, à la matière qui servait à les confectionner, et aux différentes particularités de leur emploi.

Nous avons vu plus haut que les trompettes étaient en usage chez les Hébreux, tant pour transmettre les signaux que pour marcher au combat. Celles que fit faire Moïse étaient des trompettes droites, c’est-à-dire des tubœ , en hébreu (au singulier ) chatsotseroh (voy. pl. 1. A., fig. i); tandis que les instruments qui figurent au siège de Jéricho et dans l’expédition de Gédéon contre les Madianites, étaient plutôt de l’espèce des cors ou cornets, en hébreu (au singulier) schophar (2). (Voy. pl. I. A., fig. 3-y. 1

Dans la gueire on faisait usage du schophar pour assembler les troupes, charger l’ennemi , sonner la retraite (3). Salomon et Jéhu furent proclamés rois et mis sur le trôneau son du schophar (4). Les sentinelles se servaient aussi du schophar pour donner le signal (5). La trompette droite ou chatsotseroh servait principalement à assembler le peuple et les chefs. On

cette musique militaire, les spectateurs, dit-on, saisirent mieux l’idée du peintre, et éprouvèrent une vive admiration en voyant la manière heureuse dont elle était rendue.

(1) Voy. les instruments représentés pl. I. A.

(2) Cet instrument est aussi appelé keren et jobel. Dans les versions latines de la Bible, il est ordinairement rendu parle mot buccinn^ et d’autres fois, comme \e chatsotseroh par salpinx.

(3) Judic. , III, 27 : Insonuit buccinn (hébr. schophar). — i Reg.,xiii, 3: Cecinit buccinn (hébr. schophar).’— 2 Reg., 28, etc.

(4) 3 Reg., I, 34, et canetis buccina (schophar). — 4 R^g., IX, i3.

(5) E/.ech., XXXIII, 2 , et populus constituent speculatorem, et illeviderit gladium venientem, et cecincrit buccina (schophar), et annuntiaverit populo, etc.

en usait aussi à la guerre, dans les grands joui s de ceremonies et quand on offrait des sacrifices publics et solennels. C’est pour le chatsotseroh et non pour le que paraît avoir été observée, dans 1 origine, cette

prescription portant que les prêtres seuls auraient le droit de sonner des Iroiiipeltes.

Les Égyptiens employaient également les trompettes droites, qu on plaçait en tête du corps d’armée, excepté quand elles devaient sonner la charge (i). Chez les Perses, la coutume étant de ne faire marcher 1 armee (ju’après le lever du soleil, le signal en était donne de la tente du roi avec la trompette.

La mythologie grecque met l’une des premières trompettes entie les mains de Ti iton. Elle suppose que, dans la guerre contre les géants. Triton se servit d’une trompette [coucha) ou conque marine de son invention, et (pi’il en tira des sons si nouveaux et si effrayants, que les géants, pensant avoir affaire à quelque monstre féroce et terrible, prirent la fuite (2 ). C’est à l’imitation de cette fable (jue, dans le grand combat naval donné par Claude sur le lac Fucin, on fit paraître, sortant des eaux et tenant une conque, un grand Triton aigenté qui sonna vme fanfare pour donner le signal du combat, aussi fort, à ce qu’on assure, que l’auraient pu faire quatre trompettes. 11 resta sur l’eau tant que dura la lutte, sonna encore une fois une fanfare pour les vainqueurs, et se précipita au fond du lac. On prétend que l’une des formes primitives de la trompette dut être celle de la conque marine. Elle s’est conservée longtemps dans la buccina (3).

Ainsi que nous avons eu déjà plusieurs fois occasion de le dire, il n’est pas probable que les trompettes aient été en usage lors de la guerre de Troie. La voix de Stentor y suppléait, comme aussi probablement celle des héros doués d’un puissant organe (4). C’était même là l’une des qualités

(1) I monumenti dell’ Egitto, t. iii, page 219. — Wilkinson , Manners ond customs of the ancient Egj'ptians, t. iii.

(2) Natal., Corn, mytholog.^ lib. viii, ch. 3.

(3) Voyez pl. I. A., (ig. 2.

(4) Toutefois on cite, comme ayant vécu du temps d’Hector, un certain Misène, renommé par son habileté à sonner de la trompette. Virgile dit, en parlant de cet artiste fameux : « Personne n était plus habile que lui pour éveiller le courage et enflammer les cœurs au son de la trompette. •

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