LIVRE PREMIER
Chez les Grecs, la musique éveille encore à un plus haut degré (jue chez les Égyptiens la sollicitude du philosophe et du législateur. Platon recommandait l’étude de la musique comme moven de développer les tacultés'morales, et celle de la gymnastique (i) comme moyen de développer les forces physiques. La première avait pour but de provoquer les nobles affections de Pâme, de rendre les hommes et meilleurs et plus heureux , comme aussi de régler les mouvements du corps, concurremment avec la seconde, afin qu’ils devinssent et plus robustes et plus agiles. Elles constituaient donc, l’une et l’autre, l’une des parties les plus essentielles de l’éducation, et, d’après cela , on ne s’étonnera pas d’entendre le divin philosophe déclarer que les préfectures de la musique et de la gymnastique étaient les deux plus importants emplois de la cité (2). Au point de vue militaire, la musique et la danse, confondues dans une meme application, concouraient simultanément a produire une excitation favorable au combat.
La mythologie des Grecs représentait les dieux occupés, après la défaite des Titans, à exécuter des danses nobles qui peignaient leur combat el
(le noms, d’après les différentes théogonies et cosmogonies. Les mythologues nous apprennent que les uns voyaient en lui Noé, d’autres Nemrod ou Moïse. Bacchus était souvent appelé encore par les Arabes , et même par les Grecs, Liber ou Dionysius.
(1) La gymnastique se divisait en deux branches ; la danse et la lutte.
(2) On lit à ce sujet dans l'Esprit des Lois : « Les exercices de la gymnastique établis chez « les Grecs ne dépendirent pas moins de la bonté du principe du gouvernement. Ce furent '« les Lacédémoniens et les Crétois, dit Platon, qui ouvrirent ces académies fameuses qui < leur firent tenir un rang si distingué. Du temps de Platon, ajoute Montesquieu, ces instia tutions étaient admirables; elles se rapportaient h un grand objet, qui est l’art militaire. . Du temps d’Épaminondas, l’exercice de la lutte faisait gagner aux Thébains la bataille de « Leuctres. Nous n’avons plus une juste idée des exercices du corps , dit autre part le mcnu' ■< auteur; un homme qui s’y applique trop nous paraît méprisable, par la raison que la « plupart de ces exercices n’ont plus d’autre objet que les agréments; au lieu que chez les '< anciens, tout, jusqu’à la danse , faisait partie de l’art militaire. Cependant Plutarque nous <« dit que de son temps les Romains pensaient que ces jeux avaient été la principale cause » de la servitude où étaient tombés les Grecs. » C’était, au contraire, la servitude d('s Grecs, observe encore Montesquieu, qui a corrompu ces exercices, car, selon lui, les arts en général ne peuvent favoriser la corruption que lorsque le peuple est déjà lui-méme corrompu.
leur triomphe (i). C’est alors que Minerve, suivant la fable, imagina la tlanse appelée hi Mcnipliitiquc ^ qu’on exécutait avec lepee, le javelot et le bouclier.
Les Grecs avaient encore d’autres danses armées, probablement dérivées de la précédente. L’une des plus célèbres était la pyrrbique, qui se formait d’une série de mouvements et d’évolutions cadences, et qui était comme l’âme de la tactique et de la discipline grecques (2).
Au témoignage de Pytbagore et de Plutarque, l ien n’est plus propre (jue la musique à porter les hommes aux grandes actions, et pai ticulièrement à exciter en eux des sentiments de bravoure. Le sage Lycurgue a consacré la musique dans ses lois pui’ement guerrières; profitant des remarques qu’il avait eu l’occasion de faire, durant le cours de ses voyages, dans différents pays, et particulièiement chez les Éthiopiens, il institua
(1) Les poètes donnaient souvent aux dieux l’épithète de saltateurs . Pindare et Homère (pialifient de la sorte Apollon. Les anciens Tliessaliens, pour désigner leurs magistrats, se seivaient d’un nom qui signifie conducteurs de danses. On raconte que Sophocle, après la bataille de Salamine, dansa autour des trophées du vainqueur en s’accompagnant de la lyre.
(2) La pyrrhique était dansée jiar des jeunes gens armés, (|ui exécutaient au son de la flûte tous les mouvements nécessaires, soit pour l’attaque, soit pour la défense; elle était comj)osée de quatre parties. La première était le podisme , lequel consistait dans un mouvement des pieds très-fréquent et très-rapide, tel qu’il fallait, en un mot, pour atteindre l’eiinemi, s’il fuyait, ou pour échapper à sa poursuite, s’il était vainqueur. La seconde ])artie était le xiphis?ne, sorte de combat simidé, où les danseurs imitaient tous les mouvements du soldat, qui tantôt porte des coups, lance des traits, et tantôt cherche à les éviter et à les détourner avec adresse. La troisième partie consistait en des sauts fort élevés, que les danseurs répétaient fréquemment pour se mettre en état de franchir au besoin les murs et les fossés. Le tetracomc formait la quatrième et dernière partie; c’était une figure carrée, qu’on exécutait par des mouvements tranquilles et majestueux. Quelques auteurs croient que Castor et Polhix furent les inventeurs de la danse armée : c’est une erreur; son institution est beaucouj) plus ancienne. Il en est de meme de la j)yrrhique, qu’on attribue à Pvrrhus. Tontes ces danses, sous des noms différents, sont des copies de la memphitique.
(Voyez de Cahusac, Traité sur la danse.)
Il existait encore beaucoup d’autres danses guerrières; voici les noms de quelques-unes d’entre elles: hryaliktai^brllichai , dactyle (danse aianée des Corybantes, prêtres
de Cybèle, le.squcls exécutaient cette danse autour de l’autel de la déesse, en choquant leurs boucliers, d’après lerhylhme du mètre dactyle, et en chantant des hymnes religieuses); kapria (danse de chasse xiphisma (danse en l’honneur d’Hercule), etc.