LIVRE PREMIER
JeGî étry, donl elle a fourni le sujet, et que d’augustes sympathies ont dernièrement fait remettre à la scène, ayant contiibué à en pei’pèluei' le souvenii- parmi nous (i).
Lorsque Waldemar marclja contre Suénon III, roi de Danemark, entre les deux armées on remarquait, monté sur un superbe couisier , un mé-
(i) Blomlel , le ménestrel de Richard , était un gentilhomme né près d’Artois. Quand ce dévoué serviteur sut le malheur de son maître , il jura en lui-méme, cuis afferma en dit une chronique anonyme, contenue dans un manuscrit de la Sorbonne du treizième siècle (n^’ /j54h querroit son signor par toutes terres, tant qu’il Vaveroit trové^ u qu’il en orroit novieles. Bien que le moyen employé par Blondel soit connu du lecteur, nous ne pouvon." résister au désir de mettre sous ses yeux un extrait de la chronique, pensant que cette citation, qui justifie l’exactitude historique d’une des situations les plus intéressantes de la pièce de Grétry, ne sera pas lue par lui sans intéi'ét. Blondel s’était donc misa parcourir l’Allemagne dans l’espoir de retrouver les traces de son maître, lorsqu’il arriva un jour par aventure à Dürenstein, devant un manoir où gémissait, disait-on , un illustre captif; ce que lui confirmèrent les paroles de son hôtesse : « Quant Blondiaus entends ces paroles, si f'ust « merveilles liés, et li sembla en son cuer que il avoit trouvé cou que il queroit; mais <« ains n’en ûst semblant al otesse. La nuit dormi et fut à aise; et quant il oi leyvaire cor- « lier le jour, si se leva et ala al église proiier Dieu que il li y aidast, et puis vint au castiel, « et s’acointa al castelain de hiiens, et dit que il estoit ménestreus de viiele, et volontiers « demouroit avec lui s’il li plaisoit. Li castelain estoit jouenes chevaliers et jolis, et dist que il « le retenroit volontiers. Adont fut liés Blondiaus, et ala querre sa viiellc et ses estrumens, « et tant servi li castelain, qu’il fut moult bien de laiens et de toute la maisnie, et moult plot
< ses siervices. Ensi demoura laiens tout l’ivier, onkes ne pot savoir ki lis prisons estoit. El tant « qu’il aloit un jour es fiiestes de Paskes par le gardien qui estoit lès la tour, et regarda entour « savoir se par aventure paroit veoir la prison. Ensi, corne il estoit en celle pensée, li rois P regarde et vie Blondiel, et pensa comment il se feroita lui connoistre, et li souvint d’une « canchon que ils avoient fait entre ans deux que nus ne savoit fors que il roi. Si commen- « cha haut et clerement a canter le premier vier; car il cantoit très bien. Et quant Blon- « diaus l’oi, si sot certainement que c’estoit ses sires, li ot son cuer le plus grant joie qu’il « ot onkes, mais a nul jour, et se parti maintenant don vergier, et entra en sa cambre où
< il gisoit, et prist sa viiele et commencha a vicier une note, et en viciant se delitoit de « son signor qu’il avoif trové. « Blondel alla ensuite vers lechastelain et lui dit : « Beau sire, « je m’en irai volontiers en mon pays. » Le chevalier ly octroya son congié, et le fidèle ami de Richard revint en Angleterre annoncer qu’il avait retrouve son souverain. — Mills [Additional notes of the history of Crusades) cite les deux couplets de la chanson de Richard, laquelle est en langue romane. Quant à la mélodie, on ne sait pas d une manière précise si ♦die existe; quelques-uns ont prétendu que cet air du roi anglais avait du servir à Grétry pour la composition d’une fièvre brûlante; mais jusqu’ici, on n’a pu fournir des preuves cei-
iieslrel, qui flétrissait dans ses chants l’infâme conduite de Suénon, et rappelait l’attentat dont celui-ci s’était rendu coupable, quand, au mépris du droit des gens, il assassina Kanut au milieu d’un festin, et fut au moment de faire subir le même sort à Waldemar , si ce dernier n’avait cherché son salut dans la fuite. Les soldats, animés par cette exhortation à la vengeance, s’élancèrent avec rage contre l’ennemi, qu’ils culbutèrent, et Suénon perdit dans cette bataille la couronne et la vie.
Ainsi qu’en fait foi un ancien cérémonial, que du Gange a rapporté en entier dans son Glossaire, les ménestrels jouaient un rôle important dans la ci’éation des chevaliers, faite en temps de paix, suivant la coutume d’Angleterre. C’étaient eux qui accompagnaient les chevaliers envoyés parle roi, avec les écuyer s gouverneurs, à l’écuyer postulant avant la cér émonie du bain; ces ménestrels, dit l’antique cérémonial, vont par devant Les chevaliers ^ chanlans , dans ans y et esbatans jus que s à Vhufs de la chambre dudit escujer; après la cér émonie du bain , les escujers esbatans et dansons y ajoute plus loin le même cérémonial , seront adnienez par devant r escujer avec les ménestrels faisant leurs mélodies jusques à la chapelle. En somme, les ménestr-els, la veille de l’investilur'e, se l’etrouvent toujours aupr’ès de l’écuyer à chaque nouvelle cérémonie préparatoire, et le lendemain, quand le roi a donné l’accolade au candidat, en lui disant : Soyez bon chevalier y nous les voyons accompagner une dernière fois jusqu’à sa chambre le nouveau membi^e élu (i).
laines à 1 appui de cette assertion. Voici les deux couplets de la chanson de Richard, cités par Mills :
Domna vostra beautas Elas bêlas faisos Els bels oils amoros Els gens cors Inen taillais , Dons sien empresenats De vostra amor que nii lin.
Si l>el trop affansia Ja dei vos non portrai Que major honorai Solen vostre deman Que sautra des beisan So can de vos volrai.
il) Les ménestrels recevaient, en récompense des fonctions qu’ils avaient exercees en pareil cas, les vêtements dont l’écuyer s’était dépouillé pour prendre l’habillement de chevalier, plus un marc d’argent si l’écuyer nouvellement élu était bachelier, le double s’il était baron, et le double encore s’il était comte ou plus que comte. (Voyez le cérémonial rapporte par duCange,)