LIVRE PREMIER
tit payer chei* cet acte d’insensés. Au reste, de pareils faits se reproduisaient assez fi équeiuinent. On raconte encore que plusieurs officiers français soupant chez le commandeur de Souvrai pendant le siéi^e de Gazai ' i()3o), Barradas, ancien favori de Louis XIII, leur proposa d’aller danseisur une demi-lune et d’y boire àla santéde tous les princeschrétiens, ainsi qu’à celle du marquis de Spinola , généial des assiégeants. La proposition est acceptée; on se rend au lieu assigné poui- la réunion, et ,à défaut de violons, on emmène un trompette avec un joueur de vielle; puis on rit , on boit, on danse. Mais tout à coup les Espagnols, ayant mis le feu a deux mines, font sauter en Pairie malbeureux trompette et la plupart des danseurs. Le joueur de vielle, quoique aveugle, a le bonheur de pouvoir se sauver en passant, seul et sans guide, sur une planche étroite où ceux (|ui y voyaient le mieux n’auraient jamais osé faire un pas (i).
Dans les cas précédents, il est facile de reconnaître que la musique joue un rôle purement accidentel, et qu’elle n’y est nullement considérée comme ayant la moindre attribution guerrière. Les instruments à cordes ne furent donc pas affectés de nouveau au service des troupes de préfé-
(i) Ces folles idées ne venaient pas toujours à éclore dans des cerveaux pris de vin, et quelquefois l’iutervention d’une musique joyeuse, pendant le siège d’une place, fut résolue de sang-froid par les officiers français dans un but de galanterie. Un jour, au siège de Mous (1691) , après le spectacle tragique que peuvent offrir de meurtrières hostilités, l’artillerie se tut tout à coup vers onze heures du matin, et au fracas épouvantable des bombes succéda un concert de hautbois, que les officiers du régiment du roi donnaient aux dames de la ville. Les musiciens s’étaient placés sur un ouvrage encore tout fumant de carnage, dont nos troupes venaient de s’emparer. Il paraît que les dames de la ville furent sensibles à cet hommage ; car elles accoururent sur les remparts pour entendre ce concert , et ne s’en retour lièrent qu’après qu’il eut cessé. [Histoire de V ordre royal et militaire de Saint- Louis.') Ce fut un motif moins frivole qui détermina le roi de Hongrie Mathias Corvin, assiégé dans Wratislavie en 1473 par les rois de Pologne et de Bohême, à organiser en face de rennemi des divertissements mêlés de danses et de chants. Les alliés commençaient à ressentir les atteintes de la disette , et ils voyaient avec peine que les Hongrois, dans une ville pourvue de vivres comme celle où ils s’étaient retirés, n’auraient point de longtemps à souffrir de la famine. Pour les affermir dans cette idée, Mathias avait fait construire sur les murailles de la ville de grands échafauds, où des tables toutes dressées et chargées des mets les plus exquis, des troupes de musiciens et de jeunes danseuses invitaient les officiers et les soldats hongrois à se livrer au plaisir de la bonne chère. Découragés par ce spectacle répété chaque jour, les assiégeants firent des propositions de paix, et celles-ci ne tardèrent pas à être agréées.
io4 MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
tence aux inslruiiienls à vent, ainsi f|u’on avait été d abord tente de le
croire.
La réunion des instruments de musique militaire employés au seizième siècle, et dont Thoinot Arbeau nous a laissé une nomenclature assez complète et sans doute assez fidèle, ne tarda pas a s augmenter, parle caprice et la volonté des chefs, de ([uelques instr uments nouveaux, dont l’usage, d’abord restreint aux troupes placées sous leur commandement immédiat, s’étendit ensuite à toute l’armée. C’est ainsi que nous voyons apparaître les cymbales du temps même de Brantôme, qui, au sujet des ménétrier s dont César Borgia s’était fait accompagner lors de sori ambassade en France, à savoir, deux tahounns et un rebec (jlont b on en usoit fort de ce tenips)^ ajoute immédiatement, « comme aujoud’Imy font les grands « seigneurs d’Allemaigne et généraux d’armées qui usent de leurs cym- <( balles quand ils marchent, ainsi que fit le baron Dosne (i) par grand « ostentation, mais ce br ave grand M. de Guyse les lui cassa et en fit tair e « le son à sa gi and’honte. J’ay veu ce grand roi de Navar r e Ântboine, père « à nostre roy, en irser de mesme à l’imitation d’Allemaigne lorsqu’il fut « lieutenant général du roy Charles Neuviesme, quand il marchoit, ce « qu’il faisoit beau voir à la guerre sonnans tousjours devant luv et nous « en donnant beaucoup de plaisir en chemin qui nous en soulageoit d’au- « tant. On disoit que le duc de Saxe lui en avoit fait présent (2). »
Comme les auteurs ont quelquefois confondu les cymbales et les timbalesy on pourrait supposer, au premier abord, qu’il est ici question de ce dernier instrument; cependant rien ne fortifie cette conjecture, car rien n’empêche d’admettre qire Brantôme ait prétendu désigner les cynrbales proprement dites, puisqu’elles étaient effectivement employées parles Allemands à cette époque, et même antérieurement au quinzième siècle , les jeux guerriers de la noblesse germanique étant alors célébrés au son éclatant des trompettes, au bruit retentissant des timbales et des cymbales (3). On se rappelle que Michaud les met au nombre des instrir-
(t) De Dljona.
(2) Brantôme, Hommes illustres , Fie de César Borgia.
(3) Ciim stridentibiis bucciriis, prostrepentibus tympanis et tinnientibus cynibalis.
(J. N. Forkel, Hist. delà musique. Allgemeine Geschichte cler Musik. Leipzig, 1801.)