‹ Manuel general de musique militaireChapitre 61 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

épocjue, la musique de ce peuple était en quelque sorte restée stationnaire, cest-à-dire dans son état de simplicité primitive. Cependant les Slaves, ancêtres des Russes modernes, avaient une grande passion poin* cet art; ils en faisaient leur principale occupation , et dans leurs voyages, au lieu de se munir d’ai ines, ils portaient des harpes et des luths qu’ils avaient fahriqués eux-mêmes: Ce n’est pas seulement pendant la paix qu’ils se livraient à leur goût musical : dans leurs expéditions guerrières, en face de l’ennemi, ils faisaient entendre leurs hymnes nationaux. La Lusace et la Dalmatie possèdent un grand nombre de ces chants populaires, dont quel- (]ues-uns remontent à une haute antiquité. Leurs instruments étaient en petit nombre; ils en avaient à cordes et à vent. Au nombre de ces derniers notamment, se trouvait une espèce de trompe ou cornet rustique, fait de bois ou d’écorce d’arbre, et une sorte de cornemuse. Mais l’avénement de Pierre vint changer en Russie la face des choses; et quand le souverain s’occupa de l’organisation de son empire, il n’eut garde d’oublier Pun des arts qui s’allie le mieux aux splendeurs militaires. Ayant remarqué, durant le cours de ses voyages, que l’Allemagne était l’une des contrées les plus avancées en ce qui touchait surtout à la musique, il fit venii' pour sa flotte et ses armées toutes sortes d’instruments de ce pays, tels quetrom- {lettes , timbales, cors, bassons et hautbois. A chaque régiment il affecta un corps de musique dirigé par un chef, qui, en dehors de ses fonctions, était tenu de choisir parmi les enfants de troupe un certain nombre d’élèves auxquels il devait enseigner un des instruments dont se composait alors la musique militaire. Pierre le Grand, voulant que le public fût à même d’apprécier leurs progrès, ordonna que, tous les jours à midi, ces jeunes élèves se feraient entendre, les uns en jouant de la trompette et des timbales sur le clocher de l’amirauté, et les autres en faisant le même exercice, sur le clocher de la forteresse , avec des hautbois, des bassorjs et des COIS de chasse. Au moyen de ces dispositions, tous les régiments r usses fuient en peu d’années jjourvus de musiciens habiles , r ecrutés dans l’armée elle-même. Le czai-, qui avait voulu commencer son apprentissage du métier’ des armes en servant lui-même comme simple tambour-, témoignait une grande prédilection pour les concerts formes d’instruments bruyants, rudes et sonores: aussi, pendant ses repas, se plaisait-il à entendre des cornets à boucprin (Voyez PI. VII B, fig. ï9. et id)et

des sacquebules(i) , instruments qu’il avait également fait venir d Allemagne. Lorsqu’il était retiré dans l’intérieur de son palais, il mandait auprès de lui, pour se récréer, une troupe de joueurs de cornemuse polonaise et de clialumeau , qu’accompagnait souvent le bruit adouci des tambours. A jraitir du règne glorieux de Pierre le Grand, la musique militaire en Russie lit de rapides et notables progrès, et bientôt il y eut dans les régiments d’excellents chefs de musique tant nationaux qu étrangers. Cirez les Russes, comme chez beaucoup d autres nations, les déclarations de guerre furent souvent proclamées au son retentissant des trompettes et des timbales. C’est ce qui eut lieu, par exemple, quand le cabinet de Saint-Péter’sbourg déclara la guerr’e à la Porte ottomane.

Vers le milieu du dix-buitième siècle, on vit naître en Russie un genre de musique tout particulier : cette musique, uniquement composée de cors, fut inventée , dit-on , par le maréchal Kirâlowitscb , et perfectionnée par un musicien de la Bohème , nommé Maresch , qui était dir ecteur de la musique de la cour-. Ce système instrumental consistait primitivement en une sér ie de cors de chasse de différentes^randeurs (Aboyez PL IX), rjui ne donnaient chacun qu’une seule note, et qui , dans leur ensemble, formaient une étendue de trois octaves. Par conséquent chaque exécutant devait compter des pauses aussi longtemps que la note affectée à son instrument tardait à se représenter dans le courant du morceau. Le nombre des cors, qui était de tr‘ente-sept pour une étendue de trois octaves, et qui fut ensuite de quarante-neuf pour- celle de quatre octaves , atteignit enfin le chiffre de soixante instruments, donnant l’étendue de cinq octaves. L’emper'eur et l’impératr ice entendirent cette musique pour la première fois en 1753, ou, selon d’autres, en 1707, au château d’Ismailow, près de Moscou , à l’occasion d’une grande chasse donnée par le maréchal. Les seigneurs se prir'ent bien vite de passion pour un genre de concert si nouveau et si original , et plusieur s d’entre eux eurent à leur ser vice des corps de musique ainsi composés (2). Un grand nombr e de régiments

(1) Nom sous lefjuel étaient primitivement connus les instruments cju’on a depuis appelés trombones.

(2) 11 fallait toujours, assure-t-on, trois ou quatre années à un seigneur russe pour former une musique de ce genre. M. Fétis la compare à une mécanique, et dit spii ituellement à

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