LIVRE PREMIER
liaiioaise commença ensuite à emprunter la claiinette aux Allemands de .Nuremberg, et le cor aux Ilanovriens; enfin, par l’intermédiaire des troupes du Nord, elle eut encore la grosse caisse, importée d’Orient. Zabro, t]ui écrivait à la fin du règne de Louis XV, tient corn])te de ce nouvel usage. «Quelques-uns de nos régiments, dit-il, ajoutent aux tand)ouis et aux fifres (juelques instruments, comme la clarinette, le cor de chasse, etc. (i). « Aussitôt l’apparition de la clarinette et du cor eu France, les régiments de l’infanterie de ligne et les coips suisses les adoptèient à l’envi. L’opinion de Maurice de Saxe était acquise à ce piogrès. De Zimmerman, colonel d’infanterie, lieutenant au régiment des gardessuisses du roi, publia en 1769 des hymnes et des marches guerrières fort médiocres, c|u’il espérait néanmoins voir s’introduire dans l’armée , et qu’il avait spécialement composées pour hautbois, clarinettes, cors, bassons et tambours (2). D’après Laborde, le serpent aurait aussi figuré quelquefois à cette époque dans le cortège instrumental des marches militaires; mais au temps où cet auteur écrivait (1780), on ne l’employait plus que dans les cathédrales pour la musique religieuse. Par la suite, il fut adopté de nouveau pour l’usage des troupes.
Nous ne croyons pas inutile de faire observer ici que, sous le rappui t de la prioi'ité des découvertes ou de l’introduction des instiuments, on ne rencontre pas chez les auteurs une parfaite unanimité sur tous les points, foutefois il est généralement reconnu que l’Allemagne nous donna presque constamment le signal du progrès, particularité qu’expliquent d’ailleurs suffisamment, et le goût inné de cette nation pour la musique, qu’elle a toujours apprise dès l’enfance avec les premiers mots de la langue maternelle, et la protection éclairée que les souverains ont de tout temps accoidée à cet ait, ayant presque tous à leur solde une chapelle, un théâtre, et
pour la première fois , lors des campagnes du fameux maréchal de Luxembourg, surnommé le tapissier de Notre-Dame.'W en conclut que nous avons été les premiers à donner l’exeniple de l’emploi du basson à la guerre. Comme rien à nos yeux n’est venu justifier l’exactitude de cette assertion , qui ne coïncide nullement d’ailleurs avec 1 opinion émise par le théoricien Printz , opinion que nous rapjiortons ci-apres, nous n admettons celle-ci que sous foute réserve.
1) Zabro. Manuscrit de la bibliothèque du dépôt de la guerre.
2) De Zimmerman. Essais d’une morale militaire et autres objets. Amsterdam, 17^9*
par suite une musi(|ue militaire organisée avec soin. Ce n’est pas que, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, les Allemands aient été mieux partagés, quant aux l icliesses instrumentales, que les autres nations. Nous savons au conti'aire qu’à l’exception des cors ou tiompettes faites de coines d’animaux, et des quekpies instruments moins grossiers de leurs bardes et de leurs meistersinger , ils étaient en quelque sorte totalement dépour- \us d’éléments pour composer une musique militaire digne de ce nom. ('ependant on assure que Wiltekind, le célèbre chef saxon, avait un cbœuide chanteurs et d’instrumentistes pour enflammer le courage de ses soldats. Quels instruments voyait-on aux mains de ces derniers? L’histoire ne le dit pas. Quel pouvait en être le nombre? Même incertitude. A la véiité, quand les instruments font défaut, les voix peuvent y suppléer : aussi les Allemands ont-ils eu, comme d’autres peuples, leui’s chants de guerre et de triomphe, leurs cantiques pieux et leurs refrains d’amour. Dans la suite, et lois même que la musique instrumentale se fut enrichie, les troubles politiques et les guerres de religion firent encore vibrer plus d’une fois les cordes d’airain de la lyre populaire. La réforme entonna comme appel aux armes d’austères cantiques. Calvin chargea un compositeur, (kiillaume Franck, d’adapter à la version des psaumes sur laquelle s’était arrêté son choix, des airs faciles à une seule partie. Ces psaumes furent imprimés à Strasbourg en i543, et, bientôt répétés de bouche en bouche, servirent non-seulement pour stimuler la dévotion du peuple, mais encoie pour animer son courage lorsqu’il s’insurgeait contre ses persécuteurs. Déjà, au quatorzième siècle, Jean Huss avait employé, dans des circonstances analogues, un autre genre de choral. La marseillaise des huguenots, le choial de Luther qui commence par ces mots : Notre Dieu est nue place forte (Ein’ feste Burg ist unser Gott) , exaltaient le courage des protestants dans les combats (ju’ils avaient à soutenir contre le fanatisme. Parmi les victimes de la Saint-Barthélemy, combien en est-il qui, en exhalant le derniei' soupir, ont encore murmuré quelques notes de ce chant célèbre! Nous verrons bientôt les puritains de Londres, les sectaires de Cromwell, entonner aussi quelque pieux cantique au moment (le frapper leurs ennemis.
L’amoui’ (jue les souverains allemands ont manifesté poui- l’art musical a surtout contribué à faire entrer la musicpie militaire dans une voie de