‹ Manuel general de musique militaireChapitre 41 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

lies devaient battre la diaiie pour tenir les soldats alertes. Les sons de la cloche servaient alors, comme aujourd’hui, à indicjuer aussi la fermeture des portes, ou bien à signaler soit un incendie, soit l’approche des ennemis, soit ipielipie surprise de ces derniers (i).

Ce genre d’appel, en faisant connaître aux habitants d’une ville ledanger (jui les menaçait, a bien souvent préservé des populations entièies de la mine et du carnage. Nous en trouvons des exemples chez la plupart des nations, mais nous nous hoi nerons à rapportei* le fait suivant :

Muget, roi sarrasin, qui résidait dans l’île de Sardaigne, ayant appris que les habitants de Pise étaient allés assiéger Reggio et qu’ils avaient laissé leur ville dégarnie de tioupes, accourut à la tête de son armée, entra dans la place et mit partout le feu sur son passage. Une femme coulageuse, nommée Ghusica-Gismondi , apercevant le fatal incendie qui allait anéantir sa patrie, courut au palais des magistrats et commença à sonner le beffroi. Ce son inattendu répandit 1 épouvanté parmi les harhares, qui prirent aussitôt la fuite. Pise, voulant honorer la mémoire d’une femme qui, par son sang-froid et sa présence d’esprit, avait sauvé ses compatriotes des plus grands malheurs, érigea une statue à Ghusica et donna son nom au quartier brûlé par les Sarrasins.

Dans d’autres circonstances, le son des cloches est devenu le signal du meurtre et de la trahison. C’est ainsi que les cloches de Saint-Germain l’Auxerrois, puis celle du Palais, et enfin toutes celles qui existaient dans Paris, s’ébranlèrent un jour pour annoncer* l’affreux massacre de la Saint- Barthélemy. Longtemps auparavant elles avaient aussi provoqué, par un lugubre appel, les Vêpres Siciliennes, de funeste mémoire.

Mais les cloches ont souvent eu à jouer un plus noble rôle; elles ont ser vi et servent encore à évoquer de glor ieux souvenirs. Dans le courant de l’année qui vient de s’écouler (1846), les habitants de Harfleur*, célébrant l’anniversaire de la reprise de' leur ville sur les Anglais, annoncèrent la

(i) En pareil cas, nous disons maintenant sonner le tocsin. Le mot tocsin exprimait d’abord le bruit résultant de l’action de frapper ou de mettre en branle la cloche d’alarme (tocsix, de /oc, touchfr ; — siN , de sing.^ anciennement cloche); puis il a été appliqué à la cloche même; ainsi on dit la cloche du tocsin, c’est-à-dire qui sert au tocsin, au bruit d alarme, ou bien simplement le tocsin.

lèle par cent quatre coups de cloche, cliiffre qui rappelle le nombre des combattants français en celte mémorable affaire.

On a quelquefois fait enlever les cloches d’une ville lorsqu elles avaient sei vi à assembler des séditieux ou qu’on voulait seulement prévenii- une révolte. Cette peine fut infligée, en r552, à la ville de Bordeaux, et, en 1674, à celle de Montpellier. Pareille chose était également arrivée, en 1547, habitants de Marennes en Saintonge; enfin, Michel-Antoine Francès de ürrutigoyti rapporte que l’empereur Charles-Quint fit casser une cloche, à Gand, nommée Rolland, parce qu’elle servait à convoquer des assemblées et à émouvoir les peuples (i).

Puisque nous sommes venu à parler des cloches, nous dirons cjue, dans quelques places d’Allemague, on avait remis en vigueur, vers le dix-huitième siècle, l’antiipie usage des clochettes, pour tenii- les sentinelles alei'tes. On plaçait donc, à toutes les guérites (jui étaient sur les rempar ts, une petite cloche sur laquelle la sentinelle devait frapper* autant de coups cpte l’horloge principale sonnait d’heures. En Fiance, on avait adopté un autre expédient, et c’était le fameux cri: Sentinelle , prenez garde à vous l répété à haute voix par les gardes vigilantes placées sur les remparts, qui, d’heure en heure, venait seul troubler le silence de la nuit.

De même que nous avons retr ouvé dans les temps modernes l’aiititjue usage des cloches pour éprouver la vigilance dessentinelles, de même nous retrouvons encore dans notre histoire l’usage non moins ancien des campanelles, clochettes et grelots appendus au cou des chevaux de guerre. En effet , les chevaux sur lesquels on combattait jadis à l’armée ou dans les tournois avaient, par-dessus les bandes de fer* qui les garantissaient des coups, un grand caparaçon fait de même étoffe que la cotte d’armes du cavalier. Ce caparaçon était tout autour* garni de petites cloches et de gros grelots entremêlés; lebruitqui t*ésultait de cette sonnaillerie donnaitde fardeur au cheval. Ainsi a-t-on vu depuis, par une imitation de cet usa^e l’équipement du brave cheval de guerre passer au pacifique mulet de charge, et le collier* de sonnettes remplacer cette partie du caparaçon qui couvrait autrefois le cheval de la tête au poitrail. Ces petites cloches étaient généralement campanelles, diminutif du vnesV eatnpana ,

(pri servait à désigner* les gr-osses cloches des tour s ou forter esses; mais elles

* (0 |)tist(.* rhiei's , T taité des cloches. ViWï^ ,

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