LIVRE PREMIER
Mille un assez grand nombre d’instruments joués par des ménétriers, les trompettes étaient employées à donner différents signaux. Elles y annonçaient d’abord par une fanfare générale l’entrée de cluujue cbevalier dans la lice; puis elles se faisaient entendie de nouveau à chaque coup extraordinaire de lance ou d’épée ; enfin, le nom du vainqueur était célébréà grands so/is de trompettes et clairons, ainsi que l’attestent en maint endroil les chroniques où sont relatés les hauts faits de la chevalerie (i).
Les trompettes dont on se servait dans les occasions solennelles, (|uand il fallait par exemple escorter le souverain, étaient pour l’ordinaire des instruments de prix. Lorsque le roi Charles V marcha au-devant de l’empel eur Charles IV , les trompetes du roy, a trompes d’argent, à panonceaul.i brodés {y) devant aloient, qui pour faire les gens avancierpar foiz trompoyent {‘6).
Pour terminer ce qui concerne les trompettes , nous citerons encoie un dernier exemple de leur emploi à la guerre en parlant du carroccio.
Autrefois, la bannière de France ou gonfanon était attachée au haut d’un mât planté sur un échafaud qui posait sur un chariot tiaîné par des bœufs richement caparaçonnés, et dont les housses de velours portaient la devise ou le chiflVe du prince régnant. Au pied du mât, un prêtre célébrait la messe tous
(i) C’est également par le son belliqueux de ces instruments qu’on égayait les festins royaux. La Chronique de Saint-Denis, parlant des noces de Louis, dauphin, qui fut roi de France et premier du nom, dit: « Du service ne doit estre question; car des viandes possi- « blés à trouver y avoit largement, et entremetz de trompettes et clairons : et ménestrels, lues, « psaltériens, héraux et poursuivans y avoit assez. » Le mol entremets , dont la signilicalion a été très-restreinte de nos jours, et qui ne s’emploie plus guère qu’en termes gastronomiques et culinaires, s’entendait autrefois de plusieurs représentations données pendant un repas, pour occuper les convives, soit dans l’intervalle des différents services, soit dans l’entre-deux d’un mets ou service à un autre mets, d’où ce mot entremets. Cel usage était déjà fréquent à la cour, au treizième siècle. Pour ces divertissements, on faisait rouler jusque dans la salle du festin des décorations qui représentaient des villes, des châteaux, des jardins avec des fontaines tfoù coulaient toutes sortes de liqueurs, La musique accompagnait presque toujours ce genre de spectacle, qui était fort goûté, et souvent elle formait à elh' seule un entremets. Il y avait donc aussi, comme on vient de le voir, des entremets de trompettes et clairons.
(2' Petites banderoles armoriées.
(Z) Sonnaient de leurs trompettes. (Voy. Christine de Pisan , Livre des faits du sa^e roi (Charles V], ni® partie, chap. 36, édit. Buchon.)
les malins, et, indépendamment desdix chevaliers qui montaient chaque joui la garde sur cet échafaud, il y avait un certain nombre de trompettes dont les fonctions consistaient à encourager les troupes au combat. L usage de ce chariot, qui lemonte au douzième siècle, d’autres disent même au onzième, et qui ne dura en France que l’espace d’environ cent trente ans, nous venait d’Italie, où il se maintint, assure-t-on, jusqu au dix-septième siècle. Les armées du Nord l’avaient également adopté, et 1 étendard royal de Hongrie flottait aussi sui‘ une machine construite d après ce système. Il n’est point dit qu’une giosse cloche fût suspendue à celle dont se servaient les Français ; mais ce (ju’il y a de certain, c’est qu’il y en avait une au chariot ou carroccio que traînaient les Elorentins, les Lombards et les
Vénitiens dans leurs expéditions, ainsi que le témoigne Villani dans son histoire de Florence, et Bonanni dans son Gabinetto armomco (i). Il paraît, du reste, que c’était généralement la coutume alors d’en suspendre à cet appareil de guei re; carMagius, décrivant ce dernier, s’explique en ces termes : « C’était une espèce de tour qui marchait au milieu de l’armée de « l’empereur ou d’autres piinces. Une cloche y était attachée, et l’on se rance geait ordinairement autour de cette espèce de pavillon. » (Voyez pl. VI. A., fig. I.) Antoine Cavalier, dans sa description de Crémone, prétend que les Crémonois en furent les inventeurs; d’autres assurent que les Grecs en avaient déjà eu connaissance. Villani, que nous avons cité plus haut, dit (jue la cloche de cette lourde machine s’appelait martinella ; et Bonanni, de son côté, lapporte (|ue les Italiens s’en servaient pour donner les signaux aux soldats, comme on fait maintenant avec la trompette. Fauchet, dans son traité de l'Origine de In milice et des armes^ parle aussi d’une cloche que les Florentins portaient durant le combat , et qiiils marteUoient pour encourager leurs gens.
Quoi qu’il en soit, cette tour portative contenant une cloche nous conduit à parler du beffroi, qui a beaucoup d’analogie avec la machine précédente. On sait que les beffrois étaient dans l’origine des tours portatives, ou une sentinelle faisait le guet, et pai* le son tl’une cloche donnait, en cas de besoin , l’efh oi et l’alarme (a). On a aussi emplové le nom de beffi oi
(i) Bonanni, Gahinetto annonico. KimvA, 1722.
0) Pas(|iiicr fviii, Si) croit que le \wot b effroy n etc dit pour e/fror, et (jue sonner le