‹ Manuel general de musique militaireChapitre 56 sur 229 · LIVRE PUEMIEIL · texte numérisé non relu

LIVRE PUEMIEIL

a lépo(|iie où il rassembla les matériaux de son diclioimaiie de miisi(|ue (veis 1750), i|ue fort peu d’instruments militaires, hors les fifres et les tambours, ne possédaient aussi (ju’un fort petit noml3re de marches; encore étaient-elles très-mal faites pour la plupart. « Il n’y avait, dit-il, (( tpie les troupes de l’infanterie et de la cavalerie légère qui eussent des « mai'ches ; les timbales de la cavalerie n’avaient point de marches réglées, « et les trompettes n’avaient qu’un ton presijue uniforme et des fanfaies. » En 1751 , l’Encyclopédie rendait le même témoignage. Elle prétendait ipie les timbales de la grosse cavaleiie ne jîroduisaient qu’un roulis assourdissant, et que les marches de tambours et de fifies destinées à l’infanterie étaient en petit nombre et mal faites. La composition des sonneiies et des différentes batteries qu’on a de ce temps laissait également beaucoup à désiier, bien que la plupai t d’entre elles dussent être de Lully. Les instrumentistes se montraient généralement mal exercés, et de l’ignorance résultait la confusion. Lecoq INIadeleine, lieutenant-colonel, laconte, dans un ouvrage intitulé : Ae seivice ordinaire et journalier de la cavalerie ( 1 7*20), (ju’il s’était vu souvent au milieu d’une armée de douze à quinze mille cavaliers sans pouvoir trouver dix trompettes qui fussent un peu (amiliarisés avec les bruits de guerre de leur instrument, c’est-a-dire avec les signaux : aussi a-t-il eu soin de placer à la fin de son livre les différentes sonneries, en style noté; par malheur celte notation est des plus fautives, et loin de remédier aux inconvénients que signalait l’auteur, ne pouvait que les aggraver. L’ordonnance de 1754 consacrait également, en style noté, les batteries de caisse et leur partie musicale pour fifres et hautbois. Du reste, cette infériorité se faisait remarquer aussi bien jjarmi les insti’uments et les instrumentistes (jue da'ns le nombre et la valein- des compositions. « Depuis quelque temps, dit Laborde dans son Histoiie de « la musique (publiée en 1780), on a substitué dans les musiques de régiu ment la petite flûte au fifre, parce que ce dernier est bien plus faux <f que la petite flûte, n’ayant pas de clef comme elle. » Jean-Jacques Rousseau, qui, j)ar la suite, se plaignit de cette suppression, les fifres, selon lui, égayant beaucoup la marche, avoue cependant rpi’ils étaient excellents dans les troupes étrangères, et détestables dans les nôtres. Au reste, la loi n’avait point autoi isé celle suppression des fifres. S’ils étaient tombés en désuétude, c’est rpie depuis la guerre de sept ans les colonels avaient déjà

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commencé à donner, de leur propre mouvement, à leurs joueurs de fifres, des instruments non avoués par les ordonnances, et cela, sans doute, ])arce fpie ces instruments leur paraissant offrir, sous le double rapport de la justesse et de la sonorité, des qualités que les autres ne possédaient j)oint, ils trouvaient tout naturel qu’on ne se fît aucun scrupule de leur accorder la préférence.

f.es hautbois et les trompettes n’étaient pas meilleurs que les fifres. « C’est une chose à remarquer, dit encore Rousseau, que, dans le royaume « de France, il n’y a pas un seul trompette qui sonne juste, et la nation « la plus guerrière de l’Europe a les instruments militaires les plus dis- « cordants. Durant les dernières guerres (vers ïySb), les paysans de Bo- « lîéme, d’Autriche et de Bavière, tous musiciens nés, ne pouvant croire « (jue les troupes réglées eussent des instruments si faux et si détesta- « bl es, prirent tous ces vieux corps pour de nouvelles recrues, et l’on ne « saurait dire à combien de braves gens des tons faux ont coûté la vie; « tant il est vrai que dans l’appareil de la guerre il ne faut rien négliger a de ce qui frappe les sens (i). » Le même auteur fait en revanche l’éloge des musiques allemandes, et atteste que, de toutes les troupes de l’Europe, celles de l’Allemagne pouvaient passer pour avoir les meilleurs instruments : aussi ne s’étonne-t-il pas que leurs marches et leurs fanfares aient produit un effet admirable. Quant à la musique d’harmonie, les Prussiens ne se trouvaient cependant pas tout à fait au niveau des autres peuples de ces contrées. Au temps où écrivait Gisors, la musique d’un de leuis régiments, composé de deux bataillons, n’avait en tout que six hautbois, et quatre ou six fifres qui étaient attachés à l’état-major. Comme on imitait alors dans les règlements de la milice française tout ce qui se faisait en Prusse, on songeait plutôt à réprimer qu’à encourager les innovations.

Cependant plusieurs instruments nouveaux furent successivement adoptés en dépit des prescriptions officielles. Dès la guerre de 1741 , les hullans du maréchal de Saxe, un régiment de Cioates et les gardes-françaises eurent une musique à hautbois, à bassons (2) et à cymbales. L’infanterie

(i) Rousseau, Dictionnaire de musique ^ art. Fanfare.

[%) D’après un auteur allemand , le basson se serait montré bien antérieurement à cette époque dans nos aimées; car, selon lui, les Allemands eurent l’occasion de l’y remarquer

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