LIVRE PREMIER
riens, de François 1". On remarque en effet quelques-uns de ces instruments sur les bas-reliefs du tombeau de ce prince, lesquels repi ésentent la bataille de Marignan (i). D’autres prétendent (jue les fifres nous étaient déjà connus du temps de Louis XI. Cependant il n’y en a point de représentés sur le tombeau de Louis XII; mais on y voit plusieurs figuies de trompettes, dont quelques-unes sans potence (2) (voy. pl. VI A, fig. 6:. { n compte manuscrit de janvier iSSy fait mention de trois fifres ordinaires du roi; enfin Bouchet, dans ses annales d’Aquitaine, dit, en parlant de la cérémonie qui eut lieu pour la rançon de François P'’ : « Redondoit de « tous côtés un si grand et merveilleux bi uit des arquebusiers qu’on ne « se pouvoit ouïr l’un l’autre. Aussi pour le bruit des tabourins suisses « qui étoient avec les gens de pied François, ensemble des fibres (fifres ), « trompettes, clarons et autres instruments démonstratifs de joie. » Brantôme dépeint également le fracas que produisirent les instruments guei riei s
1) Il est certain qu’on fit usage des fifres dans l’armée française, à la bataille de Marignan ; car il existe une composition vocale du célèbre Jannequin , dont cette bataille fait le sujet, et oii les fifres et les tambours jouent un rôle assez important. Cette pièce de musique imitative fait partie d’un recueil intitulé Les inventions musicales de Jannequin^ lequel fut imprime à Lyon par Jacques Moderne en i544- L’auteur s’est attaché à y reproduire, conformement au sens des paroles et aux nombreuses onomatopées du texte, les bruits de guerre qui devaient retentir sur le champ de bataille pendant cette journée mémorable. Il n’oublie rien : c’est un tumulte, un vacarme tout à fait approchant de la vérité, avec cette différence que le maître est ici parvenu à le rendre agréable à l’oreille et amusant pour l’auditeur, tant il a su tirer parti des ressources de l’art et faire preuve d’ordre et de clarté dans ses ingénieuses et savantes combinaisons. A bien regarder de près quelques-unes des imitations de Jannequin , il ne paraît pas impossible qu’il se fût proposé d’y rappeler plusieurs des sonneries en usage de son temps, telles par exemple que le boute-selle et à V étendard ^ mentionnées dans le texte. Pour établir cette conjecture avec plus de fondement, nous voulions comparer les passages qui pouvaient être considérés comme des sonneries , ou des fragments de sonneries, avec ceux que nous auraient sans doute offerts d’autres pièces du même auteur, analogues à la bataille de Marignan, par exemple la prise de Boulogne ^ la réduction de Boulogne^ le siège de Metz, etc., pensant que le résultat de cette comparaison, dans le cas où il y aurait eu quelque similitude entre ces passages, eût été de nous conduire à la decouverte des principales sonneries usitées à cette époque; malheureusement nous navon^ j)u parvenir à nous procurer le recueil des productions de Jannequin, qui contient c(‘^ dernières pièces, et qui se trouvaient autrefois’à la bibliothèque du Conservatoire royal de music|ue.
l.e père Daniel , Histoire de la milice française .
lors du sac de Rome par les Impériaux, peu après la mort du connétable de Bourbon (en 1627). « La muraille et les remparts gaignes, les Romains commencèrent à fuyr, et sauve qui peut. Les Impériaux pour- « suivent leur victoire de telle furie, qu’on disoit que tous les diables « estoient là tous assemblés, comme disent les Espagnols en leur langue, « car les arquebusades, les crys des blessés et mourans, le battement des , <( armes, le son des trompettes, la rumeur des tambours, qui animoienf « (b autant plus les soldats au combat, et les coups de piques faisoient un « tel bruit, qu’on n’eust ouy tonner le ciel quand il eust tonné (f). »
Rien n’est plus propre à nous donner des notions précises sur l’état de la musique militaire chez les Français à cette époque, que V Orchésographie de Thoinot Arbeau (2), qui parut en 1689, et où l’on enseigne entie autres choses à battre du tambour, à jouer du fifre et arigot, etc. La publication d’un livre, en partie consacré à de pareilles matières, est déjà, ce nous semble, une preuve suffisante du fréquent emploi qu’on devait faire des instruments qui s’y trouvent décrits, et dont on n’aurait certainement pas parlé avec autant de détail, s’ils eussent été peu connus et peu usités. Nous allons rapporter textuellement les passages les plus intéressants de ce rare et curieux ouvrage, le style d’un contemporain ayant un cachet d’authenticité qui n’en donne que plus de poids à une citation.
« Les instrumens servans à la marche guerriere, dit Thoinot Arbeau, « sont lesbuccines et trompettes, litues et clerons, cors et cornets, tibies, « fifres, arigots, tambours et autres semblables, mesmement lesdicts tam- « bours.
« Le tambour des Perses (duquel usent aulcungs Allemands le portant « à l’arçon de la selle) est composé d’une demy sphère de cuyvre bouchée <( d’un fort parchemin d’environ deux pieds et demy de diamètre, et faict « hruitcommed’un tonnerre quand ladicte peau est touchée avec bastons.
f' Le tambour duquel usent les François (assez cogneu par un chacun)
« est de bois cave long d’environ deux pieds et demy, estoupé d’un cousté « et d’aultrede peaulx de parchemin, arrestées avec deux cercles d’environ « deux pieds et demy de diamètre, bandées avec cordeaux, affin qu’elles
(i) Brantôme, tom. vu, Fie du connétable de Bourbon.
[•>) Anagramme de Jehan Tabourot.
LIVKK PllEMIEU.
U soient plus roidesret faict (comme vous pouvez avoir ouy plusieuis fois) « un grand bruit quand lesdictes peaulx sont frappées avec deux basions « (jue celui qui les bat tient en ses mains. La figure en est assez cogneue à « un cbacun, toutteffois je la mettray icy, puisque nous en sommes en « propos. » Thoinot Arbeau place en effet à cet endroit de son livre la figure que voici :
« Le biuict de tous lesdicts instrumens, dit-il peu après, sert de signe « et adveiiissement aux soldats pour desloger, marcher, se retirer : el à la « rencontre de l’ennemy leur donne cœur, bardiessse et courage d’as- « saillir, et se deffendre virilement et vigoureusement.
« Or pourroient les gens de guerre maicber confusénîcnt el sans ordrr', (f cause qu’ils seioient en péril d’esli'e lenversés et deffaicts; pouicjuoN << nos dicts François ont advisé de faire maicbei’ les lenes et jougs des es- «f couades avec certaines iTiesuies.
«Vous estes musicien, ajoute Tlioinot Arbeau, en s adressant à son « élève (i), et scuavésbien que c’est des mesures, du temps, les unes sont bi- « naires, les aultres sont ternaires, et que de toutes ces deux sortes de temps, « il y en a de pesantes, de moyennes et de concitees. Vous me confesse- « rés que si trois hommes se promenoient et marchoient ensemble, et « chacun deulx vouloit aller à part, selon Tune des trois diversités, ils ne « s’accorderoient pas, car il fauldroit que tous trois marchassent, ou vitte- « ment, ou bellement, ou médiocrement.
« C’est pourquoy en la marche de la guerre, le François afaict servir le « tambour pour tenir la mesure, suyvant laquelle les soldats doibvent mar- « cher, combien que la plus grand part des soldats n’y sont guieresbien « exercés, non plus qu’en tout le reste de l’art militaire, mais pour cela je « ne laisseray d’en escripre les modes. »
Après avoir indiqué, comme il en a pris l’engagement, la manière de pratiquer un certain nombre de batteries, le même auteur continue en ces tei mes : « Ce n’est pas nostre intention de traicter icy de l’art militaire : « si vous voulez sçavoir que c’est évolution, voiez le livre que Aelianus « a escript à l’empereur Adrian. Je vous diray seulement qu’oullre les « marches, saltations et danses guerrières cy-dessus déclarées, le tambour « use d’une continuation de battemens plus legiers et concitez par mini- « mes noires , y entremeslant des coups de basions, frappez rudement, les- « quels font un son comme si cestoient coups d’arquebuzes, et ce quand les « soldats approchent l’ennemy de prez : et lorsqu’ils se veullent joindre « contre le bataillon de l’ennemy, les soldats se serrent les uns contre les « autres, comme s’ils estoient tous d’une pièce, et couchent leurs piques et « sarisses, faisans d’icelles un rempart fort espaiz, et difficile à forcer et « rompre. »
i) V Orchésographie écrite sous forme de dialogue.
ce Cependant le tanabonr sonne deux minimes noires continues, qui cc sont la mesure binaire legiere du pied que les Poètes appellent Firricbie, ce et s’avanceans tenans tousiours le pied gauche devant et en font lassietle cc sur la première nolte du pirr ichie. Et sur la deuxième notte dudict pircc richie, ils font lassiette du pied droict dernier, et proche dudit pied cc gauche, comme pour s’en servir d’arc bouttant. Et ainsi saultelotans et f danceans , cornmancent le combat, comme si le tambour vouloit dire;
De-daas, de-dans, de-dans, de-dans,
dc-dans, de-dans
«Nous appelions le fifre, dit encoie Tlioinot Arbeau, une petite flutle « traverse à six Irouz, de laquelle usent les Allemands et Suysses, et d auî- « tant qu’elle est percée bien estroictement de la grosseur d’un boulet de « pistolet, elle rend un son agu : aulcungs usent en lieu de fifre dudict « flajol et fiuttot nommé arigot , lequel selon sa petitesse a plus ou moins « de tiouz, les mieux faits ont quatre trouz devant et deux derrière, et «est leur son fort eclaltant, et pourroit-on les appeler petites tibies, parce « premièrement on les faisoit de tibies et jambes de grues. Les joueurs « desdicts tambour et fifre sont appeliez du nom de leurs instruments, « quant nous disons de deux soldats, que l’ung est le tambour et l’aultre « le fifre de quelque Capitaine.»
Plus loin Tboinot Arbeau parle des hautbois, et fait observer que ces instruments se mariaient fort bien au tambour 'et au tambourin pour accompagner, aux fêtes de village, la danse récréative, (ittendu (et la raison en peut pai aître singulière) quils étaient extrêmement criards , bruyants et demandaient à être saufflez acec farce.
L’extrait qui précède du livre de Tlioinot Arbeau nous donne lieu de faire plusieurs remar([ues. Nous y voyons: i“ que les Français, de même que les Italiens, les Allemands et les Suisses, savaient appliquer les différentes batteries du tambour aux différentes marches et évolutions; 2“ qu’ils employaient pour la marche guerrière plusieurs instruments : tr ompettes, cors, fifres, arigots, ou petites tibies, comme l’auteur les appelle , ainsi que les tambours; 3® qu’ils n’avaient pas encore admis le hautbois au nombr e des instruments belliqueux, et qu’ils ne s’en servaient que pour accompagner les danses villageoises. Ensuite, le passage relatif aux timbales ou lambourdes Perses nous apprend que les Allemands employaient quelquefois des instruments de ce genre, mais que selon toute probabilité il n’y en avait point alors dans l’armée française. Néanmoins , comme la Krance soudoyait à cette époque des tr oupes étr angèr es qui , dans le nouveau pays où elles étaient appelées à servir, continuaient d’observer les jrratiques militaires de leur nation, il airr’aitpu se faireque quelques-unes d’entr e elles eussent possédé des timbales, ce qui du r este, loin d’avoir été ir ne règle générale, n’eirtété qu’une exception. Brantôme, en relevant les abus qu’entraînait cette affluence d’étrangers et de mercenaires dans nos armées, semble vouloir désigner les timbales, lorsqu’il dit ironiquement: