LIVRE PREMIER
artistes alleniancls les faisait recliercher des autres nations. Eu 1722, le loi de Portugal, Christian II, fit venir d’Allemagne à ses frais et pour son service particulier vingt trompettes et deux timbaliers, sous la conduite d’un lieutenant. En Portugal, il était d’usage, quand le roi se disposait à sortir de son palais, d’aller le proclamer par les rues au son des trompettes. Hu l'este, ces instruments devaient jouer à cette cour à peu près le même rôle que dans les cours d’Allemagne. Au temps de la chevalerie, pour la réception d’un nouveau membre de l’ordre, les Portugais donnaient souvent des fêtes magnifiques. Sous le règne de don Pedro lorsque don Telles fut armé chevalier portugais, non-seulement on distribua au peuple à cette occasion des bœufs entiers rôtis; mais le roi lui-même, suivi des grands du royaume, exécuta des danses au son d’immenses trompettes d’argent, et au milieu d’une longue file de serviteurs qui portaient d’énormes torches allumées. Le vieil historien Fernand Lopes nous a conservé des preuves fréquentes de cet amour singulier pour les danses solennelles. Pierre le Justicier dansait aussi en public quand il créait un de ses vassaux chevalier; et si quelque circonstance le ramenait à Lisbonne après une absence de plusieurs jours, il exigeait que le corps de la ville vînt le recevoir au retentissement saccadé de ses immenses trompes d’argent, et il allait alors, en dansant, du rivage jusqu’à un lieu assez éloigné où s’élevait son palais. C’est de leur contact avec les Maures que les Portugais avaient pris ce goût des danses publiques. La plupart de ces dernières même leur étaient empruntées; on les désignait généralement sous le nom de mourieras. D’ordinaire elles s’exécutaient au bruit des instruments guerriers dont se servaient les Maures, tels que les anafins(i), les trompettes et les clairons aigus, et cela dans presque toutes les occasions solennelles, comme, par exemple, l’arrivée d’un prince ou d’une ambassade. La mode même s’en répandit au quinzième siècle jusque dans le midi de la France;
(i) Les anatins étaient^ dit-on, une espèce de flûte usitée chez les Maures. Le Canioëns , dans la Lusiacle , en parle à propos des Maures de Mozambique :
« Anafis sonorosos vao toccanclo. »
Ils jouaient de leurs sonores anafins.
{jMsiade , ch. i, oct. 47.)
lorsque l’arcliiduc de Flandre vint à Montpellier en 1602, on en dansa plusieurs à la grande admiration des assistants (i). La mélodie delà zamhia, danse vive et animée, très-connue'en Espagne et particulièrement à Grenade, était un air de guerre sur lequel les Maures allaient au combat rcfQue les trompettes guerrières sonnent la zambra, disaient alors « les chefs maures en s’exhortant les uns les autres, et que le bruit de
nos exploits retentisse jusque dans l’Alhambra! » A Lisbonne, au seizième siècle, il y avait quatorze écoles publiques où l’on enseignait à danser, et une statisti(iue curieuse des différentes professions exercées dans cette ville porte que déjà s’y trouvaient, indépendamment des joueurs de cbalemie (au nombre de vingt), des chanteurs (au nombre de cent cinquante), et des joueurs d’épinette(Zcc/rt, au nombre de vingt), douze trompettes et huit timbaliers. Dans l’île de Majorque, laquelle fut prise sur les Maures en 1229, le roi Jacques II, qui monta sur le trône en 1824 , publia une sorte de code pour régler la police intérieure de son palais et les fonctions des gens attachés à sa maison. On y voit figurer, comme devant composer la musique royale : deux joueurs de flûte, deux joueurs de trompette et un joueur d’instruments de percussion , lesquels, d’après le dessin c|ui accompagne le texte du document, paraissent avoir été de petites timbales d’Orient. Au reste, la plupart de ces instruments venaient sans doute des Maures. Cette musique jouait devant le roi quand il sortait de son palais, ainsi qu’au commencement et à la fin de chaque repas, à l’exception du carême et des vendredis (2).
Les Russes, de même que les Espagnols, furent également redevables aux Allemands des améliorations qui s’introduisirent dans leur musique militaire sous le règne du czar Pierre le Grand. Antérieurement à cette
(1) Voici ce que contient à ce sujet le Petit Thalamus : « Ce soir fut faicte une très- « belle morisque^^t la ville, quiestient, tant les hommes que les filles, en trompettes et « estions tous les danseurs bien habillés, ce que se pouvoit faire en abbitz nouvellement « devisez. » Voyez la cinquième partie de ce curieux recueil, page 485, et le remarquable ouvrage historique sur le Portugal qui fait partie de la belle collection de VUnivers pittoresque^ publiée par MM. Firmin Didot frères.
(2) Voyez le tome III du mois de juin du recueil des Bollandlstes , où le texte des lois palatines a été publié pour la première fois et le Magasin, pittoresque, i3« année (1845), n® 3i , c|ui en a reproduit une partie.