‹ Manuel general de musique militaireChapitre 20 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

requises dans un commandanl. Homère loue Ménélas de pouvoir se faire entendre de très-loin, et plus tard, à une èpo((ue où les Irompelles étaient cependant usitées , Cléarque a recours à l’Éléen Tolmide, cité par Xénophon coinine le meilleur héraut de ces temps, afin d’imposer silence à l’année, qu’une panique avait jetée la nuit dans le plus grand trouble, et (jiii poussait des clameurs désordonnées (i). De nos jouis nous avons, pour remplacer la voix de Stentor, les porte-voix dont se sert la marine ('jt).

Si nous inférons des récits d’Homère qu’à l’époque du siège de Troie les trompettes n’étaient point connues' à la guerre, nous devons penser qu’elles l’étaient du moins au temps où vécut l’illustre poète, puisqu’au livre XIII de l’Iliade on lit ce passage, dans lequel figure ce genre d’insti liment comme objet de comparaison : « De meme que le son éclatant de la « trompette jaillit des homicides phalanges qui assiègent une ville, de même résonne la voix éclatante du petit-fils d’Éaque (3). « Bien que l’on s’accorde généralement à dire que les Grecs et particulièrement les Lacédémoniens ne faisaient point usage de la trompette, rien ne permet d’affirmer ipie cette opinion soit exacte, et tout porte à croire, au contraire, que loin de l’abandonner totalement, ils l’avaient réservée pour donner les signaux, tandis que les autres instruments réunis, flûtes ou lyres, servaient plutôt à constituer ce que nous appellerions proprement aujourd’hui une musique militaire. Xénophon nous fait voir que les Lacédémoniens employaient dans leur armée navale des tronq^ettes pour transmettre les ordres du

Nous craignons bien que ce ne soit encore là le résultat d’une méprise. D’ailleurs les poètes ne songent pas toujours à observer la fidélité historique.

(1) Xénophon ,

(2) Les porte-voix passent généralement pour une invention des temps modernes; cependant Rircher , dans sa Phonurgie^ nous apprend qu’un manuscrit de la bibliothèque du Vatican, intitulé Sécréta Aristotelis ad Alexandrum ^ lui étant tombé par hasard entre les (nains, il v trouva sous ce titre : Cornu Alexandri (cornet d’Alexandre), la figure et la description d’un instrument qui pourrait bien avoir été un instrument analogue à nos portevoix. On dit qu’ Alexandre s’en servait pour communiquer ses ordies à ses troupes d’une extrémité du camp à l’autre, et que les escadrons des soldats, quoique fort dispersés, les entendaient distinctement. Cet instrument , qui était de très-grande dimension, portait le son à des distances énormes.

« Ut veto cum admodum luculenta vox fit, quando clangit tuba

■* Urbem cingentes hostes propter exitiales. >< (/é, C. xviii, v. aih-aïq.)

commandant. C’est au son de la trompette que Gorgopas ordonne à ses vaisseaux l’attaque de la flotte athénienne, placée sous la conduite d’Eunome (i). A la retraite des dix mille, il n’est question que de cet instrument pour donnei' les signaux, et Clearque, l’un des chefs de 1 armée grecque, qui s’était engagé dans le parti de Cyrus contre Artaxerces, ayant, au coucher du soleil, assemblé les généraux, règle en ces termes les dispositions d’un départ clandestin : « Quand la trompette donnera le « signal du repos, qu’on plie bagage; au second signal, qu’on charge les « hétes de somme; au troisième, suivez votre général (2). »

Dans le récit que fait ensuite Xénophon d’un engagement que les Grecs eurent avec les barbares, il est dit : « Aussitôt qu’on se fut reconnu, la « trompette sonna, les Grecs coururent sur les barbares en jetant les cris « militaires (3). » Elle servait donc à donner le signal de l’attaque, et quelquefois aussi , dans d’autres cas, elle sonnait l’appel. Cet instrument contribua plus d’une fois à la réussite d’un stratagème, car, s’il faut en croiie Frontin, Périclès, général des Athéniens, assiégeant une ville qui se défendait vigoureusement, fit sonner les trompettes la nuit et jeter de grands cris du côté qui regardait la mer, si bien que l’ennemi, craignant d’être surpris de ce côté, se sauva par une autre porte et livra entrée à Périclès. Alcibiade employa une ruse analogue. S’étant approché la nuit de Cyzique pour y donner Passant, il fit sonner les trompettes du côté où il n’était pas, et les ennemis y étant accourus en masse, il prit sans aucune peine le rempart abandonné (4).

(1) Xénophon, HelL, liv. iv.

'%) Xénophon, liv. ii. *

(3) Xénophon, Anab.

[k) Frontin, ch. 9. — L’histoire du Bas-Empire nous fournit aussi quelques traits analogues. Lorsque, après la fuite de son armée, l’empereur Théophile , dans une des batailles qu’il livra aux Sarrasins, fut obligé de se retirer avec ses gardes et deux mille Persans de troupes auxiliaires, il eut le bonheur de parvenir à tromper ses ennemis, à l’aide d’une ruse qu’un de ses principaux officiers lui inspira. La nuit, pendant que tout était plonge dans le silence et les ténèbres, les .soldats reçurent l’ordre de faire retentir l’air de leurs cris du son de leurs trompettes et du bruit de leurs armes. Les ennemis, croyant que les Grecs s’étaient ralliés et qu’ils donnaient le signal de fondre sur eux, se sauvèrent en désordre, laissant à l’empereur tous les passages libres, ce dont il profita pour rejoindre son armée.

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