LIVRE PREMIER
(jiii, pour la plupart, eurent à fournir cliacnn au moins un instiument.
C'est ainsi qu’Apollon, entre autres, passe, chez les Grecs, pour avoir
inventé la cithare; Mercin e, la lyre; Minerve, la flûte; Pan, lasyrinx,et cjuel-
ques autres disent encore la trompette guerrière. Si nous voulons nous
transportei' dans l’atelier de Vulcain , nous verrons le fils de Jupiter occupé à confectionner les cymbales d’airain dont Minerve fit présent à Hercule. Comme l’on est naturellement enclin à imiter ceux que l’on aime ou que l’on révère, les personnages marquants de l’antiquité se sont souvent fait une gloire d’ajouter leurs piopres découvertes à celle des divinités ; aussi nous présente^t-on Tyrtée, le fameux général, comme l’inventeur d’une espèce particulière de trompette, et Anacréon, le célèbre poète, comme l’inventeur de l’instrument appelé harôiton, sorte de lyre. Enfin, pour borner là nos citations, c’est un nommé Celmis, prêtre de Jupiter , (pii, selon Platon, nous fit connaître le premierle lympanum, la cymbale et le sistre. On conçoit que de tels exemples devaient encourager les facteurs d’instruments, qui rivalisaient de zèle avec les artistes exécutants, et qui parvenaient presque aussi rapidement qu’eux à la fortune et à la considération. Tbéodorus, le père de l’orateur Jsocrate, était facteur de flûtes, et cette profession, au rapport de Plutarque, lui avait procuré une fortune assez considérable pour le mettre en mesure de donner à ses enfants une très-bonne éducation , et de salarier, en outre, dans les cérémonies religieuses, un chœur de chanteurs au nom de sa tribu.
Pour ne rien omettre de ce. qui se rapporte au sujet que nous traitons, après avoir dit combien les anciens attribuaient d’influence à la musique militaire sur l’homme, nous dirons aussi qu’ils ont également remarqué l’effet que le bruit des instruments guerriers peut produire sur les animaux. Virgile s’exprime ainsi en parlant du cheval :
« S'il entend au loin les sons des instruments de guerre , il s’agite et ne « peut tenir en place; il dresse les oreilles, il ressent un frémissement dans « ses membres; sa respiration s’accélère; il souffle le feu par les naseaux ( i ). >;
Dans l’Écriture sainte, au livre de Job, on lit encore:
« Est-ce toi qui donneras la force au coursier magnanime et qui orneras
(i) . « Si qua sonum procul arma cleclere ,
'< Stare loco nescit, micat aurihus et iremitartus,
« Collectumque premens volvit sub naribus ignem. » (Virg., Gcorg.^ lib. iii .)
« son cou d’une ondoyante crinière? Est-ce toi qui le feras bondir comme « les sauterelles? Son lier liennissement répand la teireur.
« De son pied il creuse la terre , il s’exalte dans sa force, et, plein d’une « joie audacieuse, il va à la rencontre de l’ennemi.
« Il ne connaît point la frayeur’; il ne recule pas devant l’épée.
« Sur' lui résonnera le carquois, resplendiront la lance et le bouclier'.
« Couver t d’écume et frémissant d’ai deur, il dévor er a l’espace ; les sons « éclatants de la trompette ne l’intimideront pas.
« Aussitôt qu’il entend le br uit dir cor', il hennit, il sent de loin la guer r e, les exhortations des chefs, les cr is tumultueux des légions (i). »
C’est surtout à la guerre que l’admirable instinct de ce noble animal semble se développer au point d’égaler l’intelligence même de l’homme. On dirait qu’il aime et compr’end conrme lui la gloire; dans l’ardeur dir combat, montur e et cavalier ne semblent fair e qu’un (2), tant ils paraissent animés au même degré l’un et l’autre de. sentiments belliqueux
(i) 1*^ — 19. Numquid præbebis fortitudinem ?
Aut circumdàbis collo ejus hinnitum ?
‘ié — 20. Numquid suscitabis eum quasi locustas?
Gloria narium ejus terror.
— 21. Terram unguia fodit, exultât audacter :
In occursum pergit armatis.
id — 22. Contemnit pavorem, nec cedit gladio.
5° — 23. Super ipsum tonabit pharetra ;
Vibrabit hasta et clypeus.
6*^ — 24. Fervens et fremens sorbet terram
Nec reputat tubæ sonare clangorem.
7*^ — 25. Ubi audierit buccinam, dicit :
Vah! procul odoratur bellum,
Exhortationem ducum et ulutatum exercitus.
. <' Flammantur in hostem,
« Cornipedes, niveoque rigat solo putria nimbo,
« Corpore ceu mixti dominis , irasque sedentum.
« Induerint. . »
(3) Cependant on n’ignore pas que tous les chevaux ne sont pas également courageux. Il en est même auxquels le moindre objet porte ombrage. C’est pour cela que les anciens avaient coutume de les éprouver, afin de reconnaître s’ils étaient enclins à se laisser intimider. Ou aguerrissait les plus ombrageux par des épreuves journalières qui consistaient à
(Job, cap. 39.)
( Stac., lib. vin.)