LIVRE PREMIER
en conteste l’authenticité, rejetant à cet égard l’autorité de Mégastliène , qu’il accuse d’avoir faussé l’iilstoire pour flatter Alexandre (i). Indéj)endaniment de cela, tout fait présumer ((ue rinstrunient mentionné dans le passage ci-dessus, sous le nom de tambour ou tympanum, était un de ceux dont nous pouvons nous former une idée par nos tambours de basque, instruments ([ui affectaient alors, il est vrai, des formes très-diverses, et pouvaient être frappés, soit avec la main, soit à l’aide d’une baguette (2).
Denis d’Halicarnasse parle de tambours {tpnpana^ qid, sous le règne de Servius Tullius, auraient été joints à des trompettes et à d’autres instruments militaires (3). Mais c’est là une assertion qu’il est permis de l évoquer en doute, car, en cette circonstance, aucun historien ne fait mention de tambours, et dans l’ouvrage même où Denis d’Halicarnasse avance ce fait , il ne lui arrive plus de citer une seule fois encore cet instrument. D’api ès Isidore, ce ne fut guère qu’à l’époque de la décadence de l’empire que les Romains commencèrent à se servir de tambours; on les appelait alors sjmphonia (4)-
Mais de tout temps les peuples que les Grecs et les Romains appelaient barbares paraissent avoir connu l’usage de ces instruments à la guerre.
Quinte-Curce, en faisant le récit de la bataille de Porus contre Alexandre, dit que ce prince, voyant ses chariots dispersés, forma une ligne de ses éléphants, derrière laquelle il plaça les ai chers et les fantassins qui fi appaient des timbales dont les Indiens avaient coutume de se sei vir au lieu de trompettes (5). Suidas confirme cette assertion en disant que les Indiens ne se servaient pas de la trompette, mais qu’ils avaient pour instruments guerriers des fouets et des timbales qui rendaient un bruit sourd et ef-
(1) V. Vossiiis, De origine ac progr. Idol. , 1. i, c. aS.
(2) Voy. les planches représentant les instruments employés dans la musique militaire et dans la musique triomphale des anciens.
(3) Dionys. , lih. iv. « Duos centuriones tubicinum et tympanistarum et qui aliis quibusdam organis ad hélium vocabant. »
(4) . Symphonia vulgo appellatur lignum cavum, ex utraque parte pelle extensa,
quam virgulis bine et inde musici feriunt.
(Isidor, observante Lipsio in fine dialogi x, de militia romana.)
(5) Quint.-Curt., De rebus gestis Alexandri M., lih. viii, cap. i/»-
" Post eos posuerat peditcs, ac sagittarios tympana pulsare solitos. Id pro cantu tubarum «Indis erat; nec strepitu eorum movebantur, olim ad notum sonum auiibus mitigatis. >*
4o MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE,
frayant (i ), ce qui provenait de ce qu’elles étaient intérieurement garnies de clochettes ou de ferrailles^ ainsi que nous l’apprend le même auteur. (Voyez pl. III. G., fig. 2-3.) Pendant le combat on frappait sur la partie supérieure de la tind^ale, c’est-à-dire sur la peau ; mais pour déterminer un rassemblement ou donner quelque signal , on ne frappait que sur le corps de la timbale, c’est-à-dire sur le bois ou l’airain (2).
Il est à [)résumer que l’usage des timbales se répandit des Indiens chez les Paitbes et les Perses, qui étaient leurs voisins. En effet, Plutarque, et avec lui Justin (3) et Appien (4), rapportent que les Partbes ne s’excitaient pas au combat par le son des cors et des trompettes, mais qu’ils avaient des instruments faits de bois creusé, couverts de peau et garnis de clochettes d’airain dont le bruit sourd et terrible ressemblait aux burlêments des bêtes féroces mêlés au fracas du tonnerre.
Les Partbes tenaient à ce que ces instruments rendissent un son formidable afin de jeter la terreur parmi les ennemis. C’est ce qui arriva dans une rencontre que ce peuple eut avec les Romains. Ces derniers, effrayés par le roulement des timbales, jetèrent les armes qu’ils portaient (5). Il paraît que ces instruments étaient souvent fort nombreux, ainsi que le donne à entendre Plutarque , quand il ajoute à un autre endroit : « Pendant ce « temps, arrivèrent les ennemis, rendus plus terribles par leurs cris et leurs « chants de victoire; ils se mirent tous à frapper simultanément sur une « multitude de timbales, à la grande surprise des Romains, qui s’atten- « daient à un tout autre genre d’attaque (6j. »
(1) Suidas, tom. iii. — « Indi non utuntur tiibis, scd tubæ loco surit ipsis flagella, quæ eiun sonitu per aerem vibrant : itemqiie tympana lerribilem quemdain boinbum emittentia. »
(2) Ibid., tom. III. — « Habebant autem et tympana bombum quemdam lerribilem emittentia, quæ sic confecta erant. In abictis stipitem excavatum nolas ex orichalco factas inserebant, et ore vasis taiirino corio circumtecto, tympanum sublime fercbant in pugnis. Quum autem magnum tumultum cxcitare, vel aliquidsignificare volebant, vas ligneum in osconversum quatiebant. Tum quæ in eo erant tintinnabula, et multa, et magna, et in loco undique clauso sonantia obscnrum quemdam bombum intrinsecus reddebant. m
(3) Justin, Ilist., I, XLi, ch, 2,
(f\) Ap|>ian., de Bello parthico.
(5) Plutarcli., F itaram cornparatarum, 2, in Crasso.
(6) Ibid., loco citato.