LIVRE PREMIEÜ
progrès. Juste Lipse, cpii est mort en iGo6, dit ipie de son temps les troupes allemandes connaissaient l’usage des timbales, Prætorius, (|ui vivait egalement à la fin du seizième siècle et au commencement du dix-septième, Riit mention de l’emploi des timbales à la guerre comme d’une coutume déjà ancienne. (Voy. pl. VII B, fig. i.) Ces témoignages confiiment celui de Tboinol Arbeau. Le père Rircber, dans sa Musurgie, dont la publication remonte à l’an i65o(i), donne aux soldats allemands des tambours (Voy. pl. VII B, lig. 2) et de petites flûtes ou fifres fistidœ). (Voyez Pl. VI A, fig. 4-) Les premiers étaient bien certainement usités en Allemagne au cjuinzième siècle; car l’on assure que le plus grand capitaine du moyen âge, le valeureux Ziska, général des Hussites, qui mourut le 12 octobre 1 4^4 > stipulant ses dernièies volontés, ordonna que son cadavre fût laissé en plein champ, aimant mieux être mangédes oiseaux de proie que des vers; et prescr ivit en outre qu’on fabriquât un tambour de sa peau, voulant encor e fair e fuir les ennemis apr’ès sa mort (2). Indépendamment des tambours, des timbales et des fifr es, les Allemands avaient des tronrpettes et des clair'ons(c/<'/reto). (Voy. Pl. VIA, fig. 5.,etPl. VII B, fig. 5.j En général, le r ôle des instruments a toujours été fort important dans les usages des cours allemandes. Sous Charles V, il y avait un orchestre pourjouer pendant le dîner de l’empereirr et dans plusieurs autres circonstances. Cette interverrtion de la musique dans les repas datait de loin; mais aux instruments à cordes des chantres grecs, aux lyres et aux harpes des bardes, succède ici un genre d’instruments plus bruyants, et qui semblent moins propres à faire résonner une salle de banquet, pour* la joie et le plaisir, qu’à fornrer au sein des armées ces mâles harmonies qiri inspirent l’audace et le courage. Cependant, chose digne de remarque, en Allemagne, où les oreilles sont si exercées, on n’a jamais craint d’em-
(1) A. Kirchei’. Musurgia universalis sive Ars magna consoni et dissoni in X lihros digesta. Romœ, i65o.
(2) Quoi qu’il en soit de cette curieuse tradition, il est constant qu’un tambour fait avec une peau humaine, que l’on prétendait être celle de Ziska , fut, au dix-liuitième siècle, transporté de la Bohème à Berlin. C’estce qui résulte notamment d’une correspondance de Voltaire et du gratid Frédéric. (Voyez cette Correspondance , ei la ligure représentant le tambour fait avec la peau de Ziska dans le Magasin pittoresque ^ publié sous la direction de >1. Édouard Cbailon, 1 1*" année (iS/j'î) , pages i3oet i3i.)
ployer pour la iiiiisiqiie de chambre, comme pour la miisi(|ue d’eglise, un concert de trompettes et de timbales. Ces instruments y ont même été fort en honneur, et certain prince allemand aimait à voir figurer auprès de sa table, les jours de gala, un ou deux chœurs de trompettes vêtus magnifiquement et jouant avec des instruments d’argent. Une cour qui n’aurait pas eu une bonne chapelle, une musique de chasse et un certain nombre de trompettes et de timbaliers atlitiés, eût été regardée comme une cour mesquine, sans puissance, sans éclat et sans dignité.
Les musiciens, joueurs de trompettes et de timbales, étaient attachés à la maison du prince et placés sous la juridiction immédiate de ce dernier. Iis étaient aussi employés comme serviteurs dans les armées Mais bientôt, en vertu de privilèges délivrés par fempereur, ils purent former une association connuesousle nom de Cameradschafft (société des Camarades), et se donnèrent en même temps le titre de trompettes et timbaliers samiits ou eæf)érinieittés(^^e\eYn\.e). Une des clauses deleur privilège les obligeait à ne jouer qu’avec uucaniarade , c’est-à-dire avec un musicien faisant pai'tie de l’association. Tous ceux qui n’avaient point cette qualité rentraient dans la classe des trompettes ou des timbaliers ignorants ou inexpérimentés (un^elernte). Ce fut en 1623 que la société des trompettes et des timbaliers obtint un privilège de l’empereur Ferdinand II; ce privilège fut successivement renouvelé par Ferdinand III, Charles VI , François et Joseph II. Les trompettes expérimentés se distinguaient pai* une habileté toute particulière à sonner de leurs instruments. Us possédaient le secret de certains artifices ou coups de langue qu’eux seuls pouvaient pratiquer, et qu’ils ne devaient enseigner qu’aux élèves formés pour l’institution. C’est parmi les membres de ce gymnase musical que se recrutaient les trompettes de la cour [^Hof trompeter), ceux de la mWe {Stadttrompeter) et ceux de l’armée (Feldlrompeter). La même chose avait lieu pour les timbaliers. A ces musiciens étaient attribués différewls services. Ils devaieni annoncer le repas du souverain, puis exécuter durant ce repas des morceaux guerriers pour trois ou quatre trompettes, lesquels s’appelaient tricinium ou (luatricinium. La présence de ces artistes était en outre obligatoire dans les processions, dans les assemblées et dans les tournois où se rendait leur seigneur et maître. Les trompettes et les timbaliers de l’armée jouissaient de grandes prérogatives; ils étaient très-généreusement rélri-