LIVRE PREMIER
(|uancl ils étaient à cheval. D’après cela , les mouscjuelaires auraient bien été effectivement les premiers à faire usage des tambours dans ce dern ier cas. Les tambours des mousquetaires étaient beaucoup plus petits (jue ceux de l’infanterie, et battaient d’une manière toute différente, mais bien plus gaie, suivant ce qu’on rapporte.
La compagnie des Cent-Suisses et la garde ordinaire du roi avait trois tambours et un fifre. Quand le roi allait à la messe, les gardes-suisses formaient la haie au dehors de la chapelle. Leurs tambours battaient, et leur fifre jouait depuis le moment de la venue du monarque jusqu’à celui où il s’agenouillait à son prie-Dieu, et toute la compagnie, marcbant ainsi au bruit de ces instruments, pouvait l’accompagner jusqu’au milieu des églises et jusqu’aux portes et balustrades du chœur (i). Si un ambassadeur venait à sa première audience ou à son audience de congé, les Cent-Suisses formaient également la haie sur son passage, et , dès qu’il arrivait , leur tambour, par deux ou trois coups de baguette frappés sur sa caisse, les avertissait de se tenir sous les armes.
En général, quand un bataillon était sous les armes, les tambours se tenaient sur les ailes, et quand il défdait, les uns étaient postés à la tête, les autres à la queue. Chaque régiment avait un tambour-major, chaque compagnie un tambour particulier, et quelques-unes deux (2). Les manœuvres , les évolutions et les diverses parties du service ordinaire des troupes étaient réglées parles différentes batteries de tambour. Ces batteries étaient la générale ^ rassemblée , l’appel, le drapeau, la marche, la charge, la retraite, la prière, la fascine ou la breloque, le ban, l’ordre, r enterrement. Dans les marches , les fifres ou les hautbois accompagnaient les tambours en improvisant des airs qu’ils tâchaient de faire accorderai! rhythme des batteries. « Il est vrai, dit un savant écrivain du grand siècle « de Louis XIV (3), que le tambour est non-seulement d’un grand secours
(i) Les tambours des Cent-Suisses battaient encore le matin , accompagnés du fifre quand le roi devait communier, ce qui arrivait ordinairement la veille de Pâques et de Noël. Commeil était d’usage que le roi, après cette cérémonie, allât visiter et toucher les malades, les tambours et les fifres, chose singulière, ne cessaient de se faite entendre tont le tempsque le roi était en train de satisfaire à celle obligation.
'2) Le P. Y)aiX\.\e\ , Histoire de la milice française.
3) Le P. Ménestrier, Des représentations en musique anciennes et modernes, Paris, 1681.
« clans les armées pour la marche des fantassins, servant de signe pour « déloger, pour marcher, pour se retirer, pour s’assembler et pour les c< autres commandements qu’il serait difficile de porter partout en même « temps, et de les faire entendre de tant de personnes sans ce secours, w mais il anime les soldats et leur donne du cœur quand il faut choquer « l’ennemi et le combattre. Les trompettes, les tymbales, les hautbois, « font à peu près le même effet. Le battement des tymbales, qui tient du « trépignement et de la marche des chevaux, fait aussi que ces animaux « marchent avec une fierté plus noble.»
On ne s’attend pas sans doute à voir des troupes au service de la France faire usage d’un instrument beaucoup plus primitif que le tambour, et il est assez curieux que les soldats des temps modernes aient aussi embouché la conque des Tritons. Tel était cependant l’instrument dont se servaient les compagnies des fusiliers de montagnes, que l’on créa dans le Roussillon au commencement de 1689, pour les opposer aux miquelets catalans qui étaient au service des Espagnols. Selon le témoignage d’un écrivain déjà cité (i), ils avaient, au lieu d’un tambour , un corneur dans chaque compagnie, lequel, dit cet auteur, « se servait d’une grosse cote quille de limaçon de mer; de sorte que lorsque ces compagnies, qui « étaient au nombre de cent, marchaient ensemble, cela formait un bruit « champêtre étonnant , et cependant martial. » (Voyez pl. VII B, fig. 7.)
Dans les carrousels et dans les quadrilles qui succédèrent aux tournois, et qui, introduits parmi nous sousHenri iV, eurent encore lieu quelquefois en France sous Louis XIV, on avait ordinairement recours à quelquesuns de ces instruments, soit pour donner plus de précision à l’exécution de ces jeux chevaleresques, image des combats, soit pour y ajouter un éclat nouveau et y répandre plus d’animation. La musique, employée dans ces jeux, était de deux sortes : l’une hère et martiale, l’autre douce et harmonieuse. La première se trouvait placée à la tête de chaque quadrille, pour animer pendant les courses les cavaliers et leurs montures, après avoir annoncé leur arrivée et leur entrée dans la carrière, qui se nommait comparse. La seconde accompagnait les récits, le jeu des machines, et, en général, tout ce qui servait à rehausser la pompe et àaccroîtie l’inté-
(i) M. de Guignard, dans /'fco/c’ f/e Mars^iome i, page 722.