‹ Manuel general de musique militaireChapitre 23 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ments (i). Pendant les repas des cliefs, ces musiciens intervenaient souvent pour égayer les convives par le son l)elli(iueux des trompettes gueri ièresfu ). (.et usage d’employer la musi(pie dans les festins militaires s’esl conservé jus(|u’à nos jouis.

Les instruments de percussion ne sont pas d’origine moins ancienne cpie les instruments à vent. Il en est, comme on sait, de plusieurs genres. Nous parlerons en premier lieu des timbvles et des tambours, que les auteurs, dans les textes originaux , aussi bien que les traducteurs dans les différentes versions, confondent souvent , parce qu’ils désignent indifféremment chaque espèce par le mot l/mpanum, dénomination générique qui comprend tout instrument, de telle forme et de telle matière que ce soit, dont on obtient le son en frappant sur une peau tendue, et à laquelle supplée, en français, le mot timbales^ pris dans sa plus large acception. Ces instruments ne paraissent pas avoir joué aussi fréquemment un rôle dans la musique militaire de l’antiquité que ceux dont il a été question jusqu’ici. 11 y a même des écrivains qui en contestent totalement l’usage aux anciens pour la guerre. Clément d’Alexandrie ne partage pas, il est vrai, cette opinion, puisqu’il assure que les Égyptiens se servaient en pareil cas de tambours (3). (Voy. pl. III. C., fig. /j.)

Les recherches des savants modernes sont venues corroborer ce témoignage, et Wilkinson dit positivement que dans les corps d’armée en marche les tambours étaient placés à la queue ou bien derrière les étendards; quand les troupes défilaient, ou* se rangeaient en bataille, ils étaient à l’avant-garde ou mêlés aux autres musiciens. De même que les tromj)eltes , ces instruments servaient à animer la marche des soldats (4)- Pour en jouer, l’exécutant plaçait le tambour devant lui dans une position lio-

(i) Une autre fête du même genre avait lieu à Rome le 19 mars pour les joueurs d’instru-

joueurs de flûte ) attachés au service du culte. On avait avancé que les Israélites

célébraient aussi une fête analogue dite communément fcte des trompettes ; nuiis elle nejustiliait nullement ce titre, les trompettes n’y intervenant que pour l’annoncer.

(2) Bulengerus, de Theatro^ lib. iii, cap. 3i.

(3) Clément d’Alex., chap, iv, p. iG/j.

(4) Wilkinson, Manners and customs nfthe ancient Egyptinns^ t. iii, p. 2G8.

rizontale; autrement il le portait sur les épaulés dans une position verticale (i).

Si l’usage du tambour à la guerre peut être mis en doute chez quelques peuples de l’antiquité, ce doit être avec le plus de probabilité chez les Grecs. On a prétendu (pie Bacchus avait donné le premier 1 exemple de marcher au combat au son des timbales et des cymbales; cette opinion s’appuie principalement sur un passage de Polyen, où l’expedition de Baccbus dans les Indes est racontée en ces termes: « Baccbus, pour « être reçu dans les villes où il voulait entrer, avait soin de ne point faire « marcher son armée à découvert. Ses troupes étaient vêtues de tuniques « blanches et de peaux de cerfs; les javelots étaient entourés de pampres « et de lierre masquant la pointe dont ces tbyrses étaient armés. Les cym- « baies et les timbales [tympand) tenaient lieu de trompettes, et les enne- « mis, ({Lie Baccbus engageait à s’enivrer, dominés par le vin, ne songeaient « plus (ju’à la danse et au plaisir (2). » C’est à l’aide de ce sid^terfuge que Bacchus, suivant Polyen, parvint à assujettir les Indiens et les autres peuples de l’Asie. Les orgies et bacchanales instituées en l’honneur de ce dieu n’étaient qu’une commémoration de cet événement. Or, puisqu’il s’agit uniquement ici d’un stratagème, le rôle assigné au tambour (Jjmpanum) dans cette occasion est moins celui d’un instrument guerrier que celui d’un instrument de joie et de plaisir; car voulant assurer l’effet d’un déguisement qui n’avait d’autre but que d’ôter tout soupçon à l’ennemi , on devait bien se garder d’employer le moiiKlre objet qui pût rappeler l’idée des combats et causer de l’épouvante, résultat que les anciens avaient principalement en vue d’obtenir lorsqu’ils employaient les timbales ou tambours proprement dits. D’ailleurs les exploits de Baccbus passent généralement pour une fiction, et Strabon (3) , d’accord avec Eratostbène,

(1) Rosselini, Monumenti delV Egitto, pl. me. n. 126.

(2) Polyæn., Strategeinat., lib. i,c. i, § i. Edit, Lugd. Batav. anni 1691. — Bacchus cum adversus Indos expeditionem faceret, ut eum civitates reciperent, pcrspicuis ac manifestis armis exercitum non armavit , sed vestlmentis exilibus, et pellibus cervinis; hastas autem hedera cinxit, summani cuspidem occupabat thyrsus. Cymbalis et tynipanis pro tuba signum dabat. Et hostes vino inebriansad saltationem imj)ulit. Et quæcunupie alia su»it orgia Racchi, omnia fuerunt ipsius strategemata, quibus Indos, aliamque terram in suani potestatem redegit.

(3) Strab., Geogr., 1. xv.

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