LIVRE PREMIER
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inents dont se servaient les croisés (i). INéannioins , d’après la manière même dont Brantôme parle des cymbales, il y a tout lieu de croire qu’elles se rencontraient fort rarement dans les troupes; d’où il suit (jue Laborde, (]ui vivait sous le règne de Louis XV, a pu dire de son temps que l’usage en était nouvellement éidihW dans la musique militaire.
Au reste, tous les éléments nouveaux qui vinrent augmenter les ressoui'ces instrumentales de nos armées, provenaient d’emprunts faits aux nations étrangères, et principalement à l’Allemagne. C’.est à l’imitation des troupes allemandes que les nôtres adoptèrent les hautbois (2), les cymbales et les timbales. On veut qu’à peu près dans le même temps, les Français aient pris des Anglais l’usage de la cornemuse, et des Piémontais celui de la musette; mais nous n’avons pu savoir quels furent ceux de nos régiments qui donnèrent l’exemple de cette innovation.
(1) Quant à cette assertion , nous nous en référons à l’opinion déjà exprimée par nous sur les autres instruments de musique guerrière que l’auteur des Croisades donne aux armées des chrétiens.
(2) L’origine du hautbois , de même que celle du basson, a soulevé plusieurs conjectures. Il est difficile jusqu’à présent de déterminer quel est le peuple , des Français , des Allemands ou des Italiens, qui le premier a connu cet instrument et s’en est servi à la guerre. L’invention du hautbois est attribuée par les uns aux Français, par d’autres aux Italiens, et l’on dit que ce furent deux artistes de cette dernière nation, les frères Besozzi, qui , l’an 1720, le mirent les premiers en vogue à Paris, en raison de l’habileté dont ils firent preuve sur cet instrument dans les séances du concert spirituel. Nous savons cependant que, bien antérieurement à cette époque, l’usage s’en était répandu à l’armée chez les Allemands comme chez les Français. Du temps même de Thoinot Arbeau, le hautbois était déjà connu, mais, à la vérité, n’était pas encore employé à cet usage. Plusieurs auteurs disent que cet instrument est d’origine allemande. Quant au basson, l’invention en est attribuée à un chanoine de Ferrare, nommé Afranio, par un autre chanoine nommé Albonesio, dans un traité sur la langue orientale, où se trouve le dessin même de l’instrument dans sa forme primitive. En tout cas , ce qui est certain , c’est qu’avant le hautbois et le basson , les Allemands employaient le chalumeau et le bombart ou pommer^ dont les deux autres instruments sont dérivés. Or, comme le chalumeau était surtout demeuré longtemps parmi eux en usage dans la musique militaire, il est permis de penser qu’ils auront saisi avec empressement l’occasion d’y substituer un instrument du meme genre, mais amélioré par un perfectionnement important, dès que ce perfectionnement aura été connu, et qu’ils auront ainsi adopté les premiers, et avant les Français (puisque ceux-ci n’avaient point pour ce faire un précédent analogue dans l’emploi du chalumeau ) , les hautbois, dont nos régiments se sont ensuite empares à l’imitation des troupes allemandes.
io6 MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
L’adoption du hautbois paraît avoir précédé de quelquesannées le lègue de Louis XIV ; quant aux timbales, on ne voit point que la cavalerie française en ait eu avant cette époque. Mais alors elle en prit aux Allemands dans quelques rencontres, et les régiments qui s en étaient emparés les armes à la main, eurent d’abord seuls le droit d’en faire usage. Plus tard, on accorda des timbales aux compagnies de la maison du roi , les mousrpietaires exceptés. Les hussards et les gens d’armes en étaient également pourvus; mais les dragons n’en possédaient point, si ce n est toutefois le régiment de cette arme commandé par le colonel de la Bretèche, qui, ayant surpris un quartier ennemi, et étant parvenu a y enlever deux paires de timbales, obtint du roi la permission d’en faire figurer une paire dans sa musique. Cette marque d’honneur fut conservée au même régiment sous les successeurs du colonel de la Bretèche. On lit dans un ouvrage spécial, qu’après la victoire , le généial doit se faire apporter les timbales, les drapeaux et les étendards que l’on prend sur l’ennemi, pour les envoyer à son prince, et qu’il serait juste de récompenser les régiments qui les ont enlevés. C’était déjà sans doute à titre de récompense qu’on leur pei’mettait, dans l’origine, de conserver les timbales dont ils s’etaient emparés en combattant. Comme ces instruments étaient placés au même rang que les enseignes de guerre, ils offraient naturellement une prise importante et méritoire aux soldats, qui, par ce motif, ne pouvaient man- (|uer de rechercher avidement l’occasion de s’en rendre maîtres. Aussi les timbaliers devaient-ils être des hommes de cœur, capables de défendre leurs instruments au péril de leur vie, ainsi que le cornette et le guidon devaient faire pour leur drapeau (j). Au reste, quand on défilait dans un pays où les timbales auraient pu être insultées, on avait soin de faire pré-
(i) Voici comment Alain Manesson Mallet , dans l’ouvrage intitulé les Travaux de Mars ou V Art de la guerre, dépeint le type du timbalier, et s’exprime sur le caractère guerrier des timbales : « Le timbalier, dit-il, doit être un homme de cœur, et chercher plutôt à périr « dans le combat que de se laisser enlever avec ses timbales. Il doit avoir un beau mouve- « ment de bras et l’oreille juste, et se faire un plaisir de divertir son maître par des airs « agréables dans les actions de réjouissance. Il n’y a point d’instrument qui rende un son « plus martial que la timbale, principalement quand elle est accompagnéedu son de quelques « trompettes.»
{Les Iravanx de Mars ou T Art de la guerre. Paris , 1691 , tome 111, page 98.)