LIVRE PREMIER
des reoiinenls étrangers, des airs de hautbois et de fifres, des fanfares et sonneries de trompettes, et jusqu a de simples batteries de tambour. On avait sans doute la conviction que le talent est nécessaire même pour réussir dans un pareil genre. Au reste, si Lully avait cru dérober en se livrant a cette occupation, la manière dont il était rétribué était bien de nature a dédommager son amour-propre. Pbilidor nous apprend, par une note tjui accompagne une batterie de tambour de quatre mesures, (jue Lully avait faite pour le duc de Savoie, que ce prince, en témoignage de sa gratitude, lui envoya par son ambassadeur son portrait enrichi de diamants, lequel valait mille louis (i). Or, pour peu que ces preuves d’une si glande générosité princiere se soient renouvelées plusieurs fois, augmentant, comme il y a lieu de le supposer, à proportion de l’étendue et de l’importance des œuvres sortis de cette plume célèbre, il n’est pas étonnant que Lully ait laissé, après sa mort, ainsi que le rapportent ses biographes, les six cent ti ente mille livres en or qu’on a trouvées dans ses cofires. Dans 1 appendice de ce manuel, où nous parlons des batteiies et des sonneries françaises et étrangères, on trouvera quelques-unes des marches composées par Lully, entre autres celle des mousquetaires, que le loi lui fit écrire a Saint-Germain en Laye, l’an ibyo, pour remplacer 1 ancienne marche alors en usage. Au même endroit, nous citons égale-
(i) \ oici la curieuse production cjui valut à Lully ce témoignage extraordinaire de la inunilicence princière de ces temps. Nous avions d’abord pensé cpie l’air des hautbois qui fait suite à cette batterie pouvait être aussi de Lully, et se trouvait par conséquent compris dans son envoi. Mais Pbilidor^ d’ordinaire si exact à citer les auteurs plutôt deux fois qu’une, ne dit point que cet air fût du célèbre compositeur, et ne place à cet endroit aucune autre indication quipuisse nous fortifier dans notre première conjecture. Au reste, pour s’expliquer le don des mille louis, il suffit de le considérer, non comme une rémunération proportionnée à la valeur de l’œuvre, mais comme un hommage rendu au talent du grand maître, et dont l’envoi de cette batterie de quatre mesures aurait fourni le prétexte.
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Marche de Savojre faite par M. de Lully ^ qui eut un présent du portrait de Son Altesse , cnrichy de diamans valant mille louis , qui lui fut porté par son ambassadeur.
(Note de Philidor. )
fi6 MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
nient plusieurs autres marclies et batteries recueillies, composées ou exécutées dans diverses circonstances par Philidor, l’auteur même du livre des batteries dont nous venons de parlei’, ou bien par rpielfjue autre membre de sa famille.
En 1670, Louis XIV rendit une ordonnance à l’effet de régler les différentes batteries de tambour dans l’infanterie, afin que l’on sût, lors- <pi’un régiment commençait à battre, si l’armée ou tout le corps d’infanterie devait marcber à ce signal, ou bien si le régiment qui battait devait seul s’y conformer. Cette ordonnance, rédigée en termes assez vagues et assez confus, fait mention de la générale comme d’une batterie nouvellement oi’donnée par le roi. Cette batterie s’appliquait à un mouvement général du corps de l’infanterie, et c’est de là qu’elle a pris son nom. Une autre ordonnance de 161 3 vint frapper les hautbois d’une sorte de proscription ; car elle en défendait l’usage à l’infanterie française. Nous ignorons si toutes les troupes se conformèrent strictement à cette ordonnance : nous avons cependant lieu d’en douter; nous croyons surtout qu’elle n’apportait aucun changement à la musique des mousquetaires . et cpi’elle ne concernait probablement pas les troupes de la maison du roi. Presque toutes les batteries dont Philidor a composé son recueil en 1705 sont accompagnées soit par des fifres, soit par des hautbois. Les morceaux faits par Lully , par ordre de Louis XIV, pour le carrousel de la Grande Écurie qui eut lieu en 1686, lesquels font partie de celte collection, sont écrits pour tronqiettes, timbales et hautbois. Ces derniers instruments étaient donc encore très-usités dans la maison du roi, et dans les fêtes militaires ou équestres qu’on y organisait.
Au commencement, et jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, la musique des.troupes de France consistait généralement dans le fifre et le tambour de l’infanterie, la trompette et les timbales de la cavalerie, et les hautbois des mousquetaires ( i). Suivant Rousseau, les Français n’avant
(i) On prétend que les dragons se servaient aussi de Nous avons vainement
cherché à vérifier sur des documents authentiques l’exactitude de cette assertion; cependant d ne serait pas impossible que quelques troupes de la maison du roi eussent fait usaye de ce genre d’instrument, les Écossais qui étaient alors au service de la France avant jm le inetfrc à la mode parmi nous.