LIVRE PREMIER
s ;ïi:jissait cl annoncer au [)eiij)le rinti'onisation cln nouveau souverain (i).
A ce (jue rapporte Flilslorien Josèplie, Salomon fit faire deux cent mille ti'ompeltes, ainsi cpie Moïse l’avait ordonné (2), et (juarante mille instruments de musicjue, tels (pie harpes, psaltérions et autres. (PI. II R.)
Ninis apprenons aussi que les Hébieux entonnaient parfois un canti(pie avant d’engager l’action. Josaphat , ayant à combattre les Ammonites, les Mnabites et d’autres peuples de l’Arabie, qui s’étaient rassemblés pour laiie irru[)tion dans ses Etats, rangea ses troupes de manière que les chantres du Seigneur, disposés suivant le lang cpi’ils tenaient dans le temple , marchaient à la tête de l’armée avec leurs instruments de musicpie. Aussit(')t que les lévites se furent mis à chanter, la frayeur se répandit dans le camp des ennemis; ils tournèrent contre eux-mêmes leurs propres armes; les Ammonites et les Moabites massacrèrent d’abord les Iduméens, et ensuite finirent par s’entre-tuer, de telle sorte que Josaphat n’eut cju’à recueillir les dépouilles et à ramasser le butin (3). Judas Macchabée mit en fuite les troupes de Gorgias, après avoir chanté une hymne et poussé une grande clameur (4). Après le combat, on entonnait des chants de victoire au son des trompettes, des kinnor, des nebel (5). (Pl. I A et 11 B.) Et quelquefois aussi on se livi-ait à des danses accompagnées du Irruit des tamboui's, des cymbales et des sistres (6). (Pl. Il B et III C.) Cette musique triomphale fut rétablie au retour de la captivité, lorsqu'on reconstruisit Jérusalem.
Si l’on voulait multiplier les citations, on pourrait encore rappeler la prise de Jéricho ('7) et l’expédition de Gédéon contre les Madianiles, oii trois cents hommes d’Israël, ayant embouché la trompette, jetèrent le désordre et l’épouvante dans le camp ennemi (8). Ces deux faits, très-
(i) Rois, liv. I, chap. i , v. 34 , 39 , 4 1 ; — liv. n, chap.ix, v. i3; ch. xi, v. 14. — Chroniques, liv. Il, chap. XXIII, v. i3.
(а) « Et tubas secundum præceptum Moysi ducenta millia. » Jos. Ant., lib. viii.
(3) Chroniques , liv. 11, cha)). xx , v. 21 et suiv.
(4) « Et cum liymnis clamorem extollens fugani Gorgiæ niilitlbus incussit. » Mach. , lib. II, cap. 12.
(5) Chroniques , liv. ii, chap. xx, v. 28.
(б) I. Rois, cha[). xviii,v, 6.
(']) Josué, chap. vi, v. i et suiv.
(8^ Juges, chap. vu, v. 22.
connus, et beaucoup d’autres encore, qui, pour la plupart, figurent au nombre des miracles, ont néanmoins cela de concluant, qu’ils attestent l’intervention piesque constante de la musi(jue dans les entreprises militaires.
Mais si des livres sacrés nous passons aux textes profanes, nous voyons les Égyptiens , les Grecs, les Romains, les Barbares même, reconnaître l’empire de cet art, le mêler à toutes les institutions civiles et politiques, et le proclamer non moins utile à l’Etat en temps de paix quen temps de guerie. (diez les Egyptiens, il fait partie des sciences revelees par Hermès, il concourt à la célébration des mystères, il intervient dans les céiemonies religieuses et triomphales (i); il sert enfin à régler la marche des armées. Des dieux-héros le cultivent et s’en servent concurremment avec la danse, pour propagei' la civilisation et étendre sans coup féiir leurs possessions territoi iales. Parmi eux figurent Osiris et son fils Maneros (^), qui passent aussi chacun, dans l’opinion de certains auteurs de l’antiquité, pour avoir inventé la musique, ainsi que divers instruments. L’un de ces dieux, Osiiis (d’autres disent son frère Arueris), aurait parcouru le monde dans le but d’apprendre aux hommes à révérer la Divinité, et de leur enseigner la culture des grains et de la vigne; entreprise qu’il aurait accomplie d’une manière toute pacifique, sans avoir eu besoin de recourir à la force des armes, « mais attirant et gagnant la plupart des peuples par douces persuasions et remontrances cachées en chansons et en toutes sortes de musique (3). » On verra tout à l’heure le rapport qui existe entre cette merveilleuse tradition et celle de l’expédition de Bacchusdans les Indes; mais pour se rendre parfaitement compte de cette analogie, il suffit de se rappeler que les Grecs ont attribué à leur dieu Bacchus tout ce que les Égyptiens attribuaient à Osiris (4).
(1) On lui vit encore jouer ce rôle dans la fête célébrée à Alexandrie à l’occasion du couronnement de Ptoléinée Philadelphc , l’an ‘.184 avant l’cre chrétienne. Suivant la description qui a été faite de cette cérémonie par Callixène de Rhodes, le cortéj'e triomphal, dont lieu n’éyalait la niagnilicence , comprenait entre autres merveilles un chœur de six cents hommes, parmi lesquels figuraient trois cents citharistes, portant des instruments garnis d’or et des couronnes du même métal.
(2) Diodore , Bihlioth. hist. — Plut., Is. et Os.
(3) IMuty et Osiris^ traduction d’Amyot, ehap. xiii.
(4) P>acchus est une des divinités qui anciennement étaient adorées sous une multitude