LIVRE PREMIER
i|uil est fait mention de timbales sous ce nom de nacaires dans la vie de Louis \ ll par Suger (i).
D’après tout ce qui précède, il est évident qu’on ne peut guère délerminerl époque où les timbales commencèrent à être en usage chez les Européens, ni dire au juste quel fut le peuple qui les employa le premier. Tout
inents qu’ils voulaient désigner, et les avoir attribués à telle catégorie plutôt qu’à telle autre, parce qu’ils en ignoraient peut-être eux-mêmes et la nature et l’usage. 11 faut d’ailleurs être très-versé dans la connaissance du vieux langage français pour se garder de toute erreur. La citation suivante , par exemple, semble établir que les nacaires étaient des instruments à vent, puisque le mot sonner leur est appliqué.
Tambours, trompes et nacaires,
Eu tant de lieux çà et là sonnent ,
Que toute la contrée estonnent.
Cependant Lacombe, dans son Dictionnaire du vieux langage , tout en rapportant cette citation, traduit le mot nacaires par celui de timbales. Il a raison en effet; car on peut observer dans le passage ci-dessus que le mot sonner s’applique également aux tambours, parce qu’autrefois ce mot s’employait en parlant de tout ce qui rendait des sons, abstraction faite de la nature de l’instrument dont on se servait. De tant de contradictions il est difficile de faire jaillir. la vérité. Nous croyons toutefois que le mot nacaire servait, dans le vieu.x langage français, à désigner principalement les timbales, et que ce dernier mot, c’est-à-dire tympanum ^ adopté en premier lieu par les Allemands pour désigner le même instrument, passa beaucoup plus tard dans la langue française, changé ou en quelque sorte traduit en celui de timbales. D’après cela, il serait à supposer que nous n’avons point connu les timbales par les Allemands, sans quoi on aurait de la peine à concevoir que ces derniers ne nous eussent pas transmis avec l’instrument même le nom qu’ils lui donnaient. Les Italiens comme les Allemands désignaient originairement par le mot tympanum et les timbales proprement dites et les tambours, ce que confirme Brossard à l’égard des premiers, dans son Dictionnaire de musique , o\x '\\ ïaxX. également mention du mot français timbales. Ky\’]o\\i'd’hui les Allemands ont substitué au terme latin le mot pauke^ pour désigner les timbales, et les Italiens se servent de l’expression tympano , dérivée de tympanum. (Voyez ma Méthode complète et raisonnée de, timbales à l’usage des exécutants et des compositeurs , précédée d’une Notice historique sur l’origine de cet instrument, etc. Paris, chez Brandus et comp., pag. 83, note i.)
(i) «Tympahis [tambours^ et nacariis et aliis similibus instrumentis horribiliter resona- " bant. »
Dans ce passage de Suger, le mot nacariis a été souvent défiguré soit parles coj)istes , soit par les écrivains citateurs. Meursius prétend y avoir lu , au lieu de nacariis.^ anacaris ; d’autres , d’autres enfin nazariis.
porte à croire que les Hongrois, qui abandonnèrent la Scythie vers le neuvième siècle et vinient se fixer en Europe, apportant avec euXj dans lent nouvelle demeure, les mœurs, les armes, la danse et le chant asiatique, ont dû connaître ce genre d’instrument bien antérieurement même a la date rapportée par le père Benoît, capucin, auteur d’une histoire de la Lorraine. Ne sait-on pas d’ailleurs que les Huns , leurs devanciers, qu on dit avoir été , comme eux, Scythes d’origine, et qui , sous la conduite d Attila, s’établirent dans la Pannonie , avaient aussi possédé des timbales (i)? Dans l’ouvrage du pèie Benoît, il est dit que les timbales étaient connues en Hongrie, l’an 14^7, mais qu’elles étaient complètement inconnues en Lorraine, car, en faisant la description d’une magnifique ambassade que Ladislas, roi de Hongrie, envoya en France pour demander en mariage madame Madeleine, fdle de Charles VH , cet historien cite, à l’appui de son assertion, une ancienne chronique touchant la visite rendue à Nancv par l’archevêque de Cologne au chef de l’ambassade , dans laquelle se trouvent ces mots : On n\ivoit ni mi oncques veu des tahourins comme de ^ros chaudrons (ja ils faisaient porter sur des chevaux.
Quelques passages de Fioissart établissent pourtant que les timbales étaient employées avant cette époque dans plusieurs autres contrées d’Euiope. A l’endroit où il est question de l’entrée d’Édouard, roi d’Angleterre, dans la ville de Calais , après la reddition de cette place fi347j, le ohi'oniqueur dit : « Quant ce fut fait, le l oy monta à cheval et fit monter' « la royne, les barons et les chevaliers, si chevauchèrent-ils devers Calais « et entrèr ent dedans la ville à foison de trompettes, de taboars, àe. nacaires « et de buccines (2). » Il est encore fait mention des timbales dans le récit de l’embarquement du duc de Bourgogne pour une expédition err Barbarie (iSqo). « Moult grand beauté et plaisance fut d’ouir ces tr orn- «pettesetces claronceaux retentir, bondir, et autres ménestriers fai- « saut leur' mestier de pipes , de chalemelles et de naquaires , tant (pre
(1) Voyez précédemment ce que nous avons dit de la musique guerrière des Huns.
(2) Froissart , Chroniques. On lit dans un autre manuscrit, d’après une version qui diffère (pieUjue j)eu de la précédente : « Et entrèrent en la ville à si grand’ foison de menestraudiers, de trompes, de tambours, de nacaires, de chalemies et de muses, que ce seroit merveilles à recorder.»
( Voyez les Chroniques de Froissait, édition Huchon , tom. i , liv. i , part, i , cliaj) 322.)