‹ Manuel general de musique militaireChapitre 21 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Chez les Romains, l’usage des trompettes était à vrai dire plus universellement répandu cpie chez les Grecs. En général, dans la milice romaine, la tuba servait à l’inlanterie, le lituusàla cavalerie, et la buccina s’employait

avec la tuba pour l’inliinterie. L’ordre de cette répartition ne fut pas sans doute toujours exactement le même, et les contradictions assez fréquentes que présentent les auteurs sur cette matière sont la conséquence naturelle des modifications qui, selon les temps, les usages militaires et la volonté particulière des chefs, furent successivement apportées à l’organisation de la milice. C’était ordinairement au son des cois et des trompettes réunis {tuhœ , cornua ou hiiccinœ) que le général faisait donner le signal du départ , quand la levée d’une armée venait de s’effectuer; celui de l’attaque quand on se trouvait en présence de l’ennemi, et celui de la retraite quand la chance était contraire. Enfin , pendant le combat , ces instruments sonnaient encore pour exciter et entretenir l’ardeur des troupes. Dans les camps des préteurs, la buccina donnait une fois le signal du combat pour les fantassins, et dans les camps des consuls deux fois. Le lituus servait dans le même cas pour la cavalerie. Les ordres relatifs au sommeil ou aux veilles c’est-à-dire aux gardes de nuit, étaient

transmis par la buccina, d’où les expressions buccina prima, buccina secuncla. Pour convoquer les assemblées et ordonner le silence, quelques auteurs veulent qu’on se soit servi de flûtes; mais d’autres sont d’avis que, pour appeler à l’assemblée, on employait des cornets appelés classica (ij. Enfin, on cite encore comme étant usitée dans le même cas, la buccina.

«En temps de guerre, dit Polybe, c’est le bruit des trompettes qui éveille le matin (2). A l’heure du souper, elles sonnent également près de la tente du général, parce que c’est l’instant où toutes les gardes se distribuent (3 j. »

Quand l’armée était rangée en bataille, un trompette particulier, placé auprès du généralissime, devait sonner le premier, afin sans doute de transmettre les ordres de celui-ci au commandant de la première légion. Ensuite d’autres trompettes, postés dans un lieu plus élevé, près des aigles et des drapeaux , répétaient cet ordre, et aussitôt après tous les trompettes

(1) Voyez ci -après, au bas de la page 34 , la note relative au mot classicu/n.

(2) Polyb., liv. XII, fragm. xxviii.

(3) Polyb., Ilist., liv. xiv, fragm. ii.

des coliortes se mettaient à donner simnltanement le signal du combat. Hirtius rapporte, dans son histoire de la guerre d’Afrique, que pour n avoii pas observé les dispositions précédentes d’après l’ordre indiqué, les trompettes des Romains firent entendre prématurément le signal de 1 attaque, alors que Jules-César était encore à délibérer s’il convenait d engager 1 action.

Végèce, longtemps après Polybe (i), nous fournit des renseignements très-détaillés sur ces différents usages de la trompette. « La légion romaine, « dit cet écrivain, a toutes sortes d’instruments, qui sont la trompette, « le cornet et le cor {tuba^ cornu et hucciiKi). C’est la trompette (tuba) « qui dans les combats sonne la charge et la retraite. Les cors et cornets « [coriiud et buccincé) n’interviennent alors que pour augmenter le bruit (c de guerre, allumer tout d’abord l’ardeur des combattants, et, en dernier « lieu, célébrer l’action par leurs fanfares. Hors de là, quand ces derniers « instruments retentissent , ils n’indiquent rien aux soldats, et ne donnent « que pour les enseignes qui en connaissent les différents signaux. Par « cette raison, quand les troupes doivent marcher sans enseignes, ce sont 'c les trompettes [lubœ) qui sonnent, et toutes les fois que les enseignes « doivent faire un mouvement, ce sont les cornets qui les en avertissent; « enfin, lorsqu’il s’agit d’aller combattre, ce sont les trompettes et les cors « réunis qui en donnent le signal. Quant au son du cor {buccina)^ on le « nomme classicum (2). Ce bruit est un attribut du commandement,

A) Végèce vivait vers l’an 390 de l’ère chrétienne, du temps de l’empereur Valentinien ir, et Polybe vers l’an 204 av. J.-C.

(?) Ordinairement classicum sonare signifiait sonner la générale, mais peut-être dans un sens qui diffère un peu de ce que nous entendons aujourd’hui par ces mots. Il s’agissait, dit Suétone dans son Histoire de Jules César^ d’encourager les troupes à passer le Kubicon. Il ne fallait rien moins qu’un prodige pour les y déterminer. Un fantôme apparaît ( évoqué sans doute par les soins de César. On se rappelle que Cyrus avait également eu recours, mais dans un autre but, à l’apparition des fantômes. Hoy. Frontin, Strat., chap. viii ). Il apparaît jouant d’un chalumeau. On l’écoute, et les trompettes l’ayant entouré, il saisit l’instrument de l’un d’eux, sonne la générale, et l’armée passe aussitôt. Rapta ah uno tuba ingenti spiritu classicum exorsus est. Suivant Joannès de Joanna, classicum s’appliquait au bruit résultant de la réunion de tous les instruments, soit trompettes [tubœ], soit cors ou cornets ( buccinæ et cornua).^ soit cloches ( campanæ), sonnant ensemble pour donner le signal du combat. Denis dit qu’il y avait des trompettes [buccinæ) faites de cornes de bœuf, pour convoquer l’assemblée. Isidore pense que les cornets [classica] étaient pareillement faits

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