‹ Manuel general de musique militaireChapitre 40 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pour désigner un lieu élevé dans une place frontière on l’on fait le guet, et d’on l'on sonne l’alarme cpiand les ennemis paraissent. Le mot a été ensuite appliqué à l’instrument même. Dans l’iiistoire des communes, au moyen âge, où il se rencontre assez souvent, il désigne une tour unique trèsélevée, et située sur l’un des côtés delà place publique. C’était, en effet, au son de la cloche du beffroi f i) que les bourgeois s’assemblaient, et même une des clauses du serment des comrtmniers leur oïdonnait de se léunir en armes aussitôt que ce signal les appelait à la défense des intérêts communs. l.e droit de posséder un beffroi était devenu pour les communes un de leurs principaux privilèges; et les princes qui voulaient anéantir ces institutions ne croyaient pas mieux y parvenir qu’en privant les habitants des villes de leurs beffrois. C’est pourquoi Philippe le Bel, après la bataille de Cassel , livrée en )34o, entre autres châtiments qu’il infligea aux bourgeois d’y près, fit dépendre la^cloche du beffroi de leur cité. Dans la charte accordée par Chailes le Bel, en , aux sollicitations de l’évêque de Laon, et qui contient l’abolition de la commune de celte ville, on lit en propres termes que les boingeois de Laon « seront privés du droit de posséder des écbevins, une assemblée de majeurs, un sceau, une cloche^ un beffroi et une juridiction (2 ). « Ce qui précède peut nous donner une idée de l’importance qu’on attachait jadis au rachat des cloches ^ quand une ville avait été conquise après un siège. Cet ancien usage militaire était l’une des prélogatives du grand maître de l’artillerie. Loi squ’une place sur laquelle on avait tiré le canon était forcée de se rendre, les cloches des églises , ainsi que tous les ustensilesde cuivre qui se trouvaient dans la ville, devaient appartenir à cet officier supérieur ou être rachetés par les habitants, à moins que dans la capitulation il n’y eût une convention contraire à cette singulière

beffroi revient à cette expression (d’ailleurs inusitée) : sonner l’effroy. Nicot le dérive de bee et à'effroy : « Le beffroy était fait, dit-il, pour bcer^ c’est-à-dire pour regarder et faire « le guet en temps sou|>eonneux , et pour sonner l’effroy. w (Vuy. Du Gange et Ménage.) Ce nom, dans l’origine, s’appliquait même indifféremment à toute espèce de tour construite dans un but stratégique.

(i) On appelait aussi cette cloche banale bancloche ou Imncloque , à cause d’une des significations du mot bannir, qui était l’écpiivalent ({'appeler^ convoquer, publier .

(2 « Jure scabinatuSjCollegii majoratus, sigilli, carnpanœ, berfredi et jurisdictionis. « Voyez Du Gange, au mot Jielfredus, et Augustin Thierry, Lettres sur l’histoire de France.

disposition. Toutefois le grand maître ne gardait ordinairement pour lui qu’une partie du rachat, et distribuait le reste aux officiers d’artillerie (|ui étaient sous ses ordres. Cet usage, qui, suivant le père Daniel, existait encore du temps de Louis XIV, était depuis longtemps tombé en désuétude, lorsf)u’il fut rétabli en 1807 par Napoléon, à l’occasion de la prise deDantzick. La ville racheta ses cloches, et le montant de leur valeur fut distribué aux troupes ( i). Depuis lors, il ne s’est plus présenté d’occasion de le remettre en vigueur. Pour en revenir aux beffrois , en France, dans les villes de guerre, on appliquait ce nom à une tour spéciale, a un clocher ou a tout autre lieu élevé, d’où l’on donnait différents signaux , soit aux habitants, soit aux troupes, au moyen d’une cloclie, ainsi qu’on le fait encore de nos jours. Un écrivain militaire nous dit qu’au dix-huitième siècle, pour ouvrir les portes d’une ville de guerre, la cloche du beffroi devait être sonnée à grand vol , et qu’en même temps les tambours de toutes les gar-

(i) Cette distribution eut lieu entre les militaires des différents grades, dans les proportions ci- après :

Général de brigade .

4,000 fr.

Sergent-major .

Colonel .

Sergent .

Clief de bataillon .

r,2üo

Caporal .

Capitaine .

Caironnier .

Lieutenant .

3oo

Les sapeurs et les mineurs furent compris

dans cette répartition. La moitié de chacune

des sommes ci-dessus énoncées fut donnée aux grades correspondants dans les troupes auxi-

liaires de l’artillerie et du train.

Un décret du 22 septembre i

810 détermine de la manière suivante la

part que chatpie

grade doit avoir dans le rachat des cloches :

Général de division .

. 16 parts.

Lieutenant .

Général de brigade .

Sergent-major et garde

Colonel .

Sergent .

Major .

Caporal .

Chef de bataillon .

Canonnier .

Capitaine .

Le commandant de l’équipage de siège avait les parts de son grade, plus 10.

Pour déterminer le montant de chaque part, on divisait le prix du rachat par moitiés, dont Tune était affectée aux ofiiciers, et l’autre aux sous-ofliciers , soldats et employés. Dans cette dernière portion, les auxiliaires et le train avaient demi-part, et les sapeurs et mineurs une part entière comme les canonniers.

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