‹ Manuel general de musique militaireChapitre 63 sur 229 · LIVRE PREMIEE · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIEE

nuisiiliiian (|u’à satisfaire celles d’un dilettante exercé. Toutefois, lorsque Tambassadeur Aclimet Effendi , qui était venu à Berlin, eut franchenient exprimé son opinion sur le concert de musique turque qu’on a\ait organisé en son honneur, par ces mots significatifs : Ceci nest point turc! qu’accompagnait un njouvement de tête et d’épaule plus significatif encore, le roi de Prusse régnant, n’eut rien de plus pressé (|ue de prendie à son service de véritables Turcs, et de se servir de ces musiciens pour établir, dans quelques-uns de ses régiments, une musique tout à fait digne de rivaliser avec la bande des janissaires. L’empereui' d’Autriche se montra, dit-on, également jaloux d’en posséder une non moins authentique et non moins remarquable; celle qu’il forma fut même, assuret-on, employée par Gluck pour le théâtre. Aux instruments de la musique turque, les Allemands joignirent quelquefois des instruments de la musique ordinaire, notamment des bassons et des trompettes; et comme ils s’appliquaient toujours à perfectionner cet ensemble original, ils notèrent par écrit les morceaux qu’on devait exécuter, et qu’on se contentait autrefois d’improviser, en prenant seulement conseil de l’oreille et de la pratique, qui n’étaient pas toujours des guides sûrs et infaillibles. Les Ions adoptés pour ce genre de composition étaient ordinairement les tons majeurs de fa et de si bémol, lesquels se prêtaient le mieux à l’accoi d des instruments turcs, quelquefois aussi ceux de ré majeur et d'ut majeur.

Les Hongrois, qui, de même que les Russes, les Polonais et les habitants de la Bohême, tirent leur origine des Scythes, rapportèrent d’Asie les instruments en usage dans leur pays natal. Ils connaissaient différentes espè¬

ces de trompettes. Laborde dit que la haccina , le cornu et la tuba ser¬

vaient aux Hongrois dans leurs armées, à la cour des rois, et quand ils célébraient des fêtes et des réjouissances. Nous avons déjà parlé, comme d’une conjecture admissible, de l’usage qu’ils durent faire des timbales, instrument qui, ce nous semble, ne pouvait leur être inconnu. Si toute¬

fois il reste encore quelque doute à cet égard, nous savons qu’il n’en est aucun relativement à leur amour pour les hymnes de guerre. Nous avons fait connaître les strophes véhémentes adressées au superbe Attila. Mais ce ne fut pas seulement dans leui’s chants poétiques qu ils révélèrent leurs inclinations belliqueuses : ils eurent aussi une danse ar niee, comme les Grecs. Elle s’exécutait une pique à la main, et les rois de Hongrie s y exer-

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çaient avec leur noblesse. L’abus dangereux de ces diverlissemenis militaires ayant occasionné plusieurs accidents, ils furent supprimes par un édit de Ferdinand RL Les danses et les chants de ce peuple lui servirent une fois à célébrer la victoire d’une manière aussi cruelle que brutale. En i48o, les Hongrois ayant battu complètement une armée ottomane, qui laissa trente mille des siens sur la place, tandis que leurs adversaires n’avaient perdu que huit mille hommes, ils furent tellement ravis d’un si grand avantage, qu’ils se mirent à souper sur le champ de bataille , après avoir entassé les cadavres de leurs ennemis en guise de table. Ils burent à la hongroise, et firent retentir l’aii* de cris de joie et de chansons guerrières; puis, soldats et officiers se prenant par la main, se mirent tous à danser. Le général Rinisi enchérit sur cette barbare réjouissance, et saisissant avec les dents le cadavre d’un Turc par les épaules, il l’enleva ainsi de terre, et dansa quelque temps comme un cannibale avec cet horrible fardeau.

Les peuples du Nord, plus calmes et plus indifférents en apparence que les nations du Midi, ont su trouver pourtant d’éloquentes paioles. de chaleureux accents, toutes les fois qu’il s’est agi de célébrer les actions courageuses. Les poésies nationales, même aux époques les plus barbares, en sont des preuves irrécusables. C’est ainsi qu’en Suède, en Norvvége, dans le Danemark et dans l’Islande, quelques restes de ces précieux monuments historiques subsistent encore comme autant de glorieux trophées dans les souvenirs populaires.

Regner Lodbrog , poète et guerrier, (jui régnait en Danemark au commencement du neuvième siècle, fut pris, dans un combat en Ansleterre par Ella, son ennemi, roi d’une partie de file; soumis aux plus durs traitements dès qu’il fut au pouvoir de ce cruel adversaire, il périt par les morsures des serpents qu’on avait jetés à dessein dans sa prison. Pendant sa captivité, et malgré ses souffrances, il eut encoie, assure-t-on, la force de composer un chant énergique où il vante la carrière des armes, rappelle ses exploits, et exhorte ses fils a marcher sur ses traces. Les paroles et la mélodie, également remarquables, de cette chanson guerrière sont restées populaires en Islande ( i ). D’après le manque presque total de ren-

(i j Voici quelques passages du texte de la chanson attribuée à Lodbrog :

« Nous nous sommes battus à coujis d'epée, ce jour on j’ai vu près d’un cap d’A

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