LIVRE PREMIER
Au rapport de Ménandre, les Abares on FInns nïarchaienl an combat en poussant des ciis terribles (jn’ils soutenaient par le bruit des tindîales (i). Fléliodore, ainsi qu’on l’a vu précédemment, nous apprend (jue les Ethiopiens donnaient le signal de l’attaque avec des enclumes et des timbales (2). Suivant Strabon, les Cimbres tendaient des peaux sur la couverture de leurs cbai iots , ce qui formait des espèces de tambours ou de timbales, sur lesquels ils frappaient en allant au condjat (3). C'était d’ailleurs un usage commun à beaucoup de peuples de l’antique Germanie. Dans les armées, il y avait alors des prêtresses dont l’emploi était de prédire l’avenir et d’enflammer le courage des guei riers. Ces femmes, pendant les combats, happaient continuellement et à coups redoublés les peaux qu’on tendait sur le devant des chariots, et ce bruit sourd et régulier, selon les circonstances plus ou moins critiques, animait merveilleusenient les combattants, et souvent même leur faisait remporter la victoire. Enfin, pour ne rien omettre de ce qui concerne l’un des peuples dont riiistoire primitive n’est pas la moins riche en faits intéiessants , il faut ajouter à ce qui a été dit plus haut des Chinois, qu’environ -iSqS ans avant Eèie vulgaiie leur empereur Cbao-bao prescrivit l’usage du tambour pour battre les veilles (Zj).
Non-seulement on a confondu entre elles les différentes espèces de tambours, mais encore on a faussement appliqué le nom de tjmpaniim a des instruments d’un genre tout différent, comme par exemple aux cymbales, aux sistres et aux ciotales.
Les CY3IBALES [c/mbalc^ (PL 11 B et III C) n’ont pas été fort souvent employées par les anciens dans leur musique guerrière , et loi squ’elles en faisaient partie, elles étaient presque toujours jointes à d’autres instruments, tels que les timbales ou les tambours. On sait maintenant à quoi s’en tenir sur le récit de Polyen touchant les exploits de Bacchus : aussi, quoiqu’il V soit fait mention des cymbales, ne croyons-nous pas devoir y revenir. Arrien dit que les peuples de l’Inde faisaient usage des cymbales à la guerre.
( i) Mon., in historia de Aharis.
(2) Heliod. , 1. IX.
(3) Strabo., lib. iv, cap. 7.
(4) Amyot, traduction des Dix préceptes adressés aux gens de giu rrc^ dans les Mémoires concernant les Cldnois , tome vu.
\ppien, à l’égard des Parllies, et Plutarque, à 1 egard des autres peuples de l’Orient, rendent le même témoignage. Saint Clément d’Alexandrie dit bien que les Égyptiens allaient à la guerre au bruit des tambours, mais il ne parle pas des cymbales : seulement, il dit que les Arabes se servaient de la cymbale comme d’un instrument de guerre (i). Chez les Hebreux, de même que chez les Grecs et les Romains, les cymbales se faisaient principalement entendre dans les fêtes triomphales ou religieuses. Elles y étaient presque toujours associées au tympanum (2).
Le siSTRK (PL 111 G, fig. iQi), instrument d’airain dont les prêtres d’Isis se servaient dans les cérémonies de leur culte, était aussi chez les Egyptiens, suivant quelques poètes, un instrument usité pour la guerre. Virgile dit que Cléopâtre, pendant la bataille d’Actium, animait ses troupes au combat par les sons du sistre, ancien instrument de son pays (3). Properce en parle aussi dans le même sens (4).
Nous passerons maintenant aux cloches ou sonnettes [tintiimabula)
: PI. 111 C, lig. 9 et 1 o). Les cloches, ou plutôt les sonnettes, car tel est le nom (pu s’applique le mieux au genre d’instrument dont on va constater l’emploi chez les anciens, servaient, dans les villes, dans les camps et dans les forteresses, à donner différents avertissements. Ceux cpii étaient chargés de faire les rondes de nuit et d’inspecter les postes portaient des sonnettes pour éprouver la vigilance des sentinelles; en arrivant auprès de ces dernières, ils agitaient leur sonnette, et la sentinelle devait répondre de la voix à cet appel (5). On voit dans la surpiise de Potidée, par Brosidas, que ce général saisit l’instant où la ronde que le bruit de la sonnette lui avait fait reconnaître, venait de s’éloignei’, pour placer ses échelles (6\ Il est aussi
•(1) Clém. Alex., Pœd., tom, i, lib. ii, cap. 4.
(2) « Porro David et universus Israël ludebant coram Deo omni virtute in canticis, et in citharis, et psalteriis, et tjmpanis, et cjmholis. » (Paralip., cap. i3.)
(3) « Regina in mediis patrie vocat agmina sistro. » (Virg., Æncid., lib. viii, v. 69b.)
(/,) « Romanamqiie tubam crepitanti pellere sistro. » (Prop., Eleg., lib. lu, 9.)
(5) Suidas, in Lexico, t. i, — Harpocr., in Lexico decem oratnrum. — Plut., in Arato.
— ■ Photius, in Lex,
Ou prétend que les chefs de poste portaient les sonnettes dont ils par-devant à leur cuirasse, de manière à les faire sonner par le seul (6) Thucyd., lib. iv.
se servaient, attachées mouvement du corps.
question d’une sonnette dans l’escalade de Sicyone par Aratus, dont parle Plutarcpie (i). Quekpies auteurs sont d’avis que les armées emportaient des cloches à la guerre, soit pour signaler au besoin quehpie mouvement, soit poui’ donner l’alarme; mais plusieurs autres démentent ce lait. On n’a pas non plus d’opinion arrêtée sur l’emploi de certaines cloches également destinées à donner l’alarme en cas d’une surprise de l’ennemi, et qui auraient été soigneusement gardées dans les forteresses. On pense généralement que cet usage est postérieur au temps auquel on avait d’aboid voulu le rapporter (*2). Quant aux petites sonnettes ou clochettes, il est à peu près reconnu que les anciens Troyens, les Thraces et les Étoliens en mettaient à leurs boucliers, afin de pouvoir par cela même produire un bruit plus éclatant et plus effrayant pour l’ennemi lorsqu’ils viendraient à les choquer pendant la bataille (3). C’est évidemment un. bouclier ainsi garni de clochettes que Sophocle attribue aux Troyens (4), Euripide à Rhésus le Thrace , dans l’expédition de ce dernier contre les Gi’ecs (5), et Æschyle à Tydée l’Étolien, dans la guerre de Thèbes (6). Les anciens attachaient aussi des clochettes à la bride des chevaux de combat (7). On disait parmi les Grecs qu’un cheval n’avait pas entendu la sonnette (clochette) , pour dire (ju’il n’était point aguerii et tpi’on avait négligé de l’éprouver au moyen de la sonnette dont on se servait pour accoutumer les chevaux ombrageux à entendre sans se troubler tous les bruits de guerre (8). Au nombre de ces derniei s, nous devons encqre ranger ceux qu’on obtenait au moyen des fouets A des enclumes, instruments qui, à piopiemenl parler, ne font pas partie des instruments de musique. Nous avons déjà dit que différents peuples y avaient recours (9). Suivant Vossius, on se servait des fouets, comme des autres instruments bruyants, aux fêtes de Bac-
(1) Plutarch., in Arato.
(2) Voyez , dans la seconde partie de ce premier livre, ce que nous disons du chariot à la cloche ou carroccio des républiques italiennes.
(3) Thomas .Sanslej us , in Cornmentario ad tragœdias Æschyli : « Tintinnabula forlasse clypeis appensa fuerunt, ad sonum et terrorem. »
(4) Soph., in suis tragœdiis.
(5) Eurip., in tragœdia cui titidus Rhésus.
(6) Æsch., in tragœdia cui titulus Scptern contra Thebas.
il) Voy. Scholiast. Aristoph.
(8) Vence , Dissertation sur la musique des anciens.
(9) Voy. plus haut, page 24.
clms el il celles de Cybèle, et l’on parvenait même à en tirer une sorte d’harmonie. Qnekpiefois aussi , ils étaient employés pour donner le signal d’un conjmandement , ainsi cpie nous l’apprend un passage de Virgile (r). Il est encore fait mention dans quelcpies auteurs de certains bassins ou vaisseaux- de cuivre dont la résonnance foiinidable ne pouvait manquer d’inspii ei' l’épouvante ‘sur un champ de ba^taille. Rien n’est assez pr écis dans la description qui nous etr a été laissée, pour nous faire croire que ces instruments appartinssent à la famille des timbales. Cependant l’on r aconte, d’après la fable, que Salmonée, voulant imiter le tonnerre de Jupiter-, traînait après son cbai*iot des tindjales ou des chaudrons couverts d’une peau tendue par dessus l’ouverture; ce (pii semble effectivement indiquer l’instrurnent que nous désignons sous le nom de timbales (2). Tite-Live, parlant des cris de combat des Carthaginois, y joint l’accompagnement de ce genre de sonorité. « Le combat commença, dit-il, non-seulement parle « cri ordinaire, mais il y eut encore un bruit et un tumulte d’hommes,
« de chevaux et d’armes; la foule des Campaniens qui n’était point armée « jetait de grands cris en frappant sur des vaisseaux de cuivre, comme l’on « fait dans les éclipses de lune pendant le silence de la nuit, de sorte que U les esprits des combattants en fur-ent troublés (3). »
L’utilitéquela musique r etii aitdes insti umentsqui lui servaient en quelque sorte d’interprètes pour exer cer son action bienfaisante sur le cœur et sur l’esprit de l’homme, r ehaussant la valeur morale de ces instinimen ts, fit qu’on chei’cha presque toujours à leur assigner une oragine divine et fabuleuse. Les anciens mirent donc à contribution leurs dieux et leurs demi-dieux,
(1) Virÿ. , Æneùl., lib. v, v. 577 :
« Postquam omnem læti coiisessiim oculosque suoriim • « Luslravere in equis, signnm claniore paralis
« Epytides longé dédit, insonuilque flagello.»
« Tout à coup un cri part, un fouet bruyant résonne î
« Les guerriers, altenlifs au signal qu’on leur donne,
« Partent en nond)re égal et se rangent par trois. » (Trad. de Delille.)
(2) Apollod., Bihliothec., liv. 1. — Vence, Dissertation sur la musique des anciens,
(3) <« Prœlium non solito modo clamore ac lumiiltu est cœptum, sed ad alium virormn
eqiiorum, armoriim soniim disposita in mûris campanorum imbellis multitudo tantum cum æris crepitu, qualis in defectu lunæ silenti nocte cieri solct, edidit clamorem, ut avei teret etiam pugnantium aiiimos. « (Liv. histor., \. liv.)