LIVRE PREMIER. ' ,o
jimts, les loue d’avoir montré une belle contenance « de recevoir le uraud
« assaut que leur préparait le duc d’ dlbe^^^ai il ajoute : v S’ils se fussent le « niouis du monde estonnés ils estaient tous perdus. » Dès lors ce qui suit reçoit une explication toute naturelle :« J’ay ouy dire et raconter à M. du Gua '< l’aisné, poursuit Brantôme, qui lors estoit dedans (dans celte place), que, « tant s’en faut que M, de Bonnivet monstrast le moindre semblant d’ap- « préhension, que lejour du grand assaut qu’on attendoit, M. de Bonnivet « lit venir derrière le rempart sa bande de violons, qui montoient lousjour s t» à une demye-douzaine (car il n’en estoit jamais desgarny) et les fist tous- « jours sonner et jouer tant que l’allarme dura : soubs quel son, et des tam- « bours et trompettes, tout le monde se tiessailloit de joie, comme « s’ils fussent esté en une salle de bal , et n’avoient garde d’apprehender « aucune peur (i).» On voit par celte dernièie phrase que l’intervention des musiciens de Gouffier de Bonnivet n’était ici qu’une bravade , et qu’elle n’empêcha point les tambours et les trompeltes de faire leur office ordinaire; car nous croyons que celte dernière phrase doit s’entendre ainsi : soubs quel son j et (c’est-à-dire joint à celui) des tambours et des trompettes, etc.
On raconte qu’environ un siècle après cet événement (en 1647), siège de Lérida, le régiment de Champagne, précédé des vingt-quati e violons du prince de Condé, ouvrit ïa tranchée en plein jour, au son de ces instruments. Si Grammont rend compte de ce fait à peu près en ces termes, Bussy-Rabutin le rapporte différemment. Il ne dit point que les violons eussent figuré à l’ouverture de la tianchée (2), mais il parle d’un repas d’officiers qui eut lieu quelques jours auparavant dans une église en ruine, pavée de dalles tumulaires, et à la fin duquel l’un des convives, égaré par les fumées du vin, se mit à danser au son des violons du prince de Condé, entraînant dans sa ronde bachique et sacrilège un cadavie trouvé dans celte église, et dont il venait de |)iüfaner
(1) Brantôme. Hommes illustres , Vie de Gouffier de Bonnivet-
(2) « Le 27 de mai 1647, on ouvrit les tranchées en deux attaques, celle du prince à une église ruinée , à deux cent cinquante ou trois cents pas de la j)orte de la ville, et celle du mareschal de Grammont à une autre église. »
[Mémoires de messu c Ro^er de Rabutin , tome i‘^'.Lyou et Baris, 1712.)
la sépulliii e. En tout cas, il ne s’agirait encore ici que cl une bravade ( j).
A un siège défensif sous le même règne, des officiers, précédés de six violons, vinient, après boire, danser sur la brèche; mais une fougace leur
(i) Pour ne conserver aucun doute sur le caractère de cet acte, il suffit de lire le passage suivant, extrait des Mémoires du comte de Grammont ^ frère du maréchal, Mémoires qui ont été rédigés, comme on sait, par Hamilton son beau-frère. Dans ce passage Grammont fait au roi d’Angleterre la relation du siège de Lérida : «Sire, dit-il, monsieur le prince « (de Condé) assiégeait Lérida. La place n’était rien ; mais Don Gregorio Brice était quelque « chose. C’était un de ces Espagnols de la vieille roche , vaillant comme le Cid, lier comme « tous les Guzmans ensemble, et plus galant que tous les Abencerrages de Grenade. Il nous « laissa faire les premières approches de sa |)lace, sans nous donner le moindre signe de « vie. Le maréchal de Grammont , dont la maxime était qu’un gouverneur qui fait grand tin- « tamarre d’abord , et qui biûle ses faubourgs pour faire une belle défense, la fait d’ordi- « naire assez mauvaise, n’augura pas bien pour nous de la politesse de Grégoire de Brice. « Mais M. le prince, lier des campagnes de Rocroy, de Norlingueet de Fribourg , pour insul- « ter la place et le gouverneur, lit monter la première tranchée en plein jour par son régi- « ment, à la tète duquel marchaient vingt-quatre violons , comme si c’eût été pour une noce.»
« La nuit venue , nous voilà tous à goguenarder, nos violons à jouer des airs tendres, et « grande chère partout. Dieu sait les brocards cju’on jetait au pauvre gouverneur et à sa '< fraise, que nous nous promettions de prendre l’un et l’autre dans vingt-quatre heures. « Cela se passait à la tranchée, d’où nous entendîmes un cri de mauvais augure, qui partait « du rempart et qui répéta deux ou trois fois : Alerte h la muraille ! Ce cri fut suivi d’une « salve de canons et de mousqueterie, et cette salve, d’une vigoureuse sortie, qui, après « avoir culbuté la tranchée, nous mena, tambour battant, jusqu’à notre grand’ garde.
« Le lendemain, Gregorio Brice envoya par un trompette des présents de glace et de fruits « à M. le prince, priantbien humblementson altesse de l’excuser s’il n’avait point de violons « pour réj)ondre à la sérénade cju’il avait eu la bonté de lui donner ; mais que s’il avait pour « agréable la musique de la nuit précédente, il tâcherait de la faire durer tant qu’il lui ferait « l’honneur de rester devant sa place. Le bourreau nous tint parole, et dès que nous enten- « dions. Alerte à la muraille, nous n’avions qu’à compter sur une sortie qui nettoyait la « tranchée, comblait nos travaux, et qui tuait tout ce que nous avions de meilleur en soldats « et en officiers. M. le prince en fut si piqué qu’il s’opiniâtra, malgré le sentiment des offi- « ciers généraux , à continuer un siège qui pensa ruiner son armée , et qu’il fut encore obligé « de lever assez brusquement.» ( Mémoires du comte de Grammont , par Hamilton , tome chap. vni. ) Bien que le ton frivole et l’esprit malicieux qui régnent dans les Mémoires de Grammont , puissent faire douter quelquefois de leur exactitude historique, on ne saurait néanmoins s’empêcher de reconnaître que la vérité perce dans le récit qu’on vient de lire, et qui confirme pleinement d’ailleurs ce que Bussy l apporte de son côté des folies et des fanfaronnades des jeunes officiers pendant ce siège. (Voyez aussi Mézeray, Abr. citron, de l’iiist. de France.)