LIVRE PREMIER
(|ui, par leur son biuyanl et éclatant, leur avaient seinl)lé pai liculièrenient })ropres à former un bruit de guei re et à exciter les troupes sur un champ de bataille; mais qu’ils aient continué à faire un usage régulier de ces instruments, qu’ils aient employé les tambours pour transmetiie des ordres et des signaux, c’est ce qu’on n’oserait certainement affirmei', malgré l’opinion émise par l’auteur de l’Histoire des Croisades. Les Français suitout ne paraissent nullement avoir eu l’idée d’observer une pareille coutume, et c’est ce qui donne plus de crédit à l’opinion qui se fonde sur le passage de Froissait cité plus haut. D’ailleurs, tant que la noblesse ne voulut combattre qu’à cheval et qu’il n’y eut sur pied que de la cavalei ie , ce fut plutôt à la trompette que durent être confiés les différents appels militaires. Est-on bien sûr, demanderons-nous encore, que les tambours dont il est parlé fussent l’espèce d’instruments que nous désignons maintenant par ce mot? Les Anglais, dans des temps fort reculés, ont eu un instrument de percussion qu’ils tenaient selon toute probabilité de l’Orient. Jones le rapproche à tort, selon nous, du tympanum des Hébreux et des Grecs, qui était proprement une espèce de tambour de basque. « Le afabivred^ tabret ou drum , dit-il, était anciennement un instrument de «joie et de plaisir, seivantà accompagner d’autres instruments pour les « fêtes, les danses et les cérémonies. Ensuite, ajoute-t-il avec moins de « raison, il fut employé à la guerre pour diriger les soldats dans les mai ches, - « les attaques, retraites, etc. Mais le tambour ((Iruni) dont on se servait « alors était plus large que le tabor » (voy. pl. V, fig. q et lo) (i). On voit parfaitement par ce que dit ici Jones et par le dessin qu’il donne de l’instrument qiFil entend parler en premier lieu d'une espèce de tambourde bas- (jue,et c(u’en second lieu il prétend désignerai! contraire une espèce de timbale, comme le prouve d’ailleurs fort clairement dans son ouvrage une autre figure gravée tout à côté de la précédente, et repi ésentant exactement le dernier instrument que nous venons de nommer. Or, serait-ce là le tambour dont se servaient les Anglais à la guerre avant que celui des modernes devînt d’un usage presque général en Europe? Dans ce cas, nous ne
(i) Aujourd’hui encore le mot anglais tabor on labour signifie un tambour de basiiue; mais les Espagnols donnent au tambour à peu près le même nom (|ue nous (ils l’appellent tambor')^ et disent pandero pour désigner un tambour de basque.
liouvons rien encore qni puisse nous éclairer sur roiigine du îarnboin j)ropi'ement dit; nous ne trouvons cju’un fait établissant une sorte de priorité en faveur de Tusagedes limljales. Au reste, ainsique nous l’avons inféi’é plus haut , ce derniei’ instrument a sans doute eu la même origine «(ue les tamboui's, c’est-à-dire qu’il fut également apporté en Europe, soit par les Orientaux, soit par les croisés a la suite de leurs expéditions. (]ette origine est parfaitement établie par le nom sous lequel on les désignait primitivement en France et en Angleterre , et qui dérive bien certainement de mikc.rah ^ mot qui appartient à la langue des Orientaux, et dont ces <lerniers se servent encore de nos jours pour indiquer le genre d’instrument que nous appelons maintenant timbales (i). Du Gange nous apprend
(i) En Égypte, on appelle les timbales noqqârych on nacorich. Au reste, tous les auteurs n’admettent point que les nacaires fussent des instruments semblables, on du moins analogues à nos timbales. C’est encore là une de ces questions si fréquentes dans Thistoire des instruments , que les recherches des érudits ont plutôt servi à embrouiller qu’à éclaircir. Ménage , Caseneuve , dans leurs Etymologies françaises , et le docte Huet, dans ses additions aux Étymologies de Ménage , ont pris les nacaires pour des instruments qui s’embouchaient comme la trompette « Ce mot [nacaire) , dit Huet, se trouve souvent dans nos vieux auteurs français, parce que les ti ompettes étaient faites de «acre , c’est-à-dire de ces espèces de grandes coquilles torses , avec lesquelles les peintres et les ])üëtes feignent que les Tritons ont coutume de sonner. » C’est là tout au moins, ce nous semble, une étymologie spécieuse. Du Cange est d’une autre opinion, et il s’attache à prouver, dans son Glossaire et dans se^ Notes sur Joinville , que cet instrument n’était autre chose que nos timbales actuelles; en cela, il a pour lui l’autorité d’un manuscrit anonyme de la bibliothèque du Roi,quis’exprime ainsi : « Quelques-uns frappaient des nacaires avec des bâtons ('Quidam nacaria baculabant). >> Borel, dans son Dictionnaire des termes du vieux langage^ émet un avis analogue : il écrit au mot Nacaire, ou, d’après son orthographe, Naqunire : « Instrument provoquant '■ à la hardiesse comme la trompette (Froissard). Et le Catiwîicum parcum explique le mot <’ Tinnito , Je joue des naquaires; à cause de quoy je croiroisque ce fussent les tvmbales « dont à présent se servent les Allemands ès armées. » On lit dans Sanudo : Qu ils sachent battre nacaires , tympana ou tambour ( Sciant pulsare nacaria, et tympana seu tambula ). Le Dictionnaire de La Crusca en donne la délinition suivante : « La nacaire est un instrument semblable au tambour qui se joue à cheval (Nacchera strumento simile al tamburo che si Miona à cavallo). Enfin , d’après un ancien glossaire français , tinctitare , putsore , baculare, signifiaient jouer des nacaires ou des timbales (Daniel, Hist. de la milice française). Les <livers auteurs dont nous venons de parler s’appuient sur des passages tirés des anciens écrivains, entre autres des poètes; mais de pareils témoignages n’offrent pas toujours une solution irréfragable, car ces écrivains peuvent bien avoir confondu entre eux les instru-