‹ Manuel general de musique militaireChapitre 32 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

(jw’ils auront emprunté à une certaine épo(jue cet usage aux Romains (i). Mais rien ne fait connaître au juste comment ils en réglaient l’application pour le service de leur aimée. Ce point est fort difficile à éclaircir, et on iloit également concevoir qu’il est à peu près impossible de préciser av(‘(‘ cei titude la nature des instruments dont se servaient originairement les differents peuples qui vinrent s’établir dans les Gaules et dans d’autres parties de l’Euiope.

Poui- ce qui regarde les Franks, nos ancêtres, Faucbet nous dit (piVn 417 Pbaramond fut proclamé à la tête de son armée au son de tous les insti’uments militaires. De quelle espèce étaient ces instruments? Faucbet ne détermine rien à cet égard. On doit présumer, en tout cas, qu’ils ne pouvaient être ni très-nombreux ni très-variés, puisque, vers la fin du cinquième siècle, Clovis pria instamment, par lettres, Tbéodoiic, roi des Gotbsen Italie, de lui envoyer le meilleur musicien et joueur d’instruments de ses États; demande à laquelle Tbéodoiic s’empressa de satisfaire en cbargeant son ministre, le patricien Boéce, lenommé par ses connaissances musicales, de choisir lui-même ce musicien, qui, peu de temps après la bataille de Tolbiac, vint en France, à la cour de Clovis, avec les ambassadeuis chargés par le roi des Gotbs de féliciter le monaïque frank du brillant Miccès de ses armes. Cassiodore nous a conservé la lettre que Théodoi ic adiessa en cette circonstance à Clovis; on y remarque ce passage, lelatil à l’envoi du citliarède : « Nous vous avons aussi envoyé, dit Théodoric, pour réjouir la gloire de votre puissance, un citbaiède habile dans son art, et qui joint à son chant les sons harmonieux d’un instrument. Nous pensons que vous l’accueillerez avec d’autant plus de plaisir que vous avez paru le désirer vivement (2). »

(1) Barbaricis etiam pro suo more tubis uUuitiir (jiiæ liorridum et bellico terroi i conve-

nienlem recltliint mugitum inflatæ. (Diod. Sic.,lib. v, cap. 3o.)

(2) Liidovico régi Francorum Theodoriis rex.

. Citharædum etiam, arte sua doctinu, pariler destinavimus expc-

« titiim, cpii ore manibusqiie consona V(ice cantando , gloriam vestræ potestatis oblcctet " Quem ideo fore credimus gratum quia ad vos eum judicastis magno opéré dirigeiidum.»

(Cassiod., Vtiror., lib. ii, /, i.)

'< A la venue de ce musicien, joueur d’instruments, dit Gidllaume du Peyrat, les prêtres • et chantres , domestiques de Clovis I*', se façonnèrent et a|)prirent à chanter plus <louee-

l^ MANIjEL général de musique militaire.

<]e fui dans des circonstances toutes différentes fjue 1 infortuné Geliniei , loi des Vandales, après avoir perdu, l’an 534, l^ataille contie Belisaite, et s’étre allé lélugier sur une montagne, adressa une demande analogue au général vainqueur, le pliant de lui envoyer un pain pour 1 empêcliei de mourir de faim, une éponge pour essuyer ses larmes, et un instrument de

musique pour le consoler dans sa douleur.

Au reste, à cette époque l’Ilalie était assez riche en instrumentistes. Au lemps de Fortunalus (cinquième siècle), dit un chroniqueur, tous les instruments les plus ordinaires des Romains étaient usités, à savoii . la tuba, la cjmhala, \di fis tid a , tjmpana, etc. Cependant il ,est bon de lemarcpier que, dans les premiers siècles du christianisme , 1 usage des instruments à cordes semble avoir généralement prévalu sur celui des instruments à vent. Le désordre qui s’introduisit alors dans les milices fit probablement disparaître, ainsi que nous en avons déjà lait la remarque, toute trace des signaux et autres artifices (jui s’appliquent surtout aux évolutions et à la tactique de troupes régulièrement organisées. Mais du moment que la cavalerie devint l’arme la plus ordinaire, pour ne pas dire la seule usitée, il est permis de croire que. la trompette, sous ses diverses formes, fut adoptée de nouveau comme son attribut spécial et pour son service particulier. La chevalerie française avait des clairons qui appelaient aux armes, sonnaient la cavalguète [cavalcata) et annonçaient le combat. Le cor des nains, si fréquemment cité dans les vieux romans et les vieux fabliaux, repose sur des traditions fondées. L’oliphant ( i ), ou trompe des chevaliers,

« meut et plus agréablement qu’on ne Liisoit d’ordinaire dans les Gaules, et ayant ajipris à ' jouer des instruments de musique, ce grand monarque s’en servit depuis dans son service " divin ; ce qui a continué sous ses suc(;esseurs et jusqu’au déclin de sa lignée, que la mn- « sique a toujours été en usage à la cour de nos premiers rois. »

(Guillaume du Peyrat, Hist. ecclésiastique de la cour, ou Antiquitez et recherches de la chapelle et oratoire du roi de France , depuis Clovis F'' jusque s ci riostre temps. Paris, ib/jS, 1. i, j). i 48.) (i) Les cors ou cornets furent primitivement de simples cornes de buffles creusées; ceux qui étaient d’ivoire s'appelaient oliphant, ou, comme on le trouve souvent écrit, olifan. Il y avait aussi des espèces de cors ou cornes à boire, richement ornées et garnies d’argent, dont on se servait dans les festins, soit pour porter des santés en l’honneur des preux, soit pour feter 1 heureuse issue d’un combat , soit enfin pour souhaiter des victoires nouvelles. Ces

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