‹ Manuel general de musique militaireChapitre 31 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

mencement du cinquième siècle, fut run de ces bardes rebelles au joug de la foi nouvelle. Taliesin , qui dans sa jeunesse le connut, dit (ju’il composa, en riionneur des guerriers de sa patrie, de nombreux cbanis d’éloges (i).

l.es Bretons modernes n’ont pas oublié les traditions de leurs ancêtres , et, aux jours les plus néfastes, ils ont encore entonné, comme cri de guerr e et en signe de lalliernent, ces vieux bardits que le temps a l’espectés, et que le sentiment de la nationalité bretonne a fait passer de génération en génération dans la mémoire de tous.

Pendant près de quatre siècles, et lors même que le christianisme eut tait disparaitr’e les druides, l’institut des bardes en Ângleterr’e continua de subsister avec honneur.

Dans ces temps, il n’était point rare de voir cumuler les fonctions de barde et celles de guerrier. Plusieurs chefs gallois ont revêtu ce double caractère. Owen , qui vivait en ir6o, vante ses exploits et ceux de ses compagnons; en un mot, les princes devaient être poètes et musiciens, et savoir moduler leurs chants au son de la harpe.

Gaulois a été composée, selon l’illustre auteur des Récits mérovingiens ^ au retour d’une de ces expéditions. De pareilles vendanges, faites par surprise et à main armée sur un territoire ennemi, ne pouvaient mancjuer d’amener fréquemment des scènes de carnage, et plus d’une fois le généreux sang de la grappe, comme l’appelle si poétiquement George Sand , a dû couler sur le sol gaulois, mêlé à celui de l’homme; c’est ce que font entendre les vers de la première partie du chant bardique :

vin et sang mêlés coulent; vin et sang coulent;

Vin blanc et sang rouge, et sang gras, vin blanc et sang rouge.

Sang rouge et vin blanc, une rivière ! sang rouge et vin blanc.

C’est le sang des Gaulois qui coule; le sang des Gaulois.

J’ai bu sang et vin dans la mêlée terrible, j’ai bu sang et vin.

Vin et sang nourrissent qui en boit ; vin et sang nourrissent.

(Voy. les Chants populaires de la Bretagne, recueillis et publiés, avec une traduction française, des arguments, des notes et les mélodies originales, par Th. Hersart de la Villemarqué, quatrième édition , 2 vol. Paris, Frank, 1846.)

(i) Gwenc’hlan le barde se montre tout à la fois dans ses vers devin et astrologue, agriculteur et guerrier. Le recueil de ses chants , qui s’est perdu , était un recueil de prophéties. Au reste, les poésies d’un grand nombre de bardes contenaient des prédictions. On sait de quelle réputation populaire a joui, dans le moyen âge, le druide ou barde Merlin, surnomm(*l hnchanteur, (pj’on disait avoir été à la fois devin et magicien.

Nous avons dit que les Laides n’avaient pas seulement pour Lut d enflammer les comLaltanls par leurs exLortations Lelliqueuses , mais qu ils parvenaient souvent à remplir leur mission d une maniéré plus pacifique. Deux armées ennemies se trouvaient-elles en presence, au moment ou elles se disposaient pour rallac|ue, les Lardes se plaçaient entre elles, préludaient mélodieusement et faisaient entendre des paroles de paix et de réconciliation; de telle sorte que les années se séparaient sans comLatli’e, laissant à ces éloquents médiateurs le soin de cimenter la paix par des tiaités (i). Tels on vit une fois les Lardes des GolLs, vêtus de roLes LlancLes et tenant leurs instiumenls à cordes, s’avancer à l’encontre de Pliilippe de Macédoine, afin de conclure avec lui la paix. Pour toucLer leurs ennemis et prévenir les horreurs de la guerre, les Gèles employaient la douce mélodie de la cithare (-2). De mélodieux acciprds devenaient ainsi le sym- Lole de la jiaix et de l’union, et ce louchant usage, qui suppose chez les peuples qui l’ont adopté une délicatesse de sentiments qu’on a Lien de la peine à faire accorder avec ce titre de LarLares dont les anciens se plaisaient à les gratifier, continua de siiLsister longtemps encore après l’aLolilion du druidisme. Ce fut même là une des coutumes que léguèrent les Lardes à leurs successeurs, les ménestrels. En effet, comme nous le verrons Lientôt, ces deiniers faisaient souvent l’office de messagers , et devenaient à l’étranger les interprètes des intentions pacifiques ou amicales de leur souverain.

Il est reconnu qu’en Irlande les Lardes s’employaient presque toujours pour séparer les combattants. En Écosse, ils intervenaient également dans ce but, mais quelquefois aussi dans le but contraire. Fergus, qui vivait au troisième siècle, et qui de même qu’Ossian, suivant quelques auteurs, devait le jour à Fingal, cet autre Larde fameux, appliquait surtout les ressources de son génie à ranimer la valeui' et l’audace des guerriers. A la

(1) « Quant aux bardes , ils chaiitoient, au sou de la lyre ou autre instruuient de nuisitjuo, ' « les faits des vaillants hommes, mis en vers héroïques, et donnèrent telle autorité à la « poésie, qu’aucuns poètes, se mettant entre deux armées, maintes fois appaisèrent la fureur '( des gens d armes prêts à choquer.» (Fauchet, Antiquit. gauloises , liv. i, ch.

(‘i) « Getharum leges sunt, cythara pulsare legatos cum ad hostem mittuutur. »

(Ath., r. I/,.)

LIVHE PREiMlEU.

Uataille de Eéatry, Ossian, ayant engagé nn combat singulier, commencail a plier sons les elToi ls de son adversaire. Eergus l’apeicnt des baulein s où il était placé; il lui adressa des chants qu’Ossian entendit, et qui lui rendirent le courage et la victoire.

L’épisode suivant, se rattachant à l’instoire des hardes irlandais, trouve ici naturellement sa place. L’adversaire le pi us puissant de Heni’i IV en Irlande, é\.3^\l'Mac-Murrogh ^ appelé aussi O’Cavanagh, et descendant des anciens rois de Leicester. Ce prince nous est dépeint comme un homme de belle taille , actif, fort et brave, si brave même, qu’il parvint à résister aux forces de Henri pendant tiente années de guerre et dans plus de cin- (juante batailles. La trahison pouvait seule triompbei- d’un homme si ledoutahle;en i395, un complot fut ourdi contre ses jours. Voici comment ce fait est rapporté dans V Irlande, de Taaffe :

Des seigneurs invitèient Mac-Marrog/i à un banquet où ils vinretU en secret tout armés. Mac-Murrogh s’y rendit de son côté sans autre escorte (lu’un barde et un serviteur. Après le festin, ce barde, assis prèsd’unç fe-’' nêtre, fit entendre un conceit doux et mélodieux poui‘ réjouir l’assemblée; mais soudain, et sans que rien en apparence parût motiver ce caprice, il changea sa mélodie en ros^' catha, c’est-à-dire en chant de guerie. Mac-M urrogb l’interrompit pour le blâmer de ce changement , et lui ordonna de jouer des airs tle fête; mais le barde, comme s’il n’eût pas entendu ces paroles, reprit son chant de gueire. Mac-Murrogh, surpris et indigné d’une telle désobéissance, se leva de table, et dans sa colère il allait sepoiter à quelque excès envers le fidèle musicien, quand il s’aperçut (|ue le castel était de toutes parts entouré de soldats. Éclairé dès lois sur le sens de l’avertissement mystérieux qui lui avait été donné d’une manière si ingénieuse, il vit le danger qui le menaçait, et, tiiant son épée, se disposa à vendre chèrement sa vie. Aussitôt l’effroi se répand j)armi les convives. Aucun d’eux n’ose attaquer un guerrier d’une vigueur si extraordinaire, et tous lui laissent le passage libre. Mac-Murrogh met a profit ce mouvement de stupeur: il parvient même à se frayer un chemin au milieu des soldats, d’un bond saute sui- son coursier, et en dépit de leurs efforts se trouve bientôt hors de toute atteinte.

Ainsi qu’on a pu le voir par les citations precedentes, les baides s’accompagnaient ordinairement d’un instrument cpii était soit la harpe ou la

(r.,. MANUEL GÉNÉRAL DE AIUSIQUE MlLll’AlRE.

rôle, chrota britanna (crwth) (i) (voyez les insti iiments de la pi. V !, priiieipalement usitées dans l’île des Bretons, soit la lyre on la cithare, cju on employait plus particulièrement dans les Gaules, et surtout en Italie. Il y avait tiois choses f|u’on ne pouvait saisir chez un homme libre du pays de Galles : son cheval , sa harpe et son épée. Quant à la harpe du chel (les haides, selon la loi des ripuaiies, elle valait cent denieis, autant c|ue celle du roi; car alors cet instrument, en Irlande, comme dans le pays de Galles, faisait partie des insignes de la cité royale.

Les chants inspirés des bardes, accompagnés au son de la harpe ou de la lyre, telle fut sans doute pendant de longues années à peu près la seule musique en usage, parmi les guerriers, et c’est ici que semble se perdre toute trace de signaux régulièrement transmis et déterminés au moyen des instruments qu’employaient les Romains. 11 est cependant probable que certaines nations, à l’exemple des Galates , ces anciens Gaulois de l’Asie Mineure qui se servaient de trompettes, auront connu primitivement 'l’usage de ce genre d’instruments, et piincipalement de ceux qu’on faisait avec des cornes d’animaux sauvages, ou bien, dans une autre hypothèse,

(i) La chrota britanria , 2\m\ (jue l’appelle Fortunatus {Venant. Fortunat., lib. vu), nommée crwth dans l’idiome breton , et en français rotCy était de deux espèces : la première, (pli avait six cordes, se voyait, ainsi que la harpe, entre les mains des bardes gradés; l’autre, qui n'avait que trois cordes, était jouée par un des bardes non gradés, c’est-à-dire pris dans la classe inférieure des bardes, laquelle comprenait, comme on l’a vu par le document rapporté page 56 , outre le joueur de rébec ou de crwth trithant (crwth à trois cordes), le joueur de flûte , le joueur de tambour et enfin le bouffon. C’est de cette classe inférieure lies bardes que sont venus les ménétriers et les jongleurs, dont la profession fut très-décriée dans la suite, autant à cause de leur ignorance que de leurs mauvaises mœurs. Il y a eu cependant en dernier lieu un roi des ménétriers, de même qu’il y eut primitivement un chef (les bardes, puis un roi des ménestrels. Deux chartes de la fin du quatorzième siècle (iSqa) (ont mention d’un Jehan Portevin , roi des ménétriers du royaume de France, et de ses compagnons, qui reçurent le prix des eshatements qu’ils firent en l’hôtel du duc d’Orléans, devant le roi et les ducs de Berry et de Bourgogne. Pour en revenir à l’espèce de violon appelé chrota britanna.^ nous voyons Marie de France regarder cet instrument comme aussi usité que la harpe pour accompagner les lais ou chansons :

Fu Gugemer le lai Irovez

Que liom dist en harpe et en rote.

{Poésies, tom. I.)

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