‹ Manuel general de musique militaireChapitre 34 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

lesquels ont iigiiré des enipeieurs, des rois, des princes, des ducs, des margraves, ainsi que de nobles et puissants chevaliers.

Dans les douzième et treizième siècles, et particulièrement sous le règne de Barberousse, ces chantems-ménestrels jouissaient de la plus grande laveur. En Angleterie, ils n’étaient pas moins estimés (i). Le roi Alfred le Grand, aussi bon poète qu’habile musicien, ne dédaigna point de se

Quand les troupes de musiciens n’eurent plus de chefs, il y eut des associations de chanteurs, de jongleurs et de ménétriers, qui partageaient à part égale les gains qu’ils pouvaient faire. Cette association ne tarda pas à dégénérer, et bientôt ces trois professions, si estimées dans 1 origine, descendirent au niveau de celle des charlatans, des bateleurs et des baladins.

(i) Le roi des ménestrels jouissait, en Angleterre , de certaines prérogatives, et avait le droit d’exercer une juridiction sur les musiciens de différents districts ou comtés, if en pouvait prendre à son service, et pouvait avoir aussi des officiers de différents grades. Sous le règne d’Edouard VI, nous voyons figurer un sergent du roi des ménestrels, dont la charge, qui avait un caractère pour ainsi dire confidentiel, lui donnait accès auprès du roi à toute heure et en toute circonstance. (Warton’s History of English Poerrj, vol. ii.) Ces prérogatives accordées au roi des ménestrels datent du treizième siècle, et on leur assigne une origine assez curieuse. En 1214, Ranulph Bowen Blaendaval ou Blundeville, sixième comte de Chester, qui jiasse pour avoir entrepris plusieurs expéditions contre Llewelyn ab Jorwerth, prince de Galles, ayant eu une nouvelle rencontre avec ce prince, et voyant qu’il lui était impossible de lui résister, courut se réfugier dans le château de Rhuddian. Llew elyn l’v assiégea. Dans sa détresse, le comte de Chester se hâta d’envoyer secrètement un exprès à son général, Roger Lacy, constable de Chester, pour lui faire connaître la position critique dans laquelle il se trouvait, et pour réclamer de lui les plus prompts secours. L’envoyc trouva Roger à Chester, tandis qu’on s’y livrait au plaisir et aux réjouissances , à l’occasion de la foire de la mi-été. Dans un cas aussi urgent, et vu l’imminence du danger qui me-’ riaçait le comte de Chester, son général ne crut pas devoir mieux faire que de se mettre immédiatement en marche avec une troupe nombreuse et bruyante, composée de musiciens, de joueurs d’instruments ; bref, de tous les gens qu’il avait pu rassembler et que la fêle avait attirés à Chester. A l’approche de cette foule tumultueuse, la crainte s’empara du prince de (ialles, et il leva le siège avec précipitation. Ranulph effectua dès lors en triomphe sa sortie de Rhuddian, et, dans l’effusion de sa reconnaissance, pour récompenser Lacy, lui conféra iin privilège exclusif, pouvant s’étendre à toutes les professions exercées par les gens de sa troupe. En vertu de ce droit, John Lacy, fils du constable, accorda à Hugh-Dutton et a ses descendants la prérogative des ménestrels, le fils de Dutton passant pour s être trouvé <1 la tete de cette bande de ménestrels.

I.hwyd’s Uistoryof mues, by Davydd Po^>el ; et Walter, chromcle.vh. 35.j

faire passer pour un simple ménestrel; il se rendit en cette qualité dans le camp des Danois, qui avaient pris possession de son royaume, afin de divei’tir les soldats par le son de sa harpe, et de parvenir ainsi à connaître, sans leur inspirer aucune défiance, et leur position et leur nombre. Ce moyen lui réussit en effet, car il lui permit de les attaquer avec un grand avantage et d’en délivrer son pays (i).

Au dixième siècle, Anlaf, qui envahit le nord de l’Angleterre à la tète d’une nombreuse armée de Danois, ne sut pas tirer, pour son compte, un aussi bon parti du même sli'atagème. En effet, ayant lésolu d’explorer la situation du camp des ^Anglais et de chercher à connaître l’état de leur armée avant d’engager le combat, il se déguisa en ménestiel et parvint jus(ju’à la tente du roi Athelstan, lequel dînait alors avec ses officiers. Là, il se mit à faire lésonner les mélodieux accords de sa harpe, qui plurent tant aux convives, qu’on ne fit point difficulté de l’admettre dans l’intérieur même de la tente. Quand le festin fut terminé, on renvoya le ménestrel muni d’une bonne récompense; mais Anlaf, dédaignant d’emporter la somme qui venait de lui être offerte, l’enfouit sous terre, ün soldat, qui avait servi sous ses ordres, témoin de cette singulière action, en conçut des doutes qui furent bientôt éclaircis, car il reconnut (jue le faux ménestrel n’était autre qu’Anlaf. Il courut sur-le-champ faire part de cette découverte à Athelstan, qui manifesta un vif regret de n’avoir pas reçu cet avis au moment où son ennemi était encore en son pouvoir, mais qui en profita néanmoins pour faire face au danger dont il se voyait menacé, si bien que le jour suivant il se vengea d’ Anlaf en remportant la victoire (2).

. Longtemps après, l’Angleteri e compta parmi ses souverains un habile musicien de plus : ce fut Richard T"’, dit Richard Cœur de Lion. Il composait et jouait de la harpe avec une égale habileté; mais ce qui a surtout contribué a rendie son souvenir populaire, c’est le dévouement de Blondel, son fidèle serviteur, son ménestrel favori, qui, par une ruse dont la musique fit tous les frais, eut le bonheur de délivrer son maîtie, alors (pi’il languissait dans une diue captivité comme prisonnier de Léopold d’Autriche. Il est inutile de rapporter ici en détail cette anecdote, le charmant opéra

(1) Spelnian’s Life of Alfred.

Çi) Caiic’s History of England , vol. f, p. 322.

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