LIVRE PREMIER
l)ijes, et possédaient des instruiiienls et des niontuies d’un ^rand prix. I-es fonctions qu’ils avaient à reinplii' élaient à peu près les mêmes que celles des tambouis, trompettes et timbaliers des autres nations. On s’en servait souvent à titre d’estafettes et de parlementaires.
Ou vivant d’Altenburg ( i yqS), il y avait à la cour de Dresde huit trompettes et un timbalier. On y compta même une foisjusqu’à douze trompettes et deux timbaliers. En général , les cours du premier ordre avaient buit trompettes, et celles du second ordre ([uatre trompettes et un timbalier. Pour avoir des données exactes sur la répartition des tiompettes et des timbaliers dans les différents régiments de chaque pays de l’Allemagne, il faudr ait faire des recherches qui demander aient beaucoup de temps et une peine infinie, et encore est-il à peu près sûr qu’on ne parviendrait jamais à effectuer la réunion complète des documents nécessaires pour un travail de ce genre. La cavalerie avait les trompettes et les timbales; les mousquetaires et les dragons maicbaient au bruit des tambours. Cependant ces derniers eur ent aussi des timbales. Ce fut l’empereur Joseph II qui fit introduire ces instruments dans les régiments de dragons; peu apr ès le roi de Prusse et l’électeur de Saxe suivirent cet exemple; mais, dans les diverses campagnes des Prussiens, qui eurent lieu vers 1790, l’usage des timbales fut aboli pour toute la cavalerie. Printz, dans un ouvrage qui parut en 1690(1), cite l’un de ses contemporains, le baron de Sparr, généralmajor, comme ayant eu le premier l’idée d’employer pour la guerre les chalumeaux (^Sc/ial/me/en) [o.) ( Voyez PL VI A, fig. 3 ), et les bassons {fagott ). (Voyez PL VII B, fig. 9). Mais bientôt le premier de ces instruments fut définitivement remplacé par le hautbois.
Les Allemands prétendent à l’honneur d’avoir inventé, vers le milieu du dix-huitième siècle, le morceau de musique militaire qui porte le nom de marche. S’il faut les en croire, ce fut à l’époque de la guerre de trente ans, alors que les cris d^ mort mirent en fuite la muse légère et que l’Allemagne dut oublier pour un temps seslieder d amour et ses joyeuses chan-
(i) W. C. Printz. Historische Beschreibiing der Edeltn Sing-und Klinglunst. Dresden, 1 Ggt.. 2) Il s’agit ici du chalumeau des Allemands, espèce de hautbois fort imparfait et d’une mauvaise qualité de son. Cet instrument ne se voit plus guère qu entre les mains des bergers suisses.
sons de buveur, que la nécessité où l’on était de faire marcher avec ordre des masses armées, et de les exciter par le désir de vaincre , suggéra 1 idée des marches. D’abord, sans nulle valeur' artistique, ce genre de musique, ([ui tenait son nom de l’objet auquel on l’appliquait, ne tarda pas à se perfectionner. La plupart des chefs de musi([ue allemands, connaissant parfaitement l’harmonie, en donnèrent souvent d’excellents modèles, et des conrpositeui's renommés, ne regardant point comme indigne d’eirx d y appliquer les ressources de leur talent, vinrent enrichir cette par tie du r éper toire militaire d’œuvres remarquables. Les meilleui’s officier’S de 1 Allemagne n’ont pas été sans r econnaîtr e l’utilité desmai'ches: « Avec une belle cc mar che de mes hautboïstesys’écriait assez présomptueusement un génér'al « prussien, c’est un vrai plaisir que de parler à l’Eur'ope à coups de canon.» Un autre se plaisait à répéter que la mai'che des gr’enadier's prussiens {greuadierniarscJi) avait été le premier hér’os dans la guerre de sept ans.
Dans toutes les villesde garnison, il était d’usage que la musique exécutât |)endantla par ade, etlesoir avant la retraite, un certain nombre de morceaux d’harmonie, et c’était alor s que les artistes allemands donnaient despr’euves de leur incontestable habileté. Les bonnes qualités de l’exécution elle mérite des compositions que l’on faisait entendre ressortaient alors d’autant mieux (ju’en général ,ver’s la fin du dix-huitième siècle , les cor ps de musique étaient assez pauvrement organisés, eu égard surtout à ce qu’ils devinrent par- la suite. Les parties y étaient ainsi distribuées, savoir : deux , deux clarinettes .,(\e.wy^cors^\. deux Plus tard on adjoignit quelquefois
a ces instruments : une^d/e, une ou deux trompettes., un contre-basson ou un serpent. La r éunion des musiciens jouant de ces instr uments s’appelait chœur des hautboïstes , dénomination qu’on a appliquée encor-e de nos jours en Allemagne à certains corps de musique militaire , et qui pr ovient de ce que le chant, confié maintenant aux clarinettes, était or iginairement execute par les hautbois. Noirs avons vu les Prussœns n’avoir*, au temps oii écrivait Gisor's, que des hautbois et des fifr'es; mais, avec de bonne musique et de bons artistes, on pouvait aisément parvenir à dissimuler la pauvr eté de l’organisation instrumentale (i). Cette supériorité bien reconnue des
(i) Au dire de l’abbé Raynal , si le roi de Prusse (Frédéric le Grand) dut quelques-uns d« ses succès a la célérité de ses marches, il en dut aussi pliisieurs à sa musique i^uerrière.